Aller au contenu principal

Asma Lamrabet, féministe: L’islam pour racines et le progrès comme ailes

Par Meriem Rkiouak
Asma Lamrabet ©MAP
Asma Lamrabet ©MAP
Contre vents et marées, l’écrivaine marocaine s’attelle à déconstruire ce qu’elle appelle des interprétations “rigides” du texte sacré en relation avec la femme. Son “combat” contre «l’intégrisme», elle le mène aussi bien au Maroc qu’à l’étranger.

Lorsqu’on soulève la question épineuse de la situation de la femme dans les sociétés musulmanes, le nom d’Asma Lamrabet occupe inélcutablement le devant de la scène.
Aux côtés d’Amina Wadud, Asma Barlas ou encore Naoual Saadaoui, Asma Lamrabet fait partie de cette nouvelle génération de “féministes musulmanes” dont chacune des sorties médiatiques ne passe pas inaperçue. Encensée par les uns comme étant le symbole d’un “Islam des lumières” foncièrement acquis à la cause féminine, décriée par d’autres pour ses thèses jugées “trop libérales” voire transgressives, la médecin et chercheuse marocaine s’est trouvée, malgré elle, au coeur d’une polémique qui s’est amplifiée en mars dernier, dans le sillage de la célébration de la Journée internationale de la femme. Parmi toutes ses prises de position dans les médias défendant l’égalité absolue homme-femme en Islam, c’est celle touchant à la question très sensible de la répartition de l’héritage qui lui a valu le plus de critiques.
Quelques jours après, la chercheuse a annoncé sa décision de quitter le Centre des études féminines en Islam (relevant de la Rabita Mohammedia des Oulémas), qu’elle dirigeait depuis 2011. “J’ai présenté ma démission (…) Une étape est finie”, a-t-elle alors tweeté. Asma a tourné une page pour en ouvrir une autre. Réformiste convaincue et militante dans l’âme, elle n’a pas lâché prise et poursuit, avec la même détermination et plus de liberté de parole, son combat contre ce qu’elle qualifie de “patriarcat religieux” et d’’interprétations “anachroniques” du texte sacré qui font, selon elle, plus de tort que de bien aux femmes.
Ce combat est mené sur le front interne, au sein de la société marocaine et des milieux “conservateurs” où Mme Lamrabet cherche à déclencher un changement de mentalité, mais également à l’étranger, pour casser l’image stéréotypée, parfois peu reluisante, qu’a l’Occident au sujet de la condition de la femme musulmane.

Féministe, musulmane et fière de l’être !

C’est dans cette optique que l’écrivaine, qui compte à son actif une dizaine d’ouvrages et une longue carrière de recherche en théologie entamée à l’étranger, a publié, en mai dernier à Washington, la version anglaise de son ouvrage “Femmes et Hommes dans le Coran”.
Dans ce livre de 195 pages, cette médecin biologiste convertie au féminisme ne fait pas dans la dentelle pour dénoncer “des interprétations humaines étriquées millénaires, quasi-sacralisées” des versets coraniques qui évoquent la question de la femme, ses droits, son vécu au sein de la société musulmane et son statut par rapport à l’homme.
Dr Lamrabet conclut à la nécessité d’”une reconsidération profonde du message spirituel de l’Islam (...) tel qu’exprimé dans des versets innombrables dans le Coran qui mettent en exergue l’importance de la responsabilité partagée, ainsi que le respect et le soutien mutuels entre l’homme et la femme”.
A la différence d’une certaine aile radicale du féminisme, allergique à tout ce qui est religieux, Asma Lamrabet, aussi attachée à ses idéaux progressites qu’à ses racines et son identité de femme musulmane et marocaine, se veut le nouveau visage du féminisme en terre d’Islam.

Étiquettes