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Crise migratoire: La solution est dans les pays émetteurs

Clair obscur par Adil Zaari Jabiri


Toute solution décidée à Bruxelles avec les seuls pays européens autour de la table n’aura qu’un effet analgésique et le lendemain d’autres bateaux pointeront à l’horizon

Lifeline, Aquarius, Seefuchs, Open Arms, Alexander Mearsk sont des noms de bateaux devenus tristement célèbres ces derniers jours de par le nombre de migrants qu’ils ont sauvé ou transporté en mer Méditerranée et que l’Europe rechigne à accueillir.
A ces navires s’ajoutent des embarcations de fortune voguant tous les jours contre vents et marrées à la recherche d’une “terre ferme charitable” et dont certains connaissent une fin dramatique. Mais jusqu’à quand ces bateaux de la honte continueront à faire la Une de la presse mondiale et quand est-ce que l’Europe comprendra qu’il ne s’agit pas d’une simple question conjoncturelle que l’on peut résoudre avec des mesurettes prises à la hâte lors d’un sommet à Bruxelles, mais plutôt d’une crise devenue structurelle. Les causes de la crise migratoire sont connues. Elles se résument en quelques maux dont la poussée démographique, l’épuisement des ressources naturelles, les guerres et l’instabilité politique, le dérèglement climatique sans oublier les problèmes de gouvernance dans certains pays, notamment africains, dont le sous-sol regorge de minerais et autres ressources mais qui peinent à garantir une vie digne à leurs populations.
Pourtant la solution existe dans les pays émetteurs. Elle mérite juste qu’on s’y attarde un peu et qu’on l’aborde de manière globale et inclusive. Toute solution décidée à Bruxelles avec les seuls pays européens autour de la table n’aura qu’un effet analgésique et le lendemain d’autres bateaux pointeront à l’horizon.
Stopper les flux migratoires consiste notamment à créer dans les pays d’origine toutes les conditions de développement et d’épanouissement des populations, en premier lieu des opportunités d’emploi pour les jeunes, des structures industrielles aménagées et financées par l’Europe elle-même et non pas des “centres fermés” ou ce qu’ils appellent des “plateformes de débarquement de migrants hors de l’UE”, une sorte de prisons où l’on entasserait ces “indésirables” moyennant quelques subsides payés au lance-pierre.  
Une politique migratoire européenne ne se réduit pas à “externaliser” le problème mais passe par de véritables programmes de co-développement pour renforcer les capacités économiques des pays d’origine, par de véritables plans d’intégration des jeunes à travers l’éducation, l’encadrement et la formation aux métiers requis par les entreprises européennes installées dans les pays émetteurs afin de “fixer” les populations.  
Une véritable politique européenne en matière de migration et d’asile passe également par la prise de conscience réelle et effective des problèmes qui rongent l’Afrique (l’eau, le climat, l’alimentation) et qui menacent sa stabilité (conflits territoriaux, terrorisme, trafic d’armes).
En attendant, les chefs d’État des Vingt huit se sont réunis une nouvelle fois les 28 et 29 juin à Bruxelles avec à l’ordre du jour la sempiternelle question migratoire. En ordre dispersé, ils ont publié une déclaration dans laquelle ils annoncent leur intention de “soutenir” les pays d’origine et de transit, mais sans aller au fond du problème.