Algérie: les déficits se creusent, les réformes se font attendre

Par Hamid Aqerrout
La manne des hydrocarbures épuisée, un casse-tête économique pour le régime algérien ©MAP/EPA
La manne des hydrocarbures épuisée, un casse-tête économique pour le régime algérien ©MAP/EPA
Éprouvée depuis des années par un contexte national et international délicat, l’économie algérienne est actuellement dans l’impasse. Les déficits s’accumulent, les revenus des hydrocarbures chutent alors que l'État maintient le même train de vie dépensier. Faute de réformes urgentes, ce cocktail explosif risque de ruiner l’économie du pays.

En pleine crise politique, l’Algérie ne se porte pas mieux sur le plan économique.
En attestent la détérioration des principaux indicateurs macroéconomiques, avec une inflation qui ne cesse de s’envoler faisant augmenter d’une façon vertigineuse le coût de la vie, une monnaie nationale dont la valeur ne cesse de s’effondrer, alors que les données chiffrées de l’exécution du budget de l’Etat durant les trois premiers mois de l’année font ressortir, sans surprise, le maintien du déficit budgétaire à des niveaux élevés, à près de 1.000 milliards de dinars.
De l’avis même du Fonds monétaire international (FMI), l’inflation a connu encore cette année un rebond à 5,6% et sera portée à 6,7% en 2020, alors que le déficit du compte courant a augmenté à -12,5% du PIB contre -9,1% en 2018 et devrait représenter -9,3% du PIB en 2020. Quant au taux de chômage, qui est de 12,6% en 2019, il devrait progresser à 13,7% en 2020.
D’aucuns estiment, en effet, que dans trois ans, l’Algérie basculera dans le chaos économique si des réformes structurelles de grande envergure ne sont pas engagées dès maintenant et sans plus tarder.

Assez de rafistolage, l’heure est aux vraies réformes !

Un constat alarmant que partagent les observateurs qui, en tirant la sonnette d’alarme sur l’absence d’un nouveau modèle de croissance et l’épuisement des réserves de change, pointent du doigt la persistance du réflexe dépensier des pouvoirs publics.
Ils ont déploré le fait que 1.400 milliards de pétrodollars se soient engloutis sans que le pays ne sorte de son marasme économique, même si, ils le reconnaissent, cette manne financière tirée du Trésor public a servi également à calmer quelque peu le front social à travers une politique de subventions généreuse des produits et des services.
Le professeur en économie Mohamed Cherif Benmihoub dira à ce propos que l’Algérie est acculée à entreprendre de vraies réformes afin d’éviter de tomber dans un scénario à la vénézuélienne.
S’exprimant sur les ondes d’une chaîne de radio sur l’état de l’économie algérienne, l’invité estime que la situation est réellement préoccupante, d’autant plus que le pays souffre de trois déficits cumulés: le déficit budgétaire, le déficit du Trésor et celui de la balance commerciale.
L’économiste Youcef Bouabdallah estime, de son côté, qu’il y a une véritable urgence d’aller vers des réformes qui doivent faire l’objet d’un consensus de l’ensemble des acteurs de la société. “Jusque-là, le consensus qui a été obtenu avec facilité a été le consensus rentier, grâce à la large distribution de la rente pétrolière”, a-t-il expliqué.
Force est de constater qu’il a fallu la crise de 2014, suite à la chute des prix du pétrole sur les marchés mondiaux et le recul des recettes tirées de la vente des hydrocarbures qui s’en est suivi, pour que toute la machine économique du pays soit grippée. L’Algérie devient alors otage des politiques de fixation des prix des hydrocarbures dans les grandes capitales occidentales et arabes.
Relevant une dépendance de plus en plus accrue aux hydrocarbures, malgré les appels à la diversification de l’économie, les analystes constatent que l’Algérie est fragilisée par un tarissement progressif de sa production et de ses réserves et une forte consommation interne en produits pétroliers. Toute la paralysie du pays vient donc de cette contradiction: il importe davantage, alors que la production ne suit pas et il investit peu au moment où les citoyens consomment plus avec chaque année un million d’Algériens qui s’ajoutent à la population.
Un constat que partage le ministre de l’Énergie qui a lui-même reconnu, tout récemment, que 60% des réserves en hydrocarbures du pays ont été
épuisées.
Réagissant à l’annonce de la baisse du niveau des réserves de change à près de 70 milliards de dollars, les économistes estiment qu’il faut s’en inquiéter, car, soutiennent-ils, il ne s’agit pas seulement d’un niveau de stock, mais de l’évolution de ce stock. Ils avancent à ce propos que les 70 milliards de dollars disponibles aujourd’hui ne peuvent couvrir que trois années du commerce extérieur du pays.
En effet, le ministère des Finances avait annoncé, en juillet dernier, que les réserves de change du pays avaient reculé à 72,6 milliards de dollars à fin avril dernier.
Si aucune explication officielle n’a été apportée à cette fonte rapide des réserves internationales en devises, les observateurs s’accordent à dire qu’à ce rythme, elles pourraient se réduire de près de 22 milliards sur l’ensemble de l’année et passer largement sous la barre des 60 milliards de dollars à fin 2019, d’autant plus que les prix du pétrole sont orientés à la baisse.

Des déséquilibres budgétaires intenables

Même le Fonds monétaire international est de cet avis, en estimant en juin dernier que l’Algérie avait besoin, en maintenant les mêmes niveaux de production, d’un baril de pétrole à 116 dollars pour équilibrer son budget. Or, au vu des données et prévisions actuelles, ce chiffre relève plus de la chimère que de l’objectif à portée de main.

Manifestation de protestation en Algérie le 27 décembre 2019 ©MAP/EPA
Manifestation de protestation en Algérie le 27 décembre 2019 ©MAP/EPA

Pire encore, pour de nombreux économistes, la préoccupation essentielle est dans la structure même de l’économie algérienne et surtout dans la balance des services qui représente chaque année un déficit entre 12 et 13 milliards de dollars.
De sérieuses difficultés économiques marquées par un déséquilibre de la balance des paiements, qui ont contraint le gouvernement algérien à recourir à l’emprunt extérieur pour “financer des projets économiques ciblés”, après la courte expérience de la planche à billets, qui fût une “dernière cartouche” pour tenter de contenir les déficits.
Il va sans dire qu’à moins d’une miraculeuse relance immédiate de la dynamique économique, chose pour le moment improbable tant que l’Algérie n’aura pas retrouvé toute sa stabilité politique, le pays continuera à pâtir d’une crise économique aigüe.

Une situation politique délicate

Le Président algérien, Abdelmadjid Tebboune, élu au premier tour de la Présidentielle du 12 décembre, a prêté serment lors d'une cérémonie officielle organisée jeudi 19 décembre au Palais des Nations à Alger. Auparavant le président du Conseil constitutionnel, Kamel Fenniche, a donné lecture de la proclamation des résultats définitifs consacrant l'élection de M. Tebboune avec 58,13% des suffrages, devant un parterre de dignitaires.
M. Tebboune a nommé récemment le ministre des Affaires étrangères, Sabri Boukadoum, Premier ministre par intérim, et mis fin aux fonctions de Salah Eddine Dahmoune en sa qualité de ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et de l’Aménagement du territoire.
Selon un communiqué de la Présidence algérienne, M. Tebboune a chargé les autres membres de l'actuel gouvernement de poursuivre leurs missions de gestion des affaires courantes.
Le président algérien a également décidé de charger Kamel Beldjoud, ministre de l'Habitat, de l'Urbanisme et de la Ville d'assurer les missions de ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et de l’Aménagement du territoire par intérim.
Quelques jours après, le Président algérien a procédé à la nomination de l'universitaire Abdelaziz Djerad, Premier ministre.
Selon la présidence algérienne citée par l'agence de presse “APS”, le chef de l'État algérien a chargé M. Djerad de former un nouveau gouvernement.
Dans des déclarations à la presse, M. Djerad, qui a pris ses fonctions lors d'une cérémonie de passation de pouvoirs avec M. Sabri Boukadoum, qui avait assuré l'intérim de ce poste après la démission de Noureddine Bedoui, a souligné “la nécessité de travailler avec l'ensemble des compétences nationales, des cadres et des citoyens et citoyennes” en vue de relever les défis et sortir de cette période délicate que traverse le pays.
Diplômé de l'institut des sciences politiques et des relations internationales d'Alger en 1976 et Docteur d'État en sciences politiques de l'université de Paris en 1981, il est né à Khenchela le 12 février 1954.
M. Djerad, qui a enseigné dans plusieurs établissements universitaires en Algérie et à l'étranger, a occupé plusieurs responsabilités dont celle de directeur de l'Ecole nationale d'administration (ENA) d'Alger de 1989 à 1992, de conseiller diplomatique à la présidence de 1992 à 1993 et de secrétaire général de la présidence (1993-1995).
Le nouveau Premier ministre a également occupé les postes de directeur général de l'Agence algérienne de coopération internationale (1996-2000) et de secrétaire général du ministère des Affaires étrangères (2001-2003).

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