Bélénophobie: qui a peur des aiguilles ?

Par Sara Aït Lahmidi
Vaccin ©DR
Vaccin ©DR
Des fines, des plus grandes ou des crochues, les aiguilles marquent l’imaginaire collectif. De la simple prise de sang à l’injection intra-articulaire, la peur des aiguilles ou bélénophobie complique la vie à plusieurs patients et devient un handicap à l'heure de la vaccination.

A l’image de la claustrophobie (hantise des espaces clos) ou l’arachnophobie (peur des araignées) qui sont plus connues, il existe bien plus de phobies que l'on pourrait penser. En effet, à l’heure où les campagnes de vaccination contre Covid-19 sont lancées à travers le monde et loin des craintes quant à l’efficacité des doses administrées, une peur silencieuse ressurgit et l’anxiété à l’idée de se faire piquer envahit plusieurs futurs vaccinés.

De l’avis du Hachem Tyal, psychiatre et psychanalyste, la phobie des aiguilles et de tout ce qui pique en général, frapperait près de 10% de la population.

 

Une expérience traumatisante

 

Dans sa forme extrême, la bélénophobie ne se limite pas à la peur de l’aiguille, de la seringue et s'étend aux épingles et aux couteaux pointus. “Comme les autres phobies, perçues comme effectivement non raisonnées mais qui s’imposent à l’individu, la bélénophobie peut être relativement limitée comme elle peut devenir extrêmement grave au point d'empêcher la personne de sortir de chez elle”, précise Dr, Tyal à BAB.

En effet, plus que d’autres, certaines personnes développent cette phobie. Cela dépend de la fragilité de l’individu et de son histoire, explique le spécialiste.

“Chez la personne touchée par cette phobie, il s’est forcément passé quelque chose qui s’est  inscrite dans l’esprit et qui va être ravivée à l'âge adulte par des circonstances particulières”, précise-t-il.

Et d’ajouter que le problème est lié à un terrain prédisposé sur lequel arrive une expérience particulière qui va être liée de près ou de loin à quelque chose qui touche à une piqûre. À partir de là, souvent tôt, s’installe cette crainte disproportionnée.

Pour Aicha, une septuagénaire de Rabat, la frayeur de se faire piquer remonte à son plus jeune âge. “Enfant, à la vue de la taille de la seringue qui perfore la peau et du sang évacué dans le flacon lors d’un prélèvement, j’ai eu une crise de panique. Depuis, je ne supporte guère toutes sortes de piqûres”, se remémore-t-elle.

Scientifiquement, la peur des aiguilles n’entraîne ni nervosité ni envie de fuir, mais un ralentissement de la circulation sanguine et une baisse du rythme cardiaque.

“Prise de sang, injection de médicament ou de vaccin sont à l'origine de véritables accès de terreur, l’angoisse associée aux aiguilles cause souvent des malaises vagaux”, affirme à BAB Dr Mountassir Tarik, traumatologue.

En plus, dans les cas les plus graves, le simple fait d’envisager la confrontation à l’objet de l’aiguille provoque des sueurs froides et des tremblements. 

 

Paralysé devant une aiguille? Voici quelques solutions

Chez les patients qui partagent une forte aversion pour les aiguilles, le fait de se relaxer et de penser à autre chose peut aider à surmonter les appréhensions. 

Mais, si cela ne suffit pas, une thérapie cognitive et comportementale permettra de domestiquer la peur et de la banaliser.

Interrogé sur la question, Dr Tyal précise qu’un traitement peut être proposé au patient en fonction de la gravité de la phobie. D’une part, en plus de l’accompagnement psychologique, un traitement médicamenteux, comme les tranquillisants, est prescrit pour permettre au patient de se relaxer. 

D’autre part, grâce à la thérapie, il est possible de remonter aux sources de la peur et de comprendre ce qui s’est passé. Les impulsions qui sont à l’origine de la phobie sont aussi celles qui permettent de la guérir et une fois la cause identifiée, les symptômes vont doucement s’éteindre. “On peut faire appel à la thérapie psychodynamique qui va aider la personne à comprendre dans son itinéraire de vie qu’est-ce qui a existé comme expérience à l’origine de la phobie et donc amener l’inconscient à résoudre de lui-même le problème”, explique Hachem Tyal. 

 

La bélénophobie, ce n’est pas une fatalité

 

En outre, la psychothérapie cognitive et comportementale va se baser sur une exposition progressive de la personne aux symptômes: dans l’imaginaire et dans une situation relaxante, la personne s’habitue à l’injection sans pour autant que cela génère une réaction aussi forte.

Cependant, grâce aux techniques de relaxation, la personne va se rendre compte combien l’angoisse devient progressivement contrôlable. 

Par ailleurs, selon Dr Mountassir, une nouvelle avancée dans le domaine de la science peut pallier ce trouble anxieux. “La pilule autonome” destinée aux personnes sujettes à la bélénophobie pourrait bien mettre un terme aux injections sous-cutanées, ce qui profiterait, en l’occurrence, aux diabétiques.

“Le projet débute tout juste, mais les premiers résultats offrent de belles perspectives. Une réussite signifie que les vaccins douloureux n’auront plus lieu d’être. Aussi, les séances d’injection ne seront plus un supplice ni pour les médecins ni pour les patients”, indique Dr Mountassir.