Alexis Roussel: ‘‘Toutes les monnaies vont être numérisées’’

Par Zakaria Belabbes
Alexis Roussel ©DR
Alexis Roussel ©DR
Dans cet entretien accordé à BAB, Alexis Roussel, co-fondateur de la plateforme de trading “bity.com”, affirme que l’échange des monnaies virtuelles peut devenir immoral. Mais tôt ou tard, les gens vont se rendre compte que ce n'est pas dangereux pour la société.

BAB: Quels sont les défis de l’adoption généralisée des cryptomonnaies?

Alexis Roussel: On peut regrouper ces défis en deux types: la culture juridique et financière et le défi social et technologique. Le premier concerne surtout le degré de développement du système juridique et sa capacité à s’ouvrir au changement technologique et s'adapter face aux innovations. Il paraît amplement que la difficulté réelle est la volonté des États d’interdire ou d’autoriser les cryptomonnaies. Les pays émergents réagissent différemment à l’encontre des monnaies virtuelles. Par exemple, le Nigéria a adopté des mesures de restriction contre les cryptomonnaies à cause de la multiplicité des formes d’arnaque. Cependant, les pays émergents d’Asie adoptent fortement le Bitcoin, car ils sont déjà habitués aux services financiers organisés dans un système très performant qui regroupe plusieurs startups spécialisées et avec un cadre juridique adapté, comme c’est le cas des Philippines qui disposent de plus de 15.000 outils financiers.

Le deuxième défi est lié principalement au niveau de la propagation technologique au sein des pays et au taux d’équipement des gens par ces nouvelles technologies ainsi que leurs moyens financiers. On peut alors constater que la cryptomonnaie se propage rapidement et produit les effets escomptés tant dans un pays développé que dans un pays émergent. Et même si l'équipement des foyers marocains en accès Internet est élevé, on peut supposer que les Marocains trouvent les frais de transactions du réseau Bitcoin chers en comparaison avec les Suisses bien que ces frais soient les mêmes à payer où que vous soyez. Cette difficulté financière peut créer une barrière à l’entrée pour les personnes à faibles revenus.

 

Dans certains pays européens comme la France et les Pays-Bas, des restaurateurs ont commencé à accepter les paiements pour un moment en Bitcoin… 

Si ce type d’activité a été considéré comme un vrai outil de sensibilisation sur les potentialités des monnaies électroniques, il n’a pas toujours été mené au bout. Et pour cause, les clients de ces restaurateurs et qui ont acheté les pièces de bitcoin ont tendance à les thésauriser et adopter un comportement d’achat différent qu’avec des billets d’euros. Ces personnes estiment que l’argent en compte bancaire se déprécie dans le temps et doivent s’en débarrasser à cause de l’inflation et l’impression massive des billets par la banque centrale, les bas taux d’intérêt proposés et les frais bancaires. 

Ces commerçants voient que le Bitcoin a tendance à gagner de la valeur et sera dans une courbe tendancielle positive à long terme. C'est pourquoi ils n’utilisent le bitcoin que dans des situations de nécessité (maladie, retraite...) et ne le dépensent pas immédiatement pour des transactions quotidiennes. 

 

Comment voyez-vous l’avenir des cryptomonnaies et surtout du Bitcoin?

Toutes les monnaies du monde vont sûrement faire leur passage au numérique et nous allons entrer dans une ère où l’ensemble des monnaies deviennent des cryptos. Il y aura un grand mélange de monnaies où vont exister les pures cryptos comme le Bitcoin, les monnaies d’État qui amorceront leur transition au virtuel, et les monnaies privées comme celles de Facebook et Amazon. Il surviendra un melting pot de monnaies où elles seront toutes interconnectées. Dans ce mélange, le bitcoin va jouer un rôle équivalent à celui de l’or, en étant une référence et proposant de la sécurité.

Si cela peut devenir illégal d’échanger ces monnaies électroniques, les gens vont se rendre compte que ce n'est pas dangereux pour la société. Au contraire, ils y verront un bénéfice pour eux-mêmes et leurs proches mais ils comprendront aussi que c’est cela sera dangereux pour les institutions en place qui vont essayer de se protéger, d’autres vont accepter le changement. Nous avons de la chance qu’en Suisse, les choses se font d’une manière concertée et intelligente puisque la population est prête à accepter des changements fondamentaux dans la structure financière de la société. Mais c’est clair que les pays conservateurs juridiquement auront plus de mal, ce qui implique une véritable remise en question des institutions financières dans ces pays, de la relation entre l’Etat et la monnaie.w