Côte d’Ivoire: de l’énergie à base de résidus de cacao

Par Otmane Elmibrak
26 millions de tonnes de déchets de cabosses et fèves sont brûlés annuellement ©MAP/EPA
26 millions de tonnes de déchets de cabosses et fèves sont brûlés annuellement ©MAP/EPA
Charbon bio, centrales électriques biomasse, biocarburant… En Côte d'Ivoire, les projets et les idées ne manquent pas pour transformer les coques et cabosses de cacao, jetés dans la nature, en atout écologique et en richesse économique.

En Côte d’Ivoire, des projets novateurs sont réalisés ou en gestation pour produire du charbon bio à partir des cabosses de cacao.
Dans cette démarche salvatrice à bien des égards, l’enjeu écologique et économique est éminemment important.
Cette technique permettrait, et c’est là un gain de taille, de contribuer de manière significative à lutter contre la déforestation dans ce pays ouest-africain qui ne compte plus que 2 millions d’hectares de forêts, soit près de 80% de moins qu’au début des années 1960. D’où toute l’importance de cette tendance pour juguler une hémorragie aux dimensions affolantes.
Et ce ne sont pas les coques de cacao qui manquent dans le pays d’Eburnie, premier producteur mondial de cacao avec 40% des parts de marché. Avec environ 26 millions de tonnes de déchets de cabosses et fèves brûlés annuellement, l’option des centrales électriques biomasse gagne en pertinence, particulièrement dans ce pays aux besoins énergétiques croissants.
En outre, ce genre de projets aura un impact positif sur la protection de l’environnement.
En plus clair, incinérer ces déchets à travers une centrale adaptée permettrait d’économiser 250.000 tonnes de CO² chaque année. Un chiffre édifiant qui renseigne sur les retombées écologiques positives de ce procédé.
Concrètement, en 2023, un mégaprojet de centrale biomasse devrait voir le jour à Divo (sud), pour un investissement de plus de 230 millions d'euros. Selon la Société des énergies nouvelles (SODEN), qui pilote la réalisation, sa puissance oscillera de 60 à 70 mégawatts.
Les études techniques de faisabilité sont financées à hauteur d'un million de dollars par l'Agence américaine pour le commerce et le développement (USTDA).
Avec cette centrale biomasse, construite dans l’une des principales régions de la culture cacaoyère du pays, le combustible sera donc à profusion et, qui plus est, à proximité directe de la centrale, ce qui limitera les coûts en transport et les émissions de CO².

Les résidus de cacao, un biocarburant plein de bienfaits

Fin 2018, un autre partenariat a été conclu entre SCANIA, constructeur suédois de poids lourds, d'autocars et de moteurs industriels et marins, et l’Agence nationale d’appui au développement rural (ANADER). Le groupe suédois ambitionne de transformer les résidus de cacao en biocarburant.
Selon le DG de l'ANADER, Sidiki Cissé, les études relatives à ce projet sont en cours et progressent selon le processus que SCANIA a mis en place. “Nous allons arriver à l’installation des premières usines expérimentales et ensuite monter à l’échelle avec d’autres projets qui sont aussi mis en place autour de la plate-forme d’Abidjan”, souligne-t-il.
Dans l’entre-temps, d’autres projets de moindre taille devraient voir le jour à Affery au Sud du pays.
En Côte d’Ivoire, cette technique novatrice est d’ailleurs préconisée par le mécanisme international “Réduction des émissions de gaz à effet de serre issues de la déforestation et de la dégradation des forêts” (REDD+), un projet visant à lutter contre la déforestation dans le pays.
La Côte d'Ivoire a adhéré à ce mécanisme international depuis juin 2011 en vue de contribuer aux efforts internationaux de lutte contre les changements climatiques mais aussi dans l’optique de restaurer son couvert forestier, en proie à une exploitation à grande échelle.

Du charbon à base de cacao pour juguler la déforestation

A Affery et pour donner le ton, le REDD+ a appuyé l'association des propriétaires de forêts naturelles et plantations d'Afféry (APFNP).
L’Association a obtenu une subvention de 9 millions FCFA pour la mise en place d'une unité de production en vue de la fabrication du charbon à partir de résidus de cabosse de cacao, selon son président, Gaoussou Koné.
Cette technique de production de charbon, explique le REDD+, a pour avantages de “diminuer les pressions sur les forêts, de protéger l'environnement et de réduire les maladies respiratoires des femmes car ne dégageant pas de fumée”.

La valorisation des déchets de cacao participe à la restauration du couvert forestier ©MAP/EPA
La valorisation des déchets de cacao participe à la restauration du couvert forestier ©MAP/EPA

 

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