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Allo Alger, ici Rabat ! Vous m’entendez ?

Adil Zaari Jabiri


L’appel royal à l’Algérie de se mettre autour d’une table pour un dialogue sérieux, franc et sans arrière-pensée n’a pas trouvé écho chez nos voisins de l’Est. Quelques jours après l’offre royale, qui traduit le leadership affirmé et assumé du Souverain et Ses intentions pures de normaliser les relations bilatérales, Rabat s’est interrogée par la voix officielle d’un communiqué des Affaires étrangères sur la réponse d’Alger qui tarde à venir.
L’on peut comprendre que le pays est en vacance du pouvoir en raison de la maladie de son président qui réduit sa mobilité physique et impacte ses capacités mentales, mais il y a bien des institutions qui fonctionnent comme le Parlement, le Gouvernement, la Diplomatie ou encore l’Armée, cette Grande muette en paroles, mais très entreprenante en actions quand il s’agit de la question hautement stratégique du Maroc, et qui, semble-t-il, a le dernier mot dans le “pays du million et demi de martyrs”. Je ne peux m’empêcher d’aborder, dans ce contexte, la supermilitarisation de l’Algérie qualifiée par le GRIP, un centre de recherche international basé en Belgique, de “champion des importations d’armes en Afrique”. Avec un budget de défense de 8,6 milliards d’euros en 2017, l’Algérie s’impose sur le continent comme le pays africain consacrant le plus de ressources financières aux activités militaires, révèle un rapport de ce Centre. Cet investissement énorme explique, entre autres, le poids de l’Armée algérienne comme acteur dominant sur la scène politique nationale et donc son rôle également dans les choix et décisions de politique internationale. Ajoutez à cela l’ambition hypertrophique d’hégémonie régionale dont le pays n’arrive pas à se départir. Il va de soi qu’une partie de cet arsenal équipe les éléments armés du polisario. Selon le même rapport,  armes légères,  unités blindées composées de chars soviétiques (T-55, T-62), d’autres véhicules plus modernes tels que les (EE-9, BRDM-2), des unités de combat d’infanterie (BMP-1s, BTR-60), des lance-roquettes multiples (BM-21) et des autochenilles, ainsi que des missiles sol-air (SA-6, SA-7 Grail, SA-8 Gecko et SA-9 Gaskin) ont été gracieusement offerts par l’Algérie aux milices armées du polisario. L’on se demande contre qui l’Algérie brandit-elle cet arsenal et à quel dessein si ce n’est sa détermination à faire monter les tensions dans la région du Maghreb, notamment autour de la question du Sahara marocain. Voilà pourquoi l’Algérie ne veut pas réagir positivement à l’invitation du Souverain.
Le Maroc, quant à lui,  garde tous les espoirs en l’avenir d’un Maghreb intégré et pacifié. C’est avec cet esprit positif et cette ambition qu’il a participé à la table ronde sur le Sahara marocain organisée les 5 et 6 décembre à Genève à l’initiative de l’Envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU, Horst Kohler, et c’est avec le même engagement qu’il prendra part à d’autres échéances pour peu que l’autre partie, c’est-à-dire l’Algérie, saisisse la balle au bond et prenne les choses au sérieux. Le processus onusien c’est du sérieux. La délégation marocaine présente à Genève, flanquée des vrais sahraouis, n’est pas venue pour “rigoler un peu”, Monsieur Messahel. L’arrogance ne grandit pas l’homme !