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Couple en concubinage: Je t’aime… Moi aussi; On se marie? Non merci !

Par Imane Brougi
Tout n’est pas rose dans ces amours déchaînées ©DR
Tout n’est pas rose dans ces amours déchaînées ©DR
Narguant l’interdit moral et le “qu’en dira-t-on”, plusieurs couples ont succombé aux sirènes du concubinage. Un mode de vie qui respire le romantisme et la liberté mais qui, avec le temps, montre ses limites. Le présent article relate les espoirs et déboires de ces rebelles qui ont choisi de s’unir autrement que par le mariage.

Depuis la nuit des temps, les notions de la famille et du mariage ont été si étroitement liées qu’il était impossible de séparer l’un de l’autre. En effet, la sacralité du mariage est présente dans toutes les cultures. Bien que les lois, les normes et les coutumes puissent différer, tous reconnaissent l’union “normale” de deux personnes sous le titre du mariage.

Mais si pour un bon nombre de personnes le mariage demeure l’une des plus belles preuves de l’amour et le socle indéfectible de la famille, pour d’autres ayant choisi de partager leur vie de couple autrement, ce bout de papier ne signifie aucunement la solidité d’un couple et n’est pas synonyme d’une vie conjugale épanouie et durable. Bien au contraire: pour eux, c’est le début de la fin!

Dans un pays où les relations hors mariage sont interdites par la loi et la religion et entraînent des conséquences juridiques avec des peines allant d’un mois à un an de prison, il y a ceux qui osent dire non au mariage et privilégient les unions libres. Nous sommes allés à la rencontre de ces révoltés contre la famille conventionnelle (couples vivant en concubinage, ne désirant pas avoir d’enfants…).

 

“Faire plaisir à soi, pas à la société”

Parfois, un “je t’aime” ne suffit pas. Alors, pour se sentir en sécurité dans le couple, il faut le prouver le plus tôt par une demande de mariage. Mais pour le clan des “révoltés”, les choses ne se passent pas ainsi.

C’est le cas de Zineb et Zakaria, un jeune couple d’entrepreneurs, âgés respectivement de 25 ans et 29 ans, qui sont en relation depuis 7 ans et se déclarent contre le mariage.

“Je trouve que l’acte de mariage enlève le charme d’une relation amoureuse. L’amour est sacré et notre cocon nous suffit amplement, nous n’avons pas besoin de ce papier, une sorte de contrat pour vivre notre amour. Nous ne souhaitons pas avoir d’enfants donc le problème de papiers ne se pose même pas”, confie à BAB Zineb qui vit en concubinage avec son partenaire depuis 3 ans.

Pour cette jeune femme, son choix est déjà fait: être une amoureuse épanouie sans forcément être une épouse ou une maman pour faire plaisir à la société.

“Si on suit la vision sociale marocaine, il faut se marier à tout prix, une fois c’est le cas, il faut “pondre” à tout prix; une fois elle a son premier enfant on lui demande c’est pour quand le deuxième et si c’est une fille c’est pour quand le garçon… C’est un cercle vicieux interminable. Je pars du principe qu’il ne faut jamais se marier parce qu’on a 20 ans ou tomber enceinte parce qu’on a 30 ans pour éviter la pression sociale et faire plaisir à l’entourage”, explique-t-elle.

Selon elle, il faut penser à soi, à la sérénité et au bonheur du couple, car il est indispensable d’être en paix et en cohésion avec sa propre vision des choses. “Je ne dis pas que mon mode de vie est le meilleur, mais c’est ce qui m’arrange personnellement et je respecte les femmes qui s’identifient en tant qu’épouses ou en tant que mamans. Ce n’est pas mon cas!”, dit-elle. 

Quand la famille détruit le couple

L’un des problèmes fréquents qui reviennent le plus souvent après le mariage est l’intervention de la famille dans les affaires internes du couple. La belle-famille trop présente devient parfois un véritable handicap pour le couple!

“Ce n’est plus une vie à deux mais plutôt avec toute une famille qui se donne le droit de s’immiscer dans nos affaires même dans les choses les plus intimes. C’est la raison principale de mon divorce”, raconte Ayda, en se rappelant l’expérience douloureuse de son mariage conflictuel. 

“Au Maroc, une fois que le couple signe le fameux papier, la société le met directement dans une case: recevoir des invités, être présent dans les fêtes, suivre un ensemble de rituels pour faire plaisir à la famille... Toutes les personnes qui entourent le couple commencent à avoir leur mot à dire sur la relation, chose qui n’est pas admissible et qui crée énormément de problèmes quand le couple n’est pas assez complice et ne se connaît pas bien, d’où l’importance du concubinage”, estime cette trentenaire.

Ayant fait l’expérience d’un mariage arrangé, Ayda considère que l’intervention de la famille a détruit littéralement son couple.

“Ma vie de couple s’est effondrée comme un château de cartes. Je fournissais des efforts inimaginables pour satisfaire sa famille, notamment sa maman et ’avaler’ ses critiques blessantes. Cela m’a épuisée physiquement et psychiquement, les problèmes ne finissent pas, chaque jour une nouvelle histoire…”, raconte-t-elle avec amertume.

“Je n’avais pas de sphère privée, toute ma vie était étalée et sujet de toutes les discussions”, dit-elle, notant que dans sa nouvelle relation, elle envisage de profiter de sa vie de couple loin des yeux de tout le monde, de faire les choses à sa manière sans être critiquée, jugée ou bien obligée à faire plaisir à qui que ce soit. “C’est une façon de protéger et préserver mon couple”, ajoute-t-elle.

 

Vivre ensemble pour mieux se connaître

Avant de se marier, une étape est primordiale: connaître son partenaire sur le bout des doigts pour éviter toutes les mauvaises surprises. Vivre un moment ensemble avant de passer devant les Adouls est devenue une pratique assez courante chez de nombreux couples. 

“Nous ne pouvons pas cerner une personne en sortant prendre un café ou en se baladant dans un parc une fois par semaine, c’est le fait de se côtoyer au quotidien, d’avoir une routine, de s’ennuyer ensemble, de faire les tâches ménagères, de descendre les poubelles et de changer la bouteille de gaz qui nous permet de mieux nous connaître”, relève Adil, cadre dans une multinationale qui estime que vivre ensemble est une étape primordiale pour réussir son couple.

“Une relation amoureuse est loin d’être un conte de fées, c’est plutôt “un compte de faits”, et il est important de faire face à ces faits quotidiennement, sous le même toit, avant de franchir le pas du mariage ou pas ou de fonder une famille ou pas”, note ce quadragénaire à la recherche de son âme sœur. 

“Je suis pour le concubinage, surtout dans un premier temps. Je pars du principe qu’il ne faut jamais dire jamais, donc je ne peux pas dire que je suis contre l’entité du mariage, il est possible que je change d’avis concernant le mariage dans quelques mois ou dans quelques années, surtout pour pouvoir avoir un enfant”, dit-il. 

Il est indispensable de vivre avec son partenaire avant de se marier, estime-t-il, ajoutant qu’il ne faut pas céder aux pressions sociales, car il est très important de partager un foyer avec son amoureux pour mieux le connaître et pour voir l’évolution de la relation sous le même toit.

“Se marier est une décision qui n’est pas du tout facile, il faut bien prendre son temps lors de la phase de connaissance. Les chiffres des divorces donnent froid au dos et c’est souvent les enfants qui payent les pots cassés”, ajoute-t-il. 

 

Mais qu’en est-il des conséquences sociales et juridiques?

Dans ces relations tout n’est pas rose. Les conséquences d’ordre social et juridique pèsent lourdement sur la continuité de ces couples, car après une certaine durée commence à se poser la fameuse question du statut et des droits. En concubinage, vous n’êtes pas protégés, ni individuellement, ni pour votre couple.

“Par rapport à la société, je considère que les gens devraient être moins violents et agressifs vis-à-vis des personnes qui s’aiment et choisissent de vivre en dehors du cadre du mariage, car cela ne fait de mal à personne et c’est une chose qui concerne uniquement le couple”, relève à ce sujet Karima Nadir, cofondatrice et porte-parole du mouvement “Hors la loi”. 

Sur le plan relatif aux droits, elle souligne qu’il y a de plus en plus de femmes qui sont agressées et violées mais qui doivent continuer à souffrir en silence car il y a une loi qui interdit les relations consentantes entre adultes. “Il faut vraiment trancher sur cette question, pour un Maroc meilleur qui respecte les libertés et les droits de chacun”, insiste-t-elle.

Selon cette militante en faveur de la dépénalisation des relations sexuelles hors mariage, l’article 490 empêche un grand nombre de filles et de femmes d’aller porter plainte pour agression sexuelle subie de la part de leur compagnon ou concubin par peur d’être poursuivies à cause de cet article.

“L’essence et l’esprit des lois devraient protéger les citoyens avec leur différence et protéger leur choix, leur vie privée et leur intimité et non pas le contraire…”, considère-t-elle.

Un avis partagé par Meryem qui a été violemment agressée par son concubin mais qui ne pouvait porter plainte à cause des lois en vigueur. “La loi est supposée protéger, pas punir”, regrette-t-elle.

“Ce que j’ai vécu est traumatisant. Au lieu de me défendre en recourant à la justice, je me suis tue par peur de faire l’objet de poursuites judiciaires et de risquer la prison”, raconte-t-elle, ajoutant que la loi doit s’adapter aux exigences de la société moderne.

Comme Meryem, elles sont nombreuses à subir et assumer les conséquences de leurs choix (vivre en marge de la société, regard méprisant, poursuites judiciaires, violence…) en optant pour un mode de vie défiant les valeurs fondamentales caractérisant la société marocaine. Des valeurs qui commencent à s’effriter en cédant la place à de nouveaux normes et rapports sociaux qui orientent les comportements et guident les pratiques aussi bien collectives qu’individuelles.w