Cultiver des algues pour récolter la croissance

Par Driss Tekki
La culture des algues, une alternative agricole et économique ©MAP/EPA
La culture des algues, une alternative agricole et économique ©MAP/EPA
Dotée de qualités nutritionnelles et cosmétiques avérées et d’un grand potentiel économique, la culture des algues se présente comme une alternative aux produits agricoles “classiques” et un maillon fort de la politique européenne de sécurité alimentaire.

Dans un contexte international marqué par une demande croissante de produits respectueux de l’environnement et par les efforts fournis par la communauté internationale pour freiner l’impact dévastateur du changement climatique en lien avec la surexploitation des ressources naturelles notamment alimentaires, la culture des algues s’avère l’une des solutions les plus écologiques à fort potentiel notamment pour l’Europe.
Le rapport économique annuel de 2018 de la Commission européenne sur l’économie bleue reflète ce fort potentiel, appelé à se consolider davantage au fil des années.
Selon ce rapport, le secteur de la biomasse algale de l’UE emploie actuellement 14.000 personnes et a une valeur de 1,69 milliard d’euros, ce qui comprend la recherche et le développement, la production d’équipements et les emplois dans la plus grande chaîne d’approvisionnement qui dépend du rendement du secteur des algues.
Il s’agit pour l’Europe d’un secteur porteur de croissance tout en respectant les engagements environnementaux de ses pays, d’autant plus qu’une infinité de produits peut être obtenue à partir de l’exploitation des algues, grâce au grand nombre d’espèces.


Une alternative agricole et économique intéressante

Une exploitation optimale est à même d’aider à résoudre des processus non durables, en stimulant la bioéconomie et en soutenant la transition vers une société plus durable et un environnement plus propre et plus sain, estiment les experts.
De plus, l’utilisation des algues dans une multitude d’applications commerciales aiderait à réduire les pressions sur les produits issus de l’agriculture traditionnelle ainsi que sur les ressources non renouvelables, alors que la population mondiale augmente d’une manière exponentielle et avec elle ses besoins alimentaires.
Connue principalement pour être utilisée dans la production de cosmétiques, d'engrais ou encore de biocarburants, les algoculteurs misent aussi sur les bienfaits de cette plante marine pour la santé et sur ses qualités nutritionnelles, en tant que source de vitamines, de minéraux, d’antioxydants et de protéines.
Les algues sont ainsi perçues comme une alternative pour l’Europe dans sa quête de construire un système alimentaire plus durable dans le cadre du “Pacte vert” lancé par la Commission Européenne.
Si pour l’environnement, la culture des différentes variétés d’algues contribue à la séquestration du carbone et à l'atténuation du changement climatique, des études de la FAO et de plusieurs centres de recherches scientifiques vantent également leur grand potentiel dans l'alimentation animale afin de réduire la dépendance de l'Europe à l’importation et d’aider à lutter contre la déforestation.
Toutefois, même s’il s’agit d’une culture relativement récente sur le vieux continent, le marché étant dominé majoritairement par les pays asiatiques, pionniers en la matière, l’Europe cherche à développer ce secteur dans le cadre d’une nouvelle vision tournée particulièrement vers une production sobre en carbone et plus respectueuse de l’environnement.
Dans la perspective de répondre à des besoins croissants et diversifiés, le secteur de la production d’algues se trouve en plein essor, avec plusieurs pays à l'avant-garde.
Des données de la FAO placent la Norvège à la tête des principaux pays producteurs d’algues en Europe, talonnée par la France, le Danemark, l’Irlande, l’Islande et la Russie, tandis que le classement mondial est toujours dominé par les Asiatiques, à leur tête la Chine, puis l’Indonésie, les Philippines et la Corée.

L’Europe cherche à avoir pignon sur rue

Si l’Europe pèse peu dans ce gigantesque marché en termes de production et d’exportations, elle se démarque toutefois par le développement de nouvelles méthodes d’algoculture durables et par une importante diversité d’espèces natives, toute en s’appuyant sur son développement scientifique et ses industries de pointe.
La Commission européenne parie ainsi sur l'algoculture afin de favoriser une croissance durable et de contribuer à la création d'emplois et à l'essor de l’économie bleue dans les régions côtières et à travers l'Europe.
Dans cette perspective, elle a intégré le soutien à ce secteur dans sa nouvelle stratégie baptisée “De la ferme à la table”, visant à accélérer la transition économique vers un système alimentaire plus juste, plus sain et plus durable.
“Se nourrir pour un prix abordable”, “un impact positif sur l’environnement”, “atténuer le changement climatique”, “garantir la sécurité alimentaire” et “inverser la tendance au déclin de la biodiversité”, tels sont les objectifs du système alimentaire durable encouragé par cette stratégie.

Climat et concurrence, des défis à relever

Dans ce sillage, la Commission européenne envisage d’adopter des lignes directrices de l’Union concernant les plans de développement d’une aquaculture durable des États membres.
Elle compte également présenter un soutien bien ciblé en faveur de l’industrie des algues, ces dernières étant appelées à devenir une source de protéines de substitution importante dans le contexte d’un système alimentaire durable et de la sécurité alimentaire mondiale.
Avec des méthodes de culture respectueuses de l'environnement, les experts jugent possible d'augmenter la production européenne d'algues sans pour autant porter atteinte au milieu marin.
L’enjeu est de taille pour l’Europe, qui risque, toutefois, de se heurter à une concurrence peu avantageuse sur un marché international dominé par les pays asiatiques, à la faveur d’une longue tradition en matière d’algoculture, et où la doctrine environnementale est peu observée.w
Miséricorde du ciel.. à quand la fin de la dépendance ?
Si les Marocains s'intéressent à la météo, ils le font de plus en plus dès que le mois de septembre se pointe. Les prévisions météorologiques deviennent alors le grand sujet de débats dans les cafés comme dans les cercles économiques, à fortiori si les précipitations se font attendre. Et pour cause, la forte dépendance de l’agriculture du ciel.
Cette corrélation, résumée par Théodore Steeg, résident général à la fin des années 1920, du temps du protectorat français, par la formule “Au Maroc, gouverner c'est pleuvoir”, est toujours omniprésente.
Malgré les efforts du Royaume de diversifier son économie, la croissance oscille toujours au gré des précipitations. Comme on dit en dialecte marocain “L3am Zin” pour faire référence à une bonne récolte après une année marquée par une pluviométrie généreuse.
Mais jusqu’à quand dépendre des caprices du ciel au moment où les retards des pluies sont de plus en plus constatés, auxquels s'ajoute une raréfaction des ressources en eau, qui plus est aggravée par la surexploitation des nappes phréatiques.
Certes, les efforts du ministère de l’Agriculture vont dans le sens de l’amélioration de la résilience de l’agriculture aux aléas climatiques, mais le mot d’ordre doit être l’anticipation.
Il est donc impératif de réfléchir de façon approfondie à des solutions pérennes à mettre en œuvre face aux aléas du ciel et de repenser notre modèle de développement.
Un accès aux infrastructures d’irrigation, qui reste coûteux pour les petits agriculteurs et nécessite un entretien régulier, s’impose plus que jamais.
Le dessalement de l'eau de mer en faisant recours aux énergies renouvelables constitue également une alternative opérationnelle et crédible.
D'autres alternatives doivent être réfléchies, notamment l'ensemencement des nuages, qui consiste à provoquer artificiellement la pluie par injection de cristaux de sel, ou la création d’une “mousson artificielle”, suite de la rencontre entre une masse d’air chaud et un autre humide. Enfin, anticiper pour que la croissance économique n’évolue plus au gré de la pluviométrie.