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COTEF renaîtra-t-il de ses décombres ?

Par Morad Khanchouli
Le complexe industriel (Cotef) est situé dans la zone industrielle Sidi Brahim à Fès où il a été créé en 1967 par l'État marocain ©MAP/Abdelhak Fattoumi
Le complexe industriel (Cotef) est situé dans la zone industrielle Sidi Brahim à Fès où il a été créé en 1967 par l'État marocain ©MAP/Abdelhak Fattoumi
Près de quatorze ans après sa fermeture, COTEF, l’ancien complexe de textile de Fès, s’offre une seconde jeunesse. La mairie et les opérateurs économiques mettent les dernières touches à un “plan de sauvetage” pour faire émerger un hub industriel sur les ruines de cet ex-fleuron du textile national qui a connu des jours meilleurs. Le COTEF retrouvera-t-il son aura d’antan ? Des lots de terrain ont été déjà mis à la disposition des investisseurs. Affaire à suivre...

Des murs portant les stigmates du temps, des flammes et de l’abandon, des plantes sauvages cohabitant avec un décor de désolation, des amas de débris, de matériaux de construction “périmés’’ posés çà et là, des pilleurs à l’affût d’une “pièce précieuse’’… Cette image qui inspire répulsion et amertume est celle de l’ancien complexe de textile de Fès, le fameux COTEF, qui a fermé ses portes en 2005.
Jadis fleuron de l’industrie nationale du textile, cité en référence dans les années 1980, le complexe traîne derrière lui une triste histoire. Créé en 1967 par l'État marocain, COTEF tournait à plein régime, avant que la machine ne s’enraye, au début des années 2000. La concurrence chinoise était passée par là.
Résultat: l'État se voit contraint d’injecter une cinquantaine de millions de DH pour financer un plan de restructuration de la société et indemniser quelque 500 salariés licenciés.
L’opération s’est globalement passée sans accroc, mais les plaies causées par la fermeture du site ont pris du temps pour se refermer.

COTEF: les temps glorieux d'un complexe hors-pair

Dans les nombreux cafés modestes des quartiers environnants, il suffit de citer le nom de l’usine pour que des souvenirs remontent au cœur de la conversation.
Des anciens du complexe se rappellent toujours du temps où l’entreprise croulait sous les commandes, où elle recrutait à tour de bras. COTEF disposait également de sa propre équipe de football, qui évoluait en troisième division.
Aujourd’hui, après des années de flou, d’hésitation et de péripéties judiciaires, les responsables de la ville semblent parler d’une seule voix: il est temps de tourner la page et transformer ce fâcheux épisode en lointain souvenir.

Une zone industrielle bientôt sur les ruines du vieux complexe

La dernière session d’octobre du conseil de la ville a été en effet porteuse d’espoir pour l’avenir du complexe, mais en quelque sorte de la relance économique de la ville. Tellement COTEF est vu comme un symbole. Alstom Cabliance, filiale du géant français du transport ferroviaire, est l’heureux élu qui écrira le premier chapitre de la nouvelle histoire du complexe.
La société s’installera sur une partie du site de COTEF, qui s’étend sur une superficie totale de plus de 15 ha, dont 5,5 ha couverte, en plein quartier industriel de Sidi Brahim, près du centre-ville. L'entreprise, déjà présente à Fès, cherchait en vain un terrain approprié pour développer ses activités. “Pour éviter que la société ne quitte la région, nous lui avons accordé l’agrément d’installation dans la nouvelle zone industrielle (Ex-COTEF)’’ avant l’élaboration du cahier de charges de la zone, se félicite le maire de la ville, Driss El Azami El Idrissi, qui n’est pas peu fier du chemin parcouru pour redonner vie au site.

Le Complexe textile était un fleuron de l'industrie à Fès, avant de connaître une descente aux enfers - ©MAP/Abdelhak Fattoumi
Le Complexe textile était un fleuron de l'industrie à Fès, avant de connaître une descente aux enfers - ©MAP/Abdelhak Fattoumi


Alstom Cabliance devra investir 40 millions de dirhams pour la création d’une unité dédiée à la fabrication et au montage des câbles et armoires électriques, sur une superficie de 3 ha. Avec à la clé, 330 emplois à l’horizon 2023, qui viendront s’ajouter aux 400 actuels sur un autre site à Fès.
Pour accompagner la société, le conseil de la ville a fait voter lors de la session d’octobre un point “crucial’’, selon la majorité. Il s’agit d’une subvention d’environ deux millions de dirhams, accordée à la société sous forme d’une prime à l’emploi, à hauteur de 6.000 DH pour chaque poste créé. Les autorités de la ville semblent aussi prendre le dossier à bras-le-corps. Le wali de la région multiplie à ce sujet les rencontres avec les opérateurs économiques.
Récemment, il a rassemblé les responsables de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) pour leur annoncer la mise à la disposition des investisseurs industriels de lots de terrains sur le site de COTEF. Ils sont destinés essentiellement aux industries non polluantes.

La page Complexe textile définitivement tournée ?

D’ailleurs, les derniers réglages de l’aménagement de la zone industrielle du COTEF semblent avoir été effectués. Une fois achevée, la zone redonnerait de la visibilité aux investisseurs et de l’attrait à un quartier industriel stratégiquement situé.
Si aujourd’hui, l’avenir du site a gagné en visibilité, c'est surtout grâce aux gros efforts qui ont été consentis par les responsables de
la ville. “Nous avons sauvé in extremis le site d’une vente aux enchères’’, répète le maire de la ville, qui dit avoir “bataillé dur’’ pour que le terrain garde sa qualité industrielle. Des actions qui ont été couronnées par la publication, le 25 décembre 2018, du décret 2.18.636 annonçant le terrain du COTEF d’“utilité publique’’ et sa mise à la disposition des Domaines de l'État. Le décret porte sur l’expropriation de trois parcelles de terrain: COTEF1 (8.385 m2), COTEF2 (24.775 m2) et COTEF (118.925 m2). Une décision prise suite à une proposition du ministre de l’Economie et des finances et la consultation du ministre de l’Intérieur.

Alstom Cabliance, filiale du géant français du transport ferroviaire, s’installera sur une partie du site de COTEF -  ©MAP/Abdelhak Fattoumi
Alstom Cabliance, filiale du géant français du transport ferroviaire, s’installera sur une partie du site de COTEF - ©MAP/Abdelhak Fattoumi


La publication de ce décret était, en fait, venue mettre fin à des bisbilles entre les militants du Parti de la justice et du développement (PJD), parti du maire de la ville, et du Rassemblement national des indépendants (RNI), formation de laquelle sont issus les ministres du Commerce et de l’industrie, et de l'Économie et des Finances. Chaque clan tentait d’adopter la posture du “sauveur du COTEF’’.
La parenthèse désormais fermée, il faudra, selon un investisseur de la place, se concentrer sur l’essentiel et faire renaître tout le quartier industriel de Sidi Brahim de sa léthargie. “Une véritable gageure, certes, mais indispensable pour la relance économique de la ville’’.

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