Cape Coast, le château des supplices

Par Malika Mojahid
Le château Cape Coast a été érigé en 1653 par les Suédois ©DR
Le château Cape Coast a été érigé en 1653 par les Suédois ©DR
Aujourd’hui monument touristique, la château de Cape Coast traîne derrière lui un passé des plus sombres. Au plus fort de la traite négrière, il a vu crever des milliers d’esclaves africains. BAB est parti à la découverte de cette forteresse à la réputation funèbre.

Bastion majeur de la traite négrière de grande portée, le château de Cape Coast, situé à 200 kilomètres de la capitale ghanéenne Accra, raconte la sombre page de l'histoire du trafic d'esclaves à partir du continent africain.
Devenu une véritable attraction touristique, Cape Coast Castle attire de plus en plus de descendants d'esclaves, notamment nord-américains, ainsi que des férus d'histoire intéressés par la découverte du sort cruel infligé, à partir du XVIIe siècle, à nombre d'Africains.
Érigé en 1653 par les Suédois puis repris par les Britanniques qui ont finalisé la construction du bâtiment, le château de Cape Coast est le plus important comptoir d'esclaves parmi les soixante forts qui jalonnaient les 300 km de la côte ghanéenne.

Du golfe de Guinée à Cape Coast, la “Via Dolorosa”

Dans cette bâtisse blanche avec des canons encore pointés vers le ciel, les sombres donjons rappellent le triste passé vécu par un grand nombre d'Africains qui ont été retenus dans des cachots avant d'être “expédiés” par bateau, comme esclaves, vers les Amériques et les Caraïbes où ils étaient vendus comme travailleurs forcés dans les plantations de canne à sucre, de coton ou de tabac.
“La quasi-totalité des esclaves étaient capturés au Golfe de Guinée. Les Européens tiraient profit des tensions et différends entre les clans, en usant de cet antagonisme pour exacerber les désirs de chefs africains et les conduire à leur livrer des hommes en échange de produits manufacturés”, explique à BAB Koffi, un guide touristique.
“Les captifs, poignets enchaînés, parcouraient de longues distances à pied avant d’arriver au fort. Toute personne incapable de voyager, était délaissée sur la route pour faire face à la mort”, a expliqué Koffi, notant qu'une fois arrivés au fort, les captifs étaient répartis selon
leur sexe.

Des caves avec de faux-sols constitués... d’excréments !

Le quartier des hommes, construit en sous-sol, pouvait accueillir jusqu’à 1.300 personnes dans des cellules sombres et humides. Des petits trous creusés dans les murs offrent une luminosité quasi-nulle et évitent l’étouffement des prisonniers.
“Dans cette cave d’à peine une cinquantaine de mètres carrés s’entassaient simultanément plus de 200 hommes. Les détenus urinaient, déféquaient et vomissaient à l’intérieur”, explique le guide dans une grimace de dégoût, notant que les insectes pullulaient et les maladies se répandaient à toute vitesse.
“Excepté un tracé un peu plus profond que le niveau du sol permettant de drainer l’urine des prisonniers, il n’y avait aucun autre aménagement pour garantir un minimum d'hygiène”, précise-t-il.
Au fil des années, les excréments des prisonniers, en s’amoncelant sur le sol des cachots, avaient fini par créer un faux sol d'au moins 20 cm.
Au quartier des femmes, les conditions hygiéniques étaient encore pire, vu la période cyclique des menstruations.
“Les détenues étaient mises à rude épreuve. Elles étaient violées, humiliées et torturées. Et si une femme tombait enceinte, elle était généralement confiée à un travail domestique pour être séparée ensuite de son bébé juste après accouchement et jetée par-dessus bord”, raconte-t-il avec amertume.
Les captifs restaient en général entre deux semaines et trois mois dans les geôles avant d'embarquer à bord d’un navire comme esclaves vers les Amériques et les Caraïbes.
Quant aux rebelles, ils sont placés dans une cellule réservée aux condamnés à mort. Privé d'oxygène, d’eau et de nourriture, une fois le captif est enfermé dedans, sa seule alternative était la mort.
Ne pouvant supporter ces conditions inhumaines et échapper à ces tortures, certains captifs préféraient sortir par la porte de “non-retour” et se jeter à l'océan atlantique, entraînant dans leur suicide les quelques compagnons d’infortune avec qui ils étaient enchaînés. Les gardiens laissaient faire, pour l’exemple, et la plupart n’avaient d’autre choix que de se résigner à leur vie de servitude. Sans nom, sans culture, ni aucune dignité.
Le Ghana a été durant plusieurs siècles la plaque tournante du commerce d’esclaves à destination du nouveau monde.
Selon les estimations, entre 12 et 15 millions de femmes et d’hommes ont été embastillés entre les XVe et XVIIIe siècles dans des forts le long de l’océan Atlantique, avant d’être conduits vers les Amériques ou dans les Caraïbes. En 1957, le Ghana est le premier pays d’Afrique subsaharienne à obtenir son indépendance avec à sa tête Kwame Nkrumah, un fervent panafricaniste.

Le Ghana a été durant plusieurs siècles la plaque tournante de la traite négrière ©DR
Le Ghana a été durant plusieurs siècles la plaque tournante de la traite négrière ©DR

 

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