Anti-terrorisme: l’Algérie, maillon faible 

Par Hamid Aqerrout
Un eldorado pour les terroristes et les séparatistes
Terre d'accueil et de transit des extrémistes et des narco-trafiquants, l’Algérie fait la sourde oreille aux appels de coopération lancés par les voisins et la communauté internationale. Une chance pour ces groupes criminels qui en profitent pour gagner du terrain.

L’établissement au Maroc du Bureau Programme pour la lutte contre le terrorisme atteste de façon on ne peut plus claire du leadership du Royaume dans la lutte contre ce fléau au niveau mondial.

C’est une consécration des louables efforts que déploie le pays dans ce domaine et qui sont, du reste, amplement salués et reconnus par la communauté internationale qui regrette, tout de même, le refus de coopération du voisin du Sud, l’Algérie, dans cette lutte surtout au niveau du Maghreb et dans le continuum Sahel-Sahara où les mercenaires et groupes jihadistes tentent d'établir leurs ramifications.

En effet, Alger n’entend pas de bonne oreille les appels incessants du Maroc et de la communauté internationale à établir un mécanisme de coopération régionale face au phénomène terroriste transnational. Pourtant, ce pays a été à plusieurs reprises le théâtre d’opérations terroristes et il est toujours fortement menacé par ce “danger mondial”. 

Des groupes jihadistes affiliés à Daech frappent souvent le centre et le sud algériens et pourtant, l’Algérie, pour des raisons politiques, se refuse toujours à toute collaboration avec les pays voisins.

Un eldorado pour les terroristes et les séparatistes

Malheureusement, ce refus de coopération dans la lutte contre les terroristes est perçu par ces derniers comme une aubaine pour accroître leurs opérations dans la région sahélo-saharienne qui est le théâtre depuis plusieurs années déjà d’opérations terroristes, de crime organisé et de trafic illicite, des menaces qui ont grandement contribué à déstabiliser cette région. 

Et pour cause, le rôle partiellement dysfonctionnel des forces de sécurité et le manque de coopération pour l’établissement de stratégies sécuritaires efficaces comme c’est le cas de l’Algérie qui, faut-il le rappeler, abrite sur son territoire une bande de séparatistes du “polisario” dont les ramifications avec les réseaux terroristes opérant dans le Sahel et le Sahara sont avérées et à plusieurs reprises dénoncées par des pays et organisations onusiennes.

Il va sans dire que c’est dans ce contexte que prospèrent également les réseaux de narcotrafiquants qui essaiment dans cette partie du continent, à travers plusieurs axes frontaliers au risque de déstabiliser la région et fragiliser la paix et la sécurité dans cette partie du monde.

Des liens intrinsèques sont donc tissés entre groupes terroristes et réseaux du crime organisé qui prospèrent à la faveur de la complicité d’acteurs régionaux. Faut-il rappeler à ce propos l’arrestation récemment lors du démantèlement de cellules terroristes dormantes au Maroc de plusieurs membres des mercenaires du “polisario” qui ont noué des relations avec des organisations extrémistes. Ce danger réel n’a pas échappé au Congrès américain qui a mis en garde contre les agissements des séparatistes du “polisario”  parrainés par le voisin algérien.

Des frontières poreuses 

“Les Algériens sont appelés à entendre la voix de la raison et collaborer avec leurs voisins immédiats, le Maroc et la Tunisie”, avait, maintes fois, souligné le directeur du Bureau central d’investigations judiciaires (BCIJ), M. Abdelhak Khiame.

S’exprimant à Rabat lors du 2e Forum maroco-espagnol portant sur la lutte contre le terrorisme au Maghreb et dans la région sahélo-saharienne, il a déclaré que “la coopération antiterroriste du Maroc avec l'Europe et le reste du monde est excellente, excepté avec l'Algérie qui refuse de collaborer” et qui, de surcroit, soutient des séparatistes qui se rallient de plus en plus aux groupes terroristes.

D’ailleurs, la région du Sahel, notamment le sud de l’Algérie, est connue pour être un vivier de groupes terroristes qui agissent en toute liberté. 

C'est le cas, notamment, d’Al Qaida au Maghreb islamique (AQMI) qui est très actif dans le sud de l’Algérie.

Aussi, les chambardements géopolitiques intervenus en Libye et dans le Sahel après la chute en 2011 de Mouammar Kadhafi ont accentué la fragilité de cette région et favorisé l’implantation de réseaux criminels sur des espaces très vastes où essaiment des relais locaux interconnectés les uns aux autres.

De l’avis de plusieurs observateurs, nombre de groupes extrémistes se déploient dans la région sahélo-saharienne et s’évertuent à y répandre leur idéologie dévastatrice.

Chiffres à l’appui, les actes terroristes en Afrique ont crû de 31% depuis 2011, en s’établissant à 4.100 attaques au premier semestre de l’année en cours, alors que le nombre de décès dus au terrorisme a bondi de 26% en une année (12.507 contre 9.944 aux premiers six mois de 2019), comme l’avait souligné le ministre des Affaires étrangères, de la Coopération Africaine et des Marocains Résidant à l'Etranger, Nasser Bourita, en marge de la cérémonie de signature de l’accord entre le Maroc et l’ONU pour l’établissement dans le Royaume du Bureau Programme pour la lutte contre le terrorisme.

Pire encore, déplore-t-il, les actes de Jama’at Nusrat al Islam wal Muslimin (JNIM) et de Daech au Sahel se sont multipliés par sept depuis la mi-2017, alors que dans le Lac Tchad, le nombre des victimes des attaques terroristes de Boko Haram et de Daech a presque doublé depuis juin 2017, passant de 506 à 964 personnes.

Ce bureau, le premier du genre en Afrique, vise à “renforcer la capacité des États membres par l'élaboration de programmes nationaux de formation à la lutte contre le terrorisme”, a souligné M. Bourita par la même occasion.

Le Maroc au chevet de l’Afrique pour combattre le terrorisme

Conscient du fait que la région Sahélo-Saharienne est une plaque tournante dans la géopolitique du terrorisme et du crime organisé et persuadé du bien-fondé d’une action “immédiate et déterminée” pour stabiliser le continent, consolider sa sécurité et lui permettre de se concentrer sur le développement durable, le Maroc n’a eu de cesse de plaider pour une approche sécuritaire pro-active et ne ménage aucun effort pour partager son expérience en matière de lutte contre le terrorisme avec les pays africains, comme avec d’autres pays du monde.

Comptant sur ses propres efforts et moyens, le Royaume, sous la sage conduite de SM le Roi Mohammed VI, a mis en place une approche multidimensionnelle efficace en matière de lutte contre le fléau du terrorisme qui s’érige désormais en modèle pour les autres pays. 

D’ailleurs, plusieurs pays africains, européens et asiatiques ont exprimé leur souhait de tirer profit de l’expérience marocaine en la matière. C’est que celle-ci se base sur une approche multidimensionnelle intégrant les aspects sécuritaire, éducatif, de lutte contre la précarité et de lutte contre l’idéologie extrémiste.

C’est d’ailleurs en reconnaissance du rôle avant-gardiste du Royaume dans la lutte anti-terroriste qu’un accord de siège vient d’être signé pour l’établissement au Maroc du Bureau Programme pour la lutte contre le terrorisme et la Formation en Afrique de l’UNOCT.

“C’est un pas logique en avant vu le leadership du Maroc dans la lutte antiterroriste des Nations unies”, s’est enorgueilli le Secrétaire général adjoint des Nations Unies à la lutte contre le terrorisme, Vladimir Voronkov pour qui l’établissement au Maroc de ce Bureau Programme intervient comme une “étape naturelle” dans le renforcement de la capacité antiterroriste du Maroc en Afrique.

De l’avis unanime des experts, le Maroc mettra à profit ce nouveau centre pour aider les pays voisins et les pays du continent africain à se mettre à niveau et à rendre plus efficaces leurs activités de lutte contre le terrorisme.

Il s’agit là en fait de l’illustration d’une solidarité sans faille du Royaume avec les Etats africains pour renforcer leurs capacités, et ce en tenant compte de leurs besoins.

Il ne fait donc aucun doute que l’appel incessant du Maroc à l’Algérie pour coopérer dans la lutte contre les terroristes et les extrémistes de tous bords est celui de la raison. 

Il va aussi sans dire que la mondialisation du terrorisme exige une coopération internationale, car tous les Etats sont concernés et seule une approche holistique permettra d’éradiquer ce fléau aux niveaux régional et mondial.