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Cangaceiros brésiliens: Les seigneurs mi-ange, mi-démon du Sertão

Par Nadia EL Hachimi
Cangaceiros brésiliens ©DR
Cangaceiros brésiliens ©DR
Criminels sanguinaires pour les uns et nobles bandits pour les autres, ces brigands qui régnaient en maîtres au Nord-Est du Brésil sont devenus une source intarissable d’inspiration pour les artistes. Retour sur l’origine de ces Robins des bois brésiliens.

Jusqu’en 1940, les Cangaceiros régnaient en maîtres incontestés du Sertão, une vaste étendue semi-aride à l’intérieur de la région du Nord-Est du Brésil. 
Criminels sanguinaires pour les uns et nobles bandits pour les autres, ces brigands ont fortement impacté le folklore local et national, devenant une source intarissable d’inspiration pour toutes les formes d´art et d´expression, du roman à la BD, du cinéma au théâtre et de la peinture à la recherche académique.
L’origine des Cangaceiros est bien lointaine puisqu’elle date du tout début de l’installation de colons dans le Sertão à l’époque coloniale et désigne des groupes de paysans pauvres habitant les étendues désertiques du nord du Brésil. Mais ce n’est qu´au 19-ème que ce terme a évolué pour désigner, à la fois, le champ d´action et l´activité de ces bandits, dont les tenues, toutes en cuir et bariolées de métal, faisaient penser au canga (l’attirail des bêtes de somme), d’où leur nom.
Connus pour leur extravagance vestimentaire, pour leurs bagues, colliers et broches démesurées et pour leurs chapeaux immenses ornés de médailles, ces groupes de brigands ont profité de l’éloignement de la région des villes côtières, où étaient concentrées l´armée et la police, et de la prévalence des lois claniques pour étendre leur pouvoir sur le Sertão.
La région, qui fonctionnait sur un modèle féodal où tout était prétexte à se faire la guerre, agrandir des possessions, récupérer du bétail volé et punir les violations des codes d’honneur, a offert un terreau fertile pour la montée en puissance de ces brigands, qui n´obéissaient qu´à leur seul chef.

Des horreurs mais aussi de la générosité

Dès ses débuts, le cangaço, qui désigne l’activité des Cangaceiros, a bénéficié d’un certain crédit auprès de la population brésilienne, car en s´opposant aux pouvoirs locaux et à l´ordre représenté par la police et l´armée, ces derniers faisaient figure de justiciers.
Les principaux revenus des Cangaceiros  provenaient de «taxes» prélevées auprès de tous les voyageurs de commerce pour pouvoir circuler librement mais aussi de l’extorsion des fermiers et des commerces sur la base du principe mafieux du commerce de protection.

Ces brigands ont fortement impacté le folklore local et national, devenant une source intarissable d’inspiration ©DR
Ces brigands ont fortement impacté le folklore local et national, devenant une source intarissable d’inspiration ©DR


Les vols et les pillages des grands propriétaires terriens, des adversaires et des traîtres étaient également une activité courante des Cangaceiros, qui pouvaient être sans pitié.
Mais les Cangaceiros ne commettaient pas uniquement des horreurs, car ils pouvaient faire montre d’une extrême générosité, en organisant des fêtes démesurées avec le fruit de leurs larcins.
C´était donc une occasion pour les habitants des bourgs, où les Cangaceiros s’arrêtaient, de se distraire dans une région, où les divertissements étaient rares. Le concept de Robin des bois brésilien était né.
En plus d’un style de vie nomade et sans attaches, la personnalité des chefs Cangaceiros  a fortement marqué le cangaço, en forgeant l´image d´une cause plutôt noble défendue par ces “héros” du Sertão.
Parmi les personnages les plus célèbres,  figurent le couple Lampião et Maria Bonita, l’équivalent brésilien de Bonnie et Clyde, qui ont vécu par les armes jusqu’à leur mort, le 28 juillet 1938 dans une embuscade tendue par la police, dans un lieu situé à la frontière des États de Bahia et d’Alagoas.
Considéré comme le “Roi du Sertão” et le Jesse James du Brésil, Virgulino Ferreira da Silva, alias Lampião, a régné avec sa compagne pendant près de vingt ans avant que le flambeau ne soit repris à sa mort par l’un de ses sous-chefs, Corisco.
Corisco, alias le Diable blond, sera le dernier chef Cangaceiro car il est tué à son tour en 1940, tandis que sa compagne, Dadá, blessée, sera acquittée et mènera une vie paisible à Salvador de Bahia jusqu’à sa mort en 1994.

Le chapeau de cuir, le représentant d’une identité

De ce passé fait de jeux de cache-cache avec les autorités et de légendes d’héroïsme et de vengeance contre les inégalités sociales, la région du Nordeste gardera le chapeau de cuir, érigé en véritable représentant de l’identité locale.
Ce chapeau à la Napoléon Bonaparte, homme que les Cangaceiros admiraient pour ses faits de guerre, peut être trouvé dans tous les musées et les échoppes touristiques de la région, au grand bonheur d’un public amoureux de maroquinerie, mais ignorant parfois l’origine de cet accessoire folklorique.

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