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Bisbille franco-marocaine

Clair Obscur par Adil Zaari Jabiri


Que se passe-t-il encore entre la France et le Maroc ? Des visites d’officiels annoncées puis reportées, une montée de sève judiciaire sur des journalistes marocains convoqués à la barre pour des faits extraterritoriaux et nombreux signaux de fébrilité de la part de médias français qui s’en prennent aux symboles de la Nation.
Le contexte rappelle le triste épisode de 2014 où les deux pays se sont tournés le dos après la convocation par la justice française du patron de la DGST Abdelatif Hammouchi, alors de passage à Paris, suite à une dénonciation calomnieuse. L’affaire avait provoqué une crise diplomatique et une suspension de la coopération judiciaire bilatérale.
Le 3 septembre, quatre journalistes marocains et le président de la chambre des représentants Habib El Malki, en sa qualité d’ancien directeur de publication des quotidiens “Al Ittihad Al Ichtiraki” et “Libération” ont été cités à comparaitre, le 8 octobre prochain devant le tribunal de grande instance de Paris, suite à une plainte déposée contre eux pour “injure” par l’ex-officier félon des FRA Mustapha Adib.    Le ministère français de la Justice a reconnu un “dysfonctionnement” et un “non-respect de la convention d’entraide pénale” dans cette affaire mais sans plus.  Quelques jours plus tard, le Quai d’Orsay annonce une visite imminente dans le Royaume du chef de la diplomatie française  Jean-Yves le Drian pour, dit-on, baliser le terrain à un déplacement du chef de l’État Emmanuel Macron au Maroc “avant la fin de l’année”. La visite de Le Drian n’a pas eu lieu et tout laisse croire que celle du président Macron est reportée sine die. Pourtant d’importantes échéances impliquant les deux Etats sont attendues pour les tout prochains mois, notamment le 11ème Sommet du Forum mondial sur la migration et le développement, co-présidé par le Maroc et l’Allemagne qui se tiendra du 5 au 7 décembre à Marrakech et la conférence mondiale de la migration qui aura lieu les 10 et 11 du même mois.
Et comme à pareille occasion, certains médias de l’hexagone, France-Inter en tête, n’ont pas manqué de surfer sur cette brouille passagère pour servir à leurs auditeurs ou lecteurs la même rengaine qui tient d’une vision passéiste, rétrograde et complexée d’un journalisme de pacotille aux relents colonialistes. Parfois même, la très respectueuse “AFP” suit cette tendance et commence subséquemment à parler des “trains qui arrivent en retard” chez nous.
Mais pour revenir aux relations bilatérales, en attendant la réactivation de la diplomatie officielle, une délégation de sénateurs français composée notamment du président de la commission des Affaires européennes Jean Bizet et du vice-président et représentant spécial de l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE), Pascal Allizard a effectué le 18 septembre une visite de travail de trois jours au Maroc.
Tous les ingrédients d’une éclaircie à l’horizon des relations franco-marocaines étaient là. Les comptes rendus médiatiques de cette visite évoquent “le caractère exceptionnel des relations liant le Maroc et la France dans les domaines politique, économique et culturel…”. Mais rien n’a filtré sur l’hypothétique visite du ministre des Affaires étrangères Jean-Yves le Drian et celle du président Macron, ni sur l’abandon ou pas de la procédure enclenchée à l’encontre des journalistes Naim Kamal, Narjis Rerhaye, Jamal Berraoui, Adil Lahlou Kamal et du président de la chambre des députés, Habib Malki en sa qualité d’ancien directeur des quotidiens de l’USFP “Al Ittihad Al Ichtiraki” et “Libération”.