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Chabab Mohammedia: les secrets d'un retour

Par Mohamed Aswab
Chabab Mohammedia, un “projet” ©MAP
Chabab Mohammedia, un “projet” ©MAP
Après 18 ans d'absence de la D1 du championnat de football, le Sporting Club Chabab Mohammedia (SCCM) vient
de signer un retour en force pour retrouver sa place parmi les grands du football national. BAB est parti à la rencontre
du président du SCCM, Hicham Aït Menna, le dépositaire des secrets du club. 

à quelques encablures de la pelouse du stade “El Bachir”, plutôt pâle ce jour-là, “Ezzaïm” guettait d’un oeil soupçonneux les déplacements de l’équipe de l’Agence marocaine de presse (MAP) venue réaliser un reportage sur le retour du Sporting Club Chabab Mohammedia (SCCM) à la première division du championnat national de football, un grand événement pour la petite Ville des roses, qui n’a plus goûté aux grands matches de la Botola D1 depuis 18 ans. 

Hicham Aït Menna, président du club, et Saïd El Karkoubi, l’un de ses proches collaborateurs, étaient là pour les besoins du reportage, chaleureusement entourés d’employés du stade venus les féliciter. Abdellah Ezzaïm, technicien chargé de l’entretien de l’herbe du stade, lui, n’était pas du tout dans la complaisance ! Et pour raison: dès que M. Aït Menna et la photographe-reporter de l'Agence MAP ont foulé la pelouse, Ezzaïm s’est adressé à “Si Hicham” (dans un arabe émaillé de mots techniques en français) lui demandant de se tenir loin du gazon, arguant que ça risquerait de déplacer les graines fines que son équipe venait tout juste de planter. 

“Il ne reste plus que quelques semaines avant le début du championnat national. La moindre dégradation de la pelouse pourrait nuire au rendement des joueurs sur le terrain et je ne veux absolument pas être responsable de ça”, a protesté, avec égards, le technicien auprès du président du club. 

Hicham Aït Menna, le patron, se soumet aussitôt à la volonté du “patron de la pelouse”. Ezzaïm part vaquer à d'autres tâches, content d’avoir obtenu gain de cause. 

Aït Menna, quittant le gazon, dissimule un petit sourire fier derrière sa bavette. Depuis sa nomination à la tête du club en février 2017, il aurait agi, a-t-il affirmé dans l’une de ses réponses aux questions de la MAP, pour que le projet du “grand retour” des Chabab soit l’affaire, et surtout la cause, de tous. 

Loin de tout résumer, la scène d’Ezzaïm au début du reportage annonce pourtant la couleur. Ce ne sont nullement le hasard ou la chance qui auraient propulsé le SCCM, de nouveau, aux devants de la scène footballistique… 

Le mythe du stade “El Bachir”

à l’entrée du stade “El Bachir”, rien n’indique son nom. Disons qu’il n’en a pas besoin, tellement il est connu de tous ! 

Le stade, construit en 1967 et d’une capacité actuellement de 10.000 spectateurs, a toujours eu la bonne réputation d'avoir sa belle pelouse. C’est là où s’entraînait la sélection nationale de football de la belle époque, celle qui jouait pour remporter des titres. 

Depuis près de quatre ans, c’est un spécialiste de l’entretien des pelouses, qui a roulé sa bosse dans les plus prestigieux golfs du Royaume qui s’en occupe, Ezzaïm ! le Monsieur qui... ? Oui, c'est bien lui ! 

D’une superficie de 105 mètres de longueur sur 80 mètres de largeur, la pelouse d’“El Bachir” compte parmi les plus grandes au Maroc. Et c’est voulu. “Aucune équipe ne peut jouer à El Bachir sans être à la deuxième mi-temps au bout de ses forces, en raison de l’immensité de la pelouse. Les joueurs de l’équipe adverse sont toujours obligés de courir un peu plus. Par contre, nos joueurs y sont habitués. Il s’agit de l’un de nos points forts de notre équipe”, explique à BAB M. El Karkoubi. 

Et ce n’est pas tout. L’herbe courte de la pelouse est faite pour favoriser un jeu rapide. Une tactique à laquelle les joueurs du SCCM s’entraînent inlassablement pour toujours avoir un avantage physique sur l’adversaire. 

“Plus qu’un stade, El Bachir est un lieu mythique. Les figures emblématiques du foot national sont passés par là. Donc, c’est toute une symbolique qui fait de ce stade ce qu’il est”, explique M. Aït Menna, comparant, à titre anecdotique, ce stade à “une arène, où les gladiators entrent pour y laisser leur peau”. BAB magazine a constaté sur place des travaux destinés à constuire une nouvelle tribune, devant à terme porter la capacité du stade à 30.000 spectateurs. Mais d'ici là, “El Bachir”, d’une grande histoire, n’est pas suffisamment grand de capacité pour accueillir, comme il se doit, les grands matches de la D1, surtout quand le SCCM affrontera le Wydad, le Raja, les FAR ou autres, dont les supporters sont des habitués des belles plages de Mohammedia ! 

Le pouvoir magique des “anciens”

Jamais un match à “El Bachir” ne se joue sans la présence d’au moins quarante (40) joueurs parmi les anciens du club. D’ailleurs, le stade lui-même tient son nom d’un ancien joueur du Chabab Mohammeda, El Bachir (Voir photo ci-après). 

“La présence des anciens est à forte charge symbolique. Il s’agit de rappeler aux joueurs qui ils sont et à quel club ils appartiennent. C’est pour leur dire implicitement qu’il ne s’agit pas uniquement de jouer pour gagner mais, surtout, pour rendre hommage à leurs prédécesseurs, honorer le maillot de l’équipe”, souligne Aït Menna. 

Et ce ne sont pas les joueurs légendaires qui manquent au SCCM. à commencer par Ahmed Faras, le tout premier titulaire du ballon d’or au niveau national, en passant par Aassila, Glaoua, Ould Aicha, les frères Erraad et Haddadi etc. Faut-il le rappeler, parmi la sélection nationale ayant remporté la Coupe d’Afrique des Nations en 1976, la seule qu'ont pu décrocher les Lions de l'Atlas en 60 ans, cinq joueurs, dont le capitaine Faras, évoluaient au SCCM. 

Le patron du club, lui-même, affirme que sur les 125 matches qu’a joués le SCCM au cours des quatre dernières années et qui l'ont ramené à la Botola D1, il n’a raté que cinq, et dans “des cas de force vraiment majeure”.

La fierté de jouer pour le SCCM

Au SCCM, on tient avant tout à développer chez les joueurs l'esprit d'appartenance au club, que le joueur soit originaire de la Ville des roses ou pas. 

à l’aide des anciens joueurs du Chabab, la direction du SCCM tient à inculquer aux joueurs le fait que leur prestation sur la pelouse ne doit jamais avoir pour seul et unique objectif les primes, mais la fierté d'appartenir au SCCM, d'être le porte-drapeau d'Ahmed Faras & Co ! 

Et c'est au nom de cette fierté, que dès le retour du Chabab Mohammedia à la D1, Aït Menna a déclaré qu’il jouera la saison 2020-2021 pour le titre de la Botola et rien d'autre ! “Quand c’est l’appartenance au club et la volonté d’honorer le maillot, qui priment, tu peux t’attendre à des miracles. Jouer pour le SCCM et sur la pelouse d’El Bachir est tout un honneur et ce n’est pas donné à tout le monde. La fierté d’appartenir au SCCM est un axe majeur de l’encadrement de nos joueurs”, explique-t-il. 

Chabab Mohammedia, un “projet”

Depuis qu'il est aux commandes, Aït Menna se dit porteur d'un grand projet qui s'inscrit dans la durée. S'il s'est offert, en quatre ans, les services de grands joueurs de la Botola à coup de dizaines de millions de dirhams, le patron du SCCM rêve d'abord d'une équipe portée par des joueurs issus de Mohammedia comme jadis, “quand le SCCM était fait à 100% de joueurs issus de la ville”, souhaite-t-il. Pour Aït Menna, l'un des grands projets de l'équipe concerne le “travail basique” (expression chère à Faouzi Lakjaâ, président de la Fédération royale marocaine de football). Peu importe les exploits du présent, il s'agit de construire pour l'avenir, pour la pérénnité. Le patron du club évoque, à ce titre, la relance de l’école du club, pour en faire “une pépinière de talents pour renforcer les rangs de l'équipe dans les quatre prochaines années”.

“Le volet technique du projet du SCCM concerne, par ailleurs, la création d’une équipe espoir encadrée par l’ancien international Noureddine Ziyati”, explique 

Aït Menna. Et qui dit grands projets, dit grands noms. Pour concrétiser sa vision du club, le patron du SCCM s'est offert les services de l’expert international Hassan Hormatallah comme superviseur général de l’équipe, soit l’un des cadres nationaux les plus en vogue en matière de formation. Pour info, Hormatallah a été débauché du Qatar.

La Com' en appui

Côté com', Hicham Aït Menna n’a pas sa langue dans sa poche. Toutes les occasions sont bonnes pour communiquer autour de son club. Et même les polémiques stimulent en lui ce désir de parler aux médias.

Les observateurs de la place disent que grâce à la communication de Hicham Aït Menna, le club jouait déjà parmi les grands alors qu'il était toujours en 2017  à la division Amateurs ! Aït Menna sait parler de tout et il est de tous les supports: presse écrite ou digitale, télés, radios... Un communicator habitué aux débats. Politicien, il a toujours les arguments qu'il faut pour se défendre ou pour pousser ses adversaires dans leurs retranchements. Comme il est jusqu'ici victorieux, il préfère écrire son propre histoire ! En plus des interventions personnelles du président, le SCCM communique sur les différents canaux, notamment à travers sa page facebook, certifiée et qui compte plus de 160.000 followers. Communiquer sur les exploits du présent, mais aussi sur le passé glorieux. Le club s'apprête à publier un beau-livre retraçant la genèse du club, ses légendes et son palmarès. (Certaines photos d'antan jointes à cet article, communiquées par le SCCM à BAB, figureront dans ce beau-livre).

Le jeu des alliances 

Membre du Rassemblement national des indépendants (RNI) et proche de son président Akhannouch, Aït Menna ne se prive pas, par ailleurs, de faire de la politique dans le sport. 

En politique, ce que une entité n'est pas capabale de réaliser par ses propres moyens, elle peut recourir toujours aux moyens des alliés ! Le jeu des alliances est un élément important de la stratégie d'action d'Aït Menna. 

à ce titre, le Wydad de Saïd Naciri compte parmi les alliés du Chabab Mohammedia. Une alliance qui se traduit par l'échange de joueurs et d'expertise, le soutien technique mutuel et autres. 

Aït Menna affirme que ses bonnes relations avec le Wydad de Naciri “constituent le prolongement naturel des relations qu'entretenait son défunt père, Haj Mohamed, avec l'ancien président du WAC,
Abderazzak Mekouar”. 

En outre, le patron du SCCM considère les ennemis de ses amis comme des ennemis. Aït Menna s'en prend continuellement et sans modération au Raja, le rival traditionnel du WAC, et à son président Jawad Ziyate. 

Il a déclaré récemment être prêt à prendre en charge le club égyptien du Zamalek lors de son déplacement au Maroc au titre de son match contre le Raja comptant pour la demi-finale de la Ligue des champions d'Afrique. Une déclaration qui lui a attiré les foudres des fans du club vert et blanc. 

Aït Menna va jusqu'à concurrencer le Raja dans ses recrutements. 

L'exemple le plus récent étant celui de Mohamed El Mourabit, joueur de l'Olympique de Safi, auquel Aït Menna ne s'est intéressé, disent des obsetvateurs, qu'après que le Raja ait engagé les négociations avec l'OCI pour s'offrir ses services. Dans le viseur du club vert et blanc, El Mourabit finit par signer, comme par magie, pour le Sporting Club Chabab Mohammedia !

 

Bref, pour positionner son équipe parmi les grands, Aït Menna use de tous les moyens. Comme “on ne change pas une équipe qui gagne”, pourquoi changer une tactique qui marche !