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Apprendre à philosopher

Mohammed Rida Braim


“Je pense, donc je suis”, une phrase célèbre du philosophe français Descartes. Je ne crois pas qu’il y a encore un Homme ou une Femme, qui n’a pas côtoyé de près ou de loin cette citation, si courte soit-elle, mais pleine de significations et d’enseignements, érigée en devise pour plusieurs personnes et pour nombre de gouvernements et d’États.
Toute la question qui se pose à présent est de savoir comment tirer profit des vertus de cette citation aussi bien au niveau personnel qu’à l’échelle du pays, pour construire des citoyens capables de penser…, de vivre pleinement leur présent et de bien réfléchir leur avenir, pour contribuer, chacun dans son domaine et à la mesure de ses capacités, à l’épanouissement de son pays. La réponse à cette question est toute simple: “Un enseignement sérieux et performant”, qui place l’élève et son épanouissement au centre de toutes les décisions et les préoccupations. Un enseignement qui produit une masse qui n’a pas peur de réfléchir, de dialoguer et de philosopher… Oui, c’est parce qu’il s’agit bien là d’être capable de philosopher dans le sens d’apprendre à oser, à re-questionner ses propres opinions et à construire un discours intelligent et argumenté dans un contexte d’échanges avec l’autre.
Notre système d’enseignement actuel, parcellisé et inefficace comme il est, ne fait que produire de l’ignorance, de la modestie et de l’incapacité, tant qu’une discipline aussi importante que la philosophie est marginalisée au profit d’une méthodologie et d’une pédagogie qui fait de l’apprentissage par la mémorisation un cheval de bataille… une bataille perdue!
La philosophie en tant que discipline devra être revalorisée dans notre système d’enseignement et y retrouver la place qu’elle mérite pour qu’elle puisse produire ses résultats naturels en matière de lutte contre l’ignorance, le dogmatisme et le fanatisme.
“Il faut apprendre à philosopher, et non pas la philosophie”, dit le célèbre Emmanuel Kant, fondateur de la pensée philosophique critique.
Le débat, qui surgit de temps à autre notamment dans le microcosme de l’enseignement marocain, entre les professeurs de philo, représentés notamment par l’Association marocain edes enseignants de philosophie (AMEP), et ceux qui voient en la philosophie, un mal qui guette le conservatisme de la société marocaine, ne peut être que bénéfique et salutaire, pourvu que les décideurs du secteur prennent la mesure de l’importance de cette science humaine dans l’épanouissement du Marocain et la construction de ce que les philosophes appellent “la citoyenneté réflexive”.
Sauf que le chemin semble encore loin pour tirer la philo de la mort lente qu’elle subit depuis environ quarante longues années et reconsidérer son enseignement pour mettre un accent tout particulier sur “la philosophie pour enfant”, c’est-à-dire des programmes de philo adaptés à l’enseignement primaire, parce que c’est à cet âge-là que les personnalités se forgent et les caractères se forment pour donner lieu à des citoyens capables de prendre en main l’avenir et le destin de tout un pays.
Il n’y a donc pas de mal à apprendre à “philosopher” comme disait Kant et à dépoussiérer une science humaine qui a façonné le monde et qui continue d’alimenter et d’entretenir la matière grise de ceux qui influencent le monde dans toutes ses expressions (politique, économie, social, culture …), un monde actuellement en crise certes, mais qui se trouve en pleine phase de re-façonnement et en pleine opération de redistribution des rôles entre les grands, ceux qui pensent et produisent des idées.
“Pense par toi-même”. Emmanuel Kant l’a dit il y a plusieurs siècles. Une toute petite phrase qui résume toute la philosophie politique de ce grand penseur allemand.