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Chamharouch nous interpelle !

Adil Zaari Jabiri


La région d’Imlil était jusque-là connue des alpinistes étrangers pour ses paysages à couper le souffle, l’hospitalité de ses habitants et les quelques ascensionnistes nationaux qui viennent quémander la Baraka de “sidi Chamharouch”, le saint des saints du Haut Atlas qui, selon la légende populaire, aurait des dons surnaturels de guérison, d’exorcisme et d’autres pouvoirs abracadabrants qu’il détiendrait de forces occultes. Mais un événement macabre est venu soudain rompre le silence de l’endroit, la majestuosité des cimes et le balbutiement des charlatans qui fréquentent ces montagnes à la recherche d’âmes facilement manipulables:  Un meurtre inqualifiable perpétré au nom de je ne sais quelle religion et pour quel mobile
Au Maroc, c’est la stupeur. A travers le monde, les appels à la vigilance se multiplient, surtout après la publication d’une vidéo de propagande daéchienne qui immortalise cet acte de barbarie. Comment cela est-il arrivé dans un lieu aussi paisible que la région de Toubkal ? Comment est-ce que dans un pays où la sécurité aussi bien des nationaux que des étrangers est si bien préservée, ce drame a-t-il pu se produire ?
L’assassinat lâche et morbide de Louisa Jespersen et Maren Ueland est venu rappeler que le Maroc n’est pas à l’abri de l’extrémisme dans son acception la plus radicale, la plus meurtrière. L’enquête qui s’en est suivie a d’ailleurs abouti à l’arrestation de plusieurs personnes impliquées, dont un Hispano-suisse. Le démantèlement de cellules terroristes en grand nombre ces dernières années nous le confirme davantage. Cette situation nous apprend que ce ne sont pas les recettes du tourisme qui sont menacées, ni le taux de retour des étrangers dans notre pays, encore moins sa réputation à l’international, mais plutôt nos valeurs, notre sérénité religieuse, notre vivre-ensemble et notre cohésion sociale. Le terrorisme n’a pas de frontières, n’a pas de cœur, n’a pas d’âme. Si dans ce contexte la réponse sécuritaire était à chaque fois au rendez-vous, car nos services de sécurité font un excellent travail, a-t-on réellement une idée de l’ampleur des rassemblements religieux clandestins qui échappent à la vigilance des pouvoirs publics? Sommes-nous conscients des dangers que représentent ces lieux de prière insalubres qui pullulent dans nos quartiers populaires ou de l’influence de ces ignorants qui s’improvisent imams dans nos villes et nos campagnes ?
L’action des services de sécurité, aussi efficace soit-elle, a besoin, aujourd’hui plus que jamais, d’un accompagnement renforcé en termes d’encadrement, d’éducation et de prise en charge de nos jeunes pour ne pas tomber dans les filets des terroristes.
Nos radios, nos télévisions, nos éducateurs, nos intellectuels doivent s’élever contre ces pratiques en aidant à trouver des solutions à travers le débat constructif, la confrontation des idées et les initiatives citoyennes. La cellule familiale, l’école, la mosquée, les colonies de vacances, les partis politiques, la société civile, les journalistes, les activistes de la toile... Tous doivent monter au créneau pour encadrer, éduquer, expliquer, dénoncer les dérives, corriger, former et protéger nos jeunes. Cet effort devrait inéluctablement être accompagné d’un vaste programme d’insertion des jeunes dans le cadre du nouveau modèle de développement national, que SM le Roi a appelé de Ses vœux, à même de réduire les disparités et les inégalités existantes, d’instaurer la justice sociale, de garantir une bonne répartition territoriale de la richesse et d’intégrer l’évolution que connaît le pays et son environnement international.
Le drame de Chamharouch ne changera rien à notre hospitalité légendaire, à notre refus de l’extrémisme, à notre tolérance et à notre modèle de religiosité exemplaire. Mais, il nous interpelle tous sur la nécessité de protéger notre société et d’immuniser nos jeunes contre les pratiques intimidantes des prêcheurs de la haine, des marchands de l’horreur.