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Culture du grenadier au Maroc: Plus qu'un fruit, une industrie

Par Imane Brougi
Les grenades au Maroc sont réputés par leur bonne qualité ©MAP
Les grenades au Maroc sont réputés par leur bonne qualité ©MAP
Durant ces dernières décennies, la culture du grenadier est passée du caractère traditionnel à la modernisation du secteur. En 2018, le volume de production a avoisiné les 133.000 T avec un rendement moyen national de 11,8 T/Ha, grâce au plan Maroc Vert et aux stratégies ambitieuses adoptées par le Royaume pour l’amélioration de la production du grenadier et la valorisation de ce produit à travers la transformation. Mais des défis restent à relever pour espérer se mesurer à la concurrence internationale.

Enfin il y a de quoi se régaler en cette période hivernale! C’est la pleine saison de la grenade. Ce magnifique fruit aux multiples vertus, avec sa couleur passion et son goût à la fois sucré et acidulé, est une vraie aventure gustative qui nous transporte au pays des délices et nous rappelle des souvenirs savoureux, notamment ceux d’enfance... Mais c’est aussi une grande opportunité pour développer l’économie nationale.

Très présent sur le marché marocain, ce fruit généreux et réconfortant rempli de grains rubis fait la joie des petits et grands qui se réjouissent d’éplucher la demoiselle avec délicatesse et minutie pour découvrir le trésor qui est à l’intérieur. Considéré comme symbole de beauté et de fertilité, le grenadier est l’une des espèces fruitières les plus anciennement cultivée au Maroc. Mais malgré ses caractéristiques nutritionnelles intéressantes, le grenadier est resté pour longtemps sous-exploité. Durant ces dernières décennies, cet arbuste a pris de plus en plus d’importance et sa culture est passée du caractère traditionnel au développement en vergers commerciaux. Grâce au Plan Maroc Vert et aux stratégies ambitieuses adoptées, le Royaume s’est inscrit dans une nouvelle dynamique pour l’amélioration de la production du grenadier et la valorisation de ce produit à travers la transformation.

En dépit de la modeste production des grenades au Maroc, leur bonne qualité constitue un atout considérable permettant au Royaume de concurrencer les grands pays producteurs de ce fruit à l’échelle internationale. S’investir davantage dans la culture du grenadier semble être plus rentable que l’on imagine. Plus qu’un fruit à consommer à l’état frais ou comme jus, la grenade est devenue un allié incontournable des produits cosmétiques et pharmaceutiques. Il s’agit d’une grande industrie, alors pourquoi ne pas intégrer ce marché ?

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Le rendement durant cette saison atteint 20 T/Ha au niveau de Béni Mellal Khénifra. MAP

 

Une culture qui va crescendo

Au Maroc, la culture du grenadier a pris une grande ampleur ces dernières années. Actuellement, la superficie occupée par la culture du grenadier est de l’ordre de 12.300 Ha.

Cette espèce prend de plus en plus de l’importance et sa culture est passée du caractère traditionnel avec des plantations dans des jardins familiaux et/ ou en plantations éparses pour se développer en verges commerciaux, assurant une diversification fruitière à l’échelle nationale.

La production de grenadier continue à augmenter considérablement. En effet, la production moyenne enregistrée durant les 5 dernières années a atteint 115.000 T avec un rendement moyen national de 11 T/Ha. En 2018, le volume de production a avoisiné les 133.000 T avec un rendement moyen national de 11,8 T/Ha. Tandis que le rendement moyen enregistré durant cette campagne agricole oscille entre 5,5 T/Ha au niveau de Casablanca et Settat, il atteint 20 T/Ha au niveau de Béni Mellal Khénifra et Drâa Tafilalet. Et la majeure partie de cette production est destinée au marché local.

Les bassins de production sont principalement concentrés dans les régions de Marrakech- Safi, Beni Mellal-Khenifra et Tanger-Tétouan- Al-Hoceima, représentant 70% de la superficie nationale. La région de Beni Mellal est considérée comme la première zone productrice des grenades, elle contribue à hauteur de 45% à la production nationale. La quasi-totalité des plantations de grenadier est conduite en irrigué du fait que la superficie irriguée concerne 10.000 ha, soit 88% de la superficie totale plantée.

Mais malgré la production importante et la qualité du grenadier marocain, les quantités exportées restent faibles. Ainsi, un vrai effort doit être fait pour promouvoir la commercialisation du grenadier marocain à l’international.

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 Alami Abdeljaouad, propriétaire d’une ferme à 12 km de Khémisset, certifiée bio. MAP

 

 

Région Rabat-Salé-Kénitra : Des bénéfices de 20.000 à 40.000 dirhams/ha

Dans la Région de Rabat-Salé-Kénitra, le secteur du grenadier est prometteur car cette culture est rentable et peut dégager des bénéfices de 20.000 à  40.000 dirhams/ha, en plus des possibilités d’exportation des grenades à destination des marchés européens. A cet effet, les agriculteurs de la région tendent vers l’extension des plantations et la réhabilitation de celles existantes.
Par ailleurs, l’aide financière accordée dans le cadre du Fonds de Développement Agricole (FDA) à la création de nouvelles plantations de grenadier s’élève à 60% du coût d’acquisition des plants, avec un plafond de 6.000 Dh/Ha. Une mesure incitative à l’investissement dans cette filière arboricole. Selon le directeur régional d’Agriculture à Khémisset, la superficie de la culture du grenadier a connu un vrai développement depuis le lancement du plan Maroc Vert, notant que les plantations ont augmenté grâce aux subventions accordées par l’État pour encourager cette culture qui assure une rentabilité aux agriculteurs.
Conscient de l’importance de valorisation et d’exportation de ce fruit, l’État encourage toutes les initiatives favorisant le développement de cette filière, notamment la création des unités de valorisation et des associations et des coopératives pour faciliter la commercialisation et la transformation du produit aux niveaux national et international, a-t-il relevé dans une déclaration à “BAB”. Il est, également, à signaler que la culture du grenadier a connu une évolution notable au niveau de la région Rabat-Salé-Kénitra, puisque la superficie globale est passée de 251 Ha durant la campagne agricole 2008-2009 à plus de 1000 Ha en 2017. La production totale enregistrée durant la campagne 2017-2018 est de l’ordre de 8 000 T, avec un rendement moyen de 9-12 T/Ha. La zone du Gharb représente plus de 83% des superficies occupées par le grenadier, suivie de la province de Khémisset (15%) et Rabat-Salé (2%).

Les variétés du grenadier les plus cultivées dans la région sont le Sefri, le Mersi, Zheri d’automne et Lâaroussi.
 

La valorisation des grenades, un must


Le grenadier est une espèce ayant un grand potentiel de valorisation et de diversification de la production fruitière dans plusieurs régions du Royaume.
Pour le propriétaire du domaine Errahma, une ferme à 12 km de Khémisset, Alami Abdeljaouad, la valorisation du grenadier est une nécessité pour hisser le Maroc au rang des grands producteurs du grenadier.

Conscient des vertus du grenadier, j’ai décidé de passer à l’étape suivante à savoir la transformation”, a-t-il dit dans une déclaration à “BAB”, précisant qu’il va commencer, dans un premier temps, par la production du jus et de l’huile de grenade dans la perspective d’élargir l’activité.
La valorisation du produit permet de créer des opportunités d’emploi, a souligné ce septuagénaire passionné d’agriculture et qui a permis à travers sa ferme certifiée bio, d’assurer une source de revenu à plusieurs habitants de la région.

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