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Baobab: La menace pèse sur un géant

Par Rachid Maboudi
Le Baobab est d’une longévité exceptionnelle qui peut dépasser les 1000 ans ©MAP/EPA
Le Baobab est d’une longévité exceptionnelle qui peut dépasser les 1000 ans ©MAP/EPA
Arbre à multiples usages, le baobab est emblématique en Afrique de par son allure, sa longévité et ses propriétés médicinales. Toutefois, ce géant fait l’objet de la convoitise des investisseurs étrangers, en plus de subir les effets des changements climatiques.

A la sortie de Dakar et en se dirigeant vers la brousse, ou en se promenant dans la fameuse île de Gorée, à quelques encablures de la capitale sénégalaise, des arbres géants et aux troncs larges, appelés baobab, sont aperçus dans un vaste décor fascinant. Cet arbre millénaire aux bienfaits inestimables se dresse, en toute arrogance, en maître de céans et résume toute une histoire de relations mystérieuses et chaleureuses à la fois entre l’homme et la nature. Connu pour sa grande résistance face à la sécheresse, le baobab, arbre à mille usages par excellence, a depuis toujours été vénéré et sacré par plusieurs cultures qui lui attribuaient des pouvoirs magiques en raison de sa longévité et de son allure desséchée. Le tronc des gros et vieux baobabs se distingue par sa capacité à se creuser avec l’âge. D’ailleurs, les populations locales ont mis à profit cette particularité pour des utilisations diverses et variées : Maison, fosse septique, tombe, prison, salle de réunion, voire même salle d’attente pour des autobus comme c’est le cas au Zimbabwe.
Cet arbre, d’une longévité exceptionnelle, qui peut dépasser les 1000 ans, se démarque également par sa capacité à emmagasiner plus de 100.000 litres d’eau dans son tronc ce qui permet à beaucoup de communautés sédentaires et de tribus nomades de survivre, même en étant loin de tout point d’eau.

Un arbre sacré qui suscite les convoitises
Les laboratoires pharmaceutiques se sont intéressés depuis de nombreuses années à cet arbre et ont peu à peu intégré ses diverses propriétés dans différents produits cosmétiques comme les crèmes, lotions ou masques.
Plus qu’un simple arbre qui contribue à l’écosystème local, le baobab, arbre emblématique du Sénégal et d’autres pays du continent, fait désormais l’objet des convoitises des investisseurs étrangers qui se sont rendus compte de l’importance thérapeutique et nutritionnelle des différentes parties de cet arbre singulier. C’est ainsi que racines, tronc, écorce, feuilles, pulpe et graines sont tous exploités à des fins thérapeutiques, nutritionnelles et dans la pharmacopée traditionnelle africaine où le baobab fait partie de la préparation de nombreux remèdes.
Son fruit est riche en vitamine C, calcium, phosphore, antioxydants et magnésium. Également appelé pain de singe, il est un super-aliment au goût acidulé, qui a commencé à aiguiser l’appétit des industriels, en particulier en Europe et aux États-Unis. Néanmoins, les experts ont commencé à tirer la sonnette d’alarme après cette forte demande sur le marché international, étant donné que la production intensive de ces fruits fragiliserait les baobabs, déjà très affectés par le changement climatique.
A côté de toutes ces utilisations, le baobab possède, à vrai dire, une énorme valeur culturelle, sociale et symbolique. L’histoire nous enseigne à ce titre, que le baobab avait servi, auparavant, au Sénégal, de cimetière réservé exclusivement aux griots, considérés comme des êtres de la basse classe, étant donné que la tradition sérère n’admettait pas que le griot soit enterré, histoire de ne pas “polluer” leurs terres….
Il fallait attendre donc l’avènement du président Léopold Sédar Senghor qui avait imposé son véto et contraint les populations à arrêter de faire de ces baobabs le cimetière des griots.
“Le baobab fait partie des emblèmes du Sénégal, c’est le logo de notre pays”, a confié à “BAB”, Amadou, un artiste peintre originaire de l’île de Gorée, célèbre par son Allée des baobabs, où les artistes de l’île exposent leurs tableaux.
A titre d’exemple, a-t-il expliqué, “le baobab qui se trouve dans le seul terrain où l’on peut pratiquer le football à Gorée fait partie depuis bien longtemps du décor de l’île et, au fil des temps, les joueurs se sont habitués à sa présence”.
D’ailleurs, a-t-il poursuivi, “on a même dû réduire l’effectif des joueurs à 8 pour chaque équipe de sorte à ce qu’il y ait plus d’espace”, notant que “penser à le déraciner est inimaginable même si l’on y dispute, chaque année, la Coupe du maire, qui draine des foules immenses de spectateurs”. “Le baobab fait partie du patrimoine de notre pays. On le considère comme un décor naturel”, a-t-il dit avec fierté. Certes qu’avec son format dénaturé, le baobab, ayant des racines tendant vers le ciel, a l’air d’être planté à l’envers. Or, il symbolise toute une histoire de relations avec la flore, à l’africaine, qu’il faut préserver et faire perdurer pour le bien des générations futures.

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