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Château de Kronoberg au Danemark: Sur les traces de la tragédie d’Hamlet !

Par El Houssine Maimouni
Le château de Kronborg condense à lui seul une bonne partie de l’Histoire  du Danemark ©MAP
Le château de Kronborg condense à lui seul une bonne partie de l’Histoire du Danemark ©MAP
Il est souvent associé à Hamlet, l’une des célèbres tragédies de Shakespeare. Le château de Kronoberg se tient sur les vestiges de près de six siècles d’histoire. Palais royal, puis forteresse militaire avant de servir de prison, ce joyau raconte une grande partie de l’histoire du Danemark.

A quelques encablures de la gare ferroviaire d’Helsingor/Elseneur (50 km environ au nord de Copenhague), une énorme forteresse se dégage du paysage. Imposante, mystérieuse, majestueuse. C’est le château de Kronoberg, celui qui servit de cadre pour Hamlet, la plus célèbre des tragédies de Shakespeare.
Erigée sur un monticule d’une importance stratégique commandant le Sund (Øresund), étendue d’eau entre le Danemark et la Suède, la bâtisse fascine autant par l’architecture de son style Renaissance que par son emplacement qui, par des zones tampons savamment aménagées, la sépare du reste d’Helsingor, cette ville d’un peu plus de 61 mille habitants.
Tour à tour, Palais royal, forteresse militaire ou maison d’arrêt, Kronborg (littéralement le château de la couronne) condense à lui seul une bonne partie de l’Histoire du Danemark, du temps où le royaume nordique était une puissance maritime redoutable en Europe du Nord et au-delà.
“C’est sur ce site unique que le roi Eric de Poméranie fit construire un premier château dans les années 1420. Des vestiges des anciennes murailles sont encore visibles aux alentours. Mais, c’est en 1574 que le roi Frédérik II commença la construction de l’exceptionnel château Renaissance et de ses fortifications qui furent finalement connus comme le Château de Kronborg”, explique un guide sur place à un groupe de touristes visiblement éblouis par la majesté des lieux. Positionné à la partie la plus étroite du Sund où il est de seulement quatre kilomètres de large, Kronborg (patrimoine de l’Unesco depuis 2000) avait permis au Danemark de contrôler, de 1429 à 1857, le passage maritime contre une taxe: Environ 1,8 millions de navires empruntèrent le détroit au cours de cette période. Plus qu’une source de revenus, le château servit de puissant instrument politique ayant permis au pays d’établir des alliances.

Le spectre d’Hamlet n’est pas loin !

Le château de Kronoberg fascine autant par l’architecture de son style Renaissance que par son emplacement ©MAP
Le château de Kronoberg fascine autant par l’architecture de son style Renaissance que par son emplacement ©MAP


Initialement, le château fut reconstruit avec seulement deux étages, mais en 1578 il allait être agrandi et magnifié avec un nouveau volet sculptural. Signe d’une nouvelle ambition, l’aile sud fut rehaussée d’un étage et une nouvelle salle de bal fut placée sur la chapelle. Peu après, les ailes Ouest et Nord gagnèrent également un étage avant que l’aile Est soit également rehaussée avec une “galerie de la reine”. Les murs extérieurs furent revêtus de grès de Scanie et le toit recouvert de plaques de cuivre.
On raconte que plusieurs pièces de théâtre y furent jouées en 1579, le roi Frédéric II étant connu pour être un protecteur et un amateur de théâtre. Le spectre d’Hamlet n’est pas loin !
S’il est vrai que le château était une légende à son apogée à la fin des années 1500, tant les marins, les marchands, les diplomates et les aristocrates ont longtemps épilogué de sa splendeur et de sa magnificence, une chose est sûre, Shakespeare n’y a jamais été ! Ce qui est également sûr est que la bâtisse a été détruite en septembre 1629, par un terrible incendie, avant d’être reconstruite presque à l’identique. Seule la chapelle a été épargnée et a conservé son autel, sa galerie, ses bancs en bois richement sculptés et ses panneaux peints d’origine. Par ailleurs, certaines modernisations furent entreprises: portails, cheminées, peintures des plafonds furent réalisés dans le style baroque.

Une prison de 1739 à 1900


Bombardée, conquise et pillée par l’armée suédoise en 1658, elle a perdu de nombreuses œuvres d’art parmi les plus précieuses comme la fontaine richement décorée de la cour, le baldaquin de Frédéric II et de nombreuses peintures de la salle de bal demandée par Christian IV. Entre 1688 et 1690, une ligne avancée de défense fut ajoutée et, peu de temps après, de nouveaux remparts furent construits. Kronborg perdant de son importance en tant que château royal, l’armée prit de plus en plus d’importance dans sa gestion, au point qu’entre 1785 et 1922, il fut totalement sous administration militaire. En 1923, l’armée quitta la forteresse qui fut de nouveau restaurée et enfin ouverte au public à partir de 1938.
Reste à rappeler que, de 1739 aux années 1900, Kronborg (aujourd’hui propriété de l’Etat danois) servit de prison, les soldats de la garnison servant de gardiens tandis que les prisonniers condamnés devaient entretenir enchaînés les fortifications pour passer leurs nuits dans des cachots froids et humides.
La prisonnière la plus célèbre de la forteresse fut, en 1772, la reine Caroline-Mathilde, sœur du roi George III, du fait d’une mystérieuse affaire d’adultère, dans la pure tradition shakespearienne, mais pour de vrai cette fois-ci.

Seule la chapelle du château a été épargnée d’un terrible incendie en 1629 ©MAP
Seule la chapelle du château a été épargnée d’un terrible incendie en 1629 ©MAP


Aujourd’hui encore, le visiteur est en droit de faire le plein de ces histoires et légendes, ces intrigues de cour et coups bas, à la faveur de visites guidées ou en suivant l’itinéraire richement documenté.
D’ailleurs, chaque été, des performances sont présentées au château par des compagnies théâtrales danoises et internationales, comme la Royal Shakespeare Company, qui jouent les pièces les plus célèbres de l’auteur de “La Tragique Histoire d’Hamlet, prince de Danemark”.
Dans cette pièce justement, un des protagonistes (Marcellus s’adressant à Horatio) lançait une phrase devenue depuis proverbiale selon laquelle “Quelque chose est pourri dans le royaume du Danemark”.
Peut-être, mais pas tant, à considérer l’imposante statue en pierre de HolgerDansk (Holger le Danois), ce personnage légendaire qui, dit-on, quand le Danemark se trouvera en difficulté, se réveillera de son trône de roche au-dessous d’Elseneur et défendra son pays !

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