Albert Oiknine: Authenticité et glamour de fil en aiguille

Par Abdelouahab Reddam
Albert Oiknine est le digne ambassadeur d'une tradition de filature hébraïque remise au goût du jour ©DR
Albert Oiknine est le digne ambassadeur d'une tradition de filature hébraïque remise au goût du jour ©DR
“Beldi”, glamour et pratique: C’est l’équation difficile réussie par Albert Oiknine, un styliste marocain qui a gagné ses lettres de noblesse à l’international. Au fil de 20 ans de carrière dans la mode, Albert s’est fait un point d’honneur de remettre le caftan au goût du jour, pour satisfaire une clientèle féminine citadine et plus exigeante.

Albert Oiknine est un styliste marocain qui a affûté ses ciseaux, façonné ses tissus et son style tout au long de plus de vingt ans de carrière dans la mode, s’inspirant d’une tradition de couture ancestrale et raffinée érigée et nourrie par les grandes figures de l’artisanat juif marocain.
Le beldi, oui, mais chic et sobre. Du glamour, de la fraîcheur et de la légèreté, tels sont les mots d’ordre de ses créations. Des caftans aux coupes fluides qui se portent comme des robes convenant à toutes les occasions.
Albert se dit être à l’écoute de sa clientèle, ce qui l’oriente fortement dans le choix des couleurs et des modèles qui n’ont pas manqué de séduire les amatrices de l’élégance traditionnelle remise au goût du jour.
Son histoire dans le monde de la haute couture a commencé comme un joli conte de fées. À son jeune âge, il crée sa marque et part séduire le monde entier avec ses caftans unissant raffinement, strass et paillettes.

Un artisan marocain sur les traces de la route de la soie

Fier de ses racines et de la culture millénaire de sa communauté, Oiknine a trouvé dans le savoir-faire artisanal de la famille, fortement attachée à sa terre natale, une motivation pour entreprendre cette belle aventure de créer des caftans en utilisant des tissues nobles, tout en alliant tradition et modernité.
Il s’inspire des traditions vestimentaires historiques de l’Andalousie et du Nord du Maroc dans ses créations. Ainsi, dans ses oeuvres, les couleurs chatoyantes amazighes viennent côtoyer une tradition andalouse où les fils importés à travers la route historique de la soie invitent les légendes de l’Asie au Maroc, une terre africaine qui a toujours été marquée par le métissage des cultures.
D’ailleurs, les histoires de la route de la soie ont toujours intrigué Albert, qui avoue être “curieux de connaître les circonstances de ces longs déplacements” dont l’objectif est de transporter des tissus en soie d’un pays à l’autre. Une expérience qu’il tentera de vivre, lui qui, parmi ses innombrables voyages, n’oubliera jamais la chance qu’il a eu de se rendre en Azerbaïdjan, où il a pu entrer en contact avec les vestiges toujours existants de ces périples mystiques.

Chic et pratique, le caftan remis au goût du jour

Par ailleurs, son premier pas vers la notoriété était l’arrivée dans les années 90 au Maroc des magazines de mode féminine, qui exigeaient des caftans aux airs de modernité, “pas trop beldi”, cassant l’ennuyant et répétitif style classique prédominant à l’époque. Ces nouveaux modèles étaient destinés à une femme marocaine moderne, ouverte sur le monde qui s’habille de caftans modernes mais qui respectent en même temps les canons classiques.
Du point de vue d’Albert, les nouveaux modèles de caftans conçus par une nouvelle génération de designers marocains ont été inspirés du nouveau mode de vie de la femme marocaine post-Moudawana, une femme active et émancipée ayant fait ses études supérieures à l’étranger et qui aspirait à jouer un rôle de leader dans une société marocaine désormais urbanisée et qui commençait, peu à peu, à prendre de la distance vis-à-vis des conceptions traditionnelles de la mode. La nouvelle conception des caftans proposée par cet artiste de la mode et sa génération, ciblait également les femmes étrangères fascinées par l’élégance, le raffinement et le confort qu’offre cette tenue millénaire, assure le styliste marocain. Ainsi, il a su tirer profit de cet intérêt croissant exprimé par des femmes issues d’horizons divers et de classes sociales différentes pour proposer à cette clientèle des caftans “avec une authenticité et une histoire”, mais en même temps pratiques et modernes.

Les collections d'Albert Oiknine sillonnent le monde ©DR
Les collections d'Albert Oiknine sillonnent le monde ©DR


Aussi l’empreinte de la longue tradition de filature hébraïque marocaine est fortement présente dans les créations artistiques d’Albert. Cette influence trouve sa plus belle expression dans la robe de mariée juive du Nord du Maroc, dite “Lkesoua Lekbira”, une robe en velours avec ses couleurs très fortes, ses broderies en fils d’or rehaussées avec de la dentelle et des bijoux.

De Paris à Pékin, un digne ambassadeur du caftan

Au niveau international, Albert Oiknine  ne manque pas une occasion de s’imposer en tant qu'ambassadeur du caftan marocain. Dans ce sens, le musée du Louvre à Paris a vu la présentation par Albert d’un caftan sous forme du drapeau du Maroc. Une idée qui constitue une déclaration sans équivoque de la fierté de ce styliste fortement attaché à sa culture judéo-marocaine.
Paris, Genève, Madrid, Dubaï et tant d’autres capitales et villes des quatre coins du monde, ont eu la chance de voir présenter les collections exquises de notre styliste. Le rayonnement de ce prestigieux designer va au-delà des pays du voisinage du Royaume pour atteindre des pays connus par leurs traditions vestimentaires millénaires comme la Chine, dont l’ambassade à Rabat n’a pas hésité à le convier à collaborer avec un designer chinois pour exposer des modèles représentant les cultures marocaine et chinoise. Conquis par son indéniable talent, des établissements hôteliers de luxe dans le Royaume, ainsi que des compagnies aériennes de renom, ont confié à Albert la mission d’imprimer sa touche raffinée dans les uniformes de leurs staffs.
Benjamin d’une famille de trois enfants, il a fréquenté le monde des tissus et des couleurs dès son jeune âge à Casablanca, plus précisément à la place de Verdun, là où il a fait ses premiers pas dans le monde de la haute couture dans un atelier érigé en laboratoire de fusion de matières nobles, couleurs et créativité artistique. Fort d’un talent à revendre et d’un esprit qui le poussent à relever les défis, il décide de présider aux destinées des affaires de la famille, mission qui était auparavant assurée par sa mère, elle aussi couturière de renom au sein de la société casablancaise.
Lauréat de l’école hébraïque de Casablanca, il s’est laissé tenter par la mode en optant pour des études de stylisme à Casablanca tout en ayant la possibilité de s’inscrire dans d’autres écoles plus prestigieuses à l’étranger. C’est ainsi qu’au fil des expériences et fort de sa passion, il devient ce “magicien des ciseaux”.

 

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