Mohamed Hmamouchi: cannabis médical: ‘‘Il faut mettre le paquet!’’

Par Zhor Saih
Mohamed Hmamouchi ©MAP
Mohamed Hmamouchi ©MAP
Premier directeur de l'Institut national des plantes aromatiques et médicinales (PAM), Mohamed Hmamouchi livre sa réflexion sur les défis et perspectives de légalisation du cannabis à usages médicinal et industriel et de valorisation des PAM.

BAB: Quels sont les acquis à tirer de la légalisation par le Maroc des usages du cannabis à des fins médicinales et industrielles?

Mohamed Hmamouchi: La légalisation des usages du cannabis à des fins médicinales et industrielles contribuera largement à la protection des agriculteurs concernés par la culture du cannabis et l’amélioration de leurs conditions de vie, cela profitera à notre pays en général et aux habitants des régions du Nord en particulier. Ce pas important représente une réponse aux impératifs du développement social et scientifique. Par ailleurs, la légalisation de cette filière et son développement doivent s’appuyer sur une étude de faisabilité qui inclut des aspects tenant compte du contexte géographique, politique, socio-économique, médical et environnemental.

Le développement des législations relatives au cannabis à travers le monde connaît souvent des complications liées généralement aux normes à légaliser, eu égard aux différents types de produits de cette plante: molécule, mélange, dose.., raison pour laquelle chaque pays fixe ses propres lois et normes. L’usage médicinal limité du cannabis est autorisé dans un certain nombre de pays, dont des États des États-Unis, l’Europe, Israël, le Canada et la Chine. Au Maroc, le succès du projet de loi sur les usages licites du cannabis dans les domaines médical et industriel demeure tributaire de la synergie des efforts de toutes les parties prenantes pour faire face aux défis d’ordre politique, socio-économique et environnemental, afin d’atteindre les objectifs de développement dans les régions du nord et promouvoir les services publics de santé. 

De même, il serait judicieux de s’informer et de tirer profit des expériences internationales, notamment des pays qui représentent un modèle en matière de légalisation du cannabis.

Il est également impératif de mettre à disposition tous les outils et les conditions nécessaires pour la mise en œuvre de ce projet, notamment, un cadre réglementaire, des ressources financières et humaines adéquates et des moyens capables de faire avancer la recherche pour le développement.

 

Parmi les conditions évoquées pour la mise en œuvre du projet de loi sur les usages licites du cannabis, figurent la création d’une Agence nationale chargée de la coordination entre les secteurs gouvernementaux, les institutions publiques et les partenaires nationaux et internationaux et le développement d’une chaîne agricole et industrielle relative à cette plante. 

Est-ce que cela veut dire que tout ce qui se rapporte à cette plante ne relève pas de la compétence de l’Agence nationale des plantes médicinales et aromatiques (ANPMA) et que pensez-vous de la proposition portant sur l’introduction de ce dossier parmi les missions de l’Agence?

Il serait superflu d’affirmer que la mise en œuvre du projet de loi sur les usages licites du cannabis exigerait d’énormes investissements, car le gouvernement doit prendre en compte les infrastructures nécessaires, en termes de ressources humaines, d’équipements, de centres de recherche et d’autres moyens à même de garantir le succès de ce projet ambitieux. Cela peut amener à craindre que des obstacles d’ordre financier puissent retarder son adoption.

Ainsi, selon la proposition soumise au gouvernement et au Parlement par le Forum des compétences de la province de Taounate composé de plus de 500 cadres, il serait mieux au lieu de créer de nouvelles institutions qui s’acquittent des mêmes tâches, de valoriser l’Agence nationale des plantes médicinales et aromatiques. Celle-ci, créée en 2015 dans la province de Taounate, est venue remplacer l’Institut national des plantes médicinales et aromatiques, avec un amendement de son statut juridique pour devenir un établissement public portant le nom de l’Agence nationale de légalisation des activités liées au cannabis et aux plantes médicinales et aromatiques, qui se divise en deux services, l’un dédié aux affaires juridiques et l’autre consacré à la recherche scientifique et technique, tout en gardant son siège à Taounate.

Possédant 8 Ha dont 3.423 m2 de superficie couverte, l’ANPMA se compose principalement d’un jardin de plantes médicinales et aromatiques (7,5 ha), un hall technologique doté de plusieurs ateliers d’application (séchage, distillation, extraction et formulation), un laboratoire de contrôle de qualité des PMA et produits dérivés, ainsi que sept laboratoires: botanique, agrotechnie, phyto-biotechnologie, phytochimie et chimie analytique, pharmacologie – toxicologie, biochimie et microbiologie, outre des maisons d’hôtes et chambres pour les chercheurs et les stagiaires...

A rappeler que l’idée de créer un Institut national des plantes médicinales et aromatiques en 2002 à Taounate, a été le fruit d’une étude approfondie visant la mise en place de projets alternatifs à la production du cannabis et la valorisation des dérivés de cette plante pour des fins médicinales.

Parallèlement, le ministère de l’Education nationale et de la recherche scientifique avait pris, entre 2002 et 2004, l’initiative de préparer un dossier visant la valorisation du cannabis industriel qu’il avait présenté à plusieurs instances internationales. De grandes entreprises internationales ont exprimé leur intérêt d’investir dans ce domaine mais les conditions générales à l’époque n’étaient pas favorables pour assurer le bon déroulement et la réussite de ce projet.

 

En tant que fondateur et premier directeur de l’Institut national des plantes aromatiques et médicinales, quelles sont les tâches qui ont été confiées à l’Institut depuis sa création en 2002? Quelles sont les nouvelles fonctions qui lui ont été attribuées après sa transformation en Agence en vertu de la loi n° 111-12 promulguée par le Dahir n° 1-15-04 du 29 publiée au Bulletin Officiel N° 6338 le 26 février 2015?

Dans sa forme juridique antérieure et actuelle, cet institut, en tant qu’Agence nationale des plantes médicinales et aromatiques, est la seule institution, au niveau national, africain et arabe, spécialisée dans le développement de la recherche et l’évaluation des résultats de la recherche dans le domaine des plantes médicinales et aromatiques ainsi que la fabrication, compte tenu de ses équipements, ses capacités et les matériaux et produits naturels fournis aux industries pharmaceutique, esthétique, aromatique et autres.

En plus de son infrastructure, cette institution offre un espace technique et une plateforme technologique au profit des compétences et des partenaires, ce qui la rend plus intégrée dans sa dimension socio-économique et un moteur de recherche d’une grande importance dans son domaine aux niveaux national et international.

C’est dans ce cadre que cette institution assume le rôle de médiateur industriel reliant tous les domaines mentionnés en termes d’organisation, de gestion et de distribution des rôles stratégiques.

Il faut souligner que malgré la transformation de l’Institut en l’Agence nationale des plantes médicinales et aromatiques, cette structure est restée un établissement public accomplissant les mêmes tâches que l’Institut, sauf qu’elle est devenue indépendante et non pas affiliée à l’université Sidi Mohammed Ben Abdellah de Fès comme c’était le cas de l’Institut. Ce dernier ne jouissait pas d’une autonomie au niveau du budget et de la gestion financière et administrative et toutes les décisions étaient prises par le conseil de l’université.

La nouvelle forme juridique permet à l’Agence d’acquérir des actions dans les entreprises privées et publiques et de créer des sociétés, à condition de travailler sur des produits et des services en relation avec le domaine des plantes médicinales et aromatiques et leur valorisation et commercialisation et, ainsi, ne détenir que 50% du capital desdites sociétés.

La science a prouvé, au niveau international, que le cannabis a des vertus médicinales et esthétiques et peut également être utilisé dans l’agriculture et l’industrie. A votre avis, comment peut-on convaincre la conscience collective des bienfaits de cette plante et dissiper la peur de certains à ce propos?

Grâce aux nombreuses vertus de la plante du cannabis, les agriculteurs de certaines régions ont plusieurs opportunités à saisir pour créer, innover et développer des entreprises d’une vraie importance économique. Pour ce faire, il faut assurer le succès à long terme de ces méthodes d’investissement à travers le financement national de la recherche et le suivi de l’efficacité des mesures de gestion ainsi que l’avancement des résultats. Il est recommandé d’accompagner tous les intervenants à savoir: agriculteurs, personnel de la santé, juristes et industriels pour assurer une meilleure qualité des produits.

Il faut également fournir des formations aux agriculteurs autour des nouvelles mesures de production. En parallèle, il est recommandé de former le personnel de la santé, les gendarmes, la police et les administrateurs pour s’adapter aux dernières nouveautés dans ce sens et ainsi mettre des conditions fermes pour les producteurs du cannabis en instaurant des règles et des mesures qui s’appliquent pour toutes les industries.

 

Y a-t-il un plan ou une stratégie pour développer d’autres variantes du cannabis à haute valeur ajoutée comme c’est le cas dans d’autres pays?

Le projet de loi N° 13-21 portant usage licite du cannabis a donné la permission au conseil d’administration de l’Agence nationale des plantes médicinales et aromatiques pour préparer sa propre stratégie dans le cadre des directives du gouvernement. Actuellement, il n’y a aucun plan ou stratégie pour développer d’autres variantes de la plante du cannabis. 

 

En termes de biodiversité, le Maroc se positionne deuxième pays méditerranéen après la Turquie pour sa réserve abondante de plantes médicinales et aromatiques. En effet, il dispose de 41 écosystèmes avec 4.200 espèces, dont près de 600 sont classées parmi les herbes médicinales et aromatiques. Ces plantes sont-elles uniques scientifiquement parlant en termes de qualité et de concentration chimique?

L’application scientifique des plantes médicinales et aromatiques montre que certaines utilisations adoptées au Maroc correspondent à celles approuvées dans d’autres pays méditerranéens, sachant qu’il a été confirmé scientifiquement l’existence d’une diversité dans la composition chimique d’une même plante.

A ce niveau, la variation est due à plusieurs facteurs tels que le climat, le sol, la période de culture et les techniques d’extraction et d’analyse. À cet égard, plusieurs études ont prouvé l’efficacité de certains extraits de plantes pour traiter le cancer par exemple. Il en est de même pour certains médicaments contenant ces extraits et qui ont été fabriqués et commercialisés après plusieurs recherches et essais cliniques.

Cependant, il est nécessaire de procéder à des recherches scientifiques pour vérifier les niveaux de qualité entre ces plantes et leur concentration chimique en fonction de leur origine. Les recherches doivent également s’intéresser aux extraits de plantes utilisées de manière traditionnelle.

Il est aussi évident que les plantes médicinales et aromatiques ont une grande importance économique, sociale et environnementale, puisqu’il existe près de 350.500 espèces végétales, dont environ 35.000 plantes médicinales et aromatiques, selon les estimations. De même, on estime que près de 20.000 espèces végétales dans le monde sont utilisées à des fins alimentaires, cosmétiques, chimiques, pharmaceutiques, thérapeutiques et agricoles, alors que seules 5.000 espèces ont été étudiées jusqu’à présent, dont juste 900 sont cultivées à des fins commerciales.

En revanche, cette abondance des plantes peut être réduite en cas d’absence de légalisation de leur collecte et leur utilisation, sachant que le marché mondial des plantes aromatiques et médicinales totalise environ 64 milliards de dollars par an de transactions dans les industries à forte valeur ajoutée, grâce à la demande croissante sur ce secteur dans le monde.

Au Maroc, il existe plus de 280 plantes médicinales et aromatiques dont les composants (feuilles, fleurs, fruits et graines) sont utilisés dans de multiples domaines industriels (produits cosmétiques, parfums, épices, compléments nutritionnels, aliments et médicaments).

 

Les utilisations des plantes ont varié au fil des âges et dans différentes cultures, en particulier en Méditerranée.
Certaines plantes ont été largement utilisées en médecine traditionnelle, d’autres dans la fabrication de médicaments, de cosmétiques, de parfums ou dans la cuisine. Quelles sont les variétés de plantes connues et réputées scientifiquement pour leurs multiples utilisations?

Bien que l’utilisation des plantes naturelles et médicinales s’inscrive dans le cadre d’un patrimoine culturel ou de traditions considérés comme dépassés, leur application reste encore importante en médecine traditionnelle dans les pays en développement et également en médecine complémentaire et alternative dans les pays industrialisés, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Les études menées sur les 280 plantes les plus utilisées au Maroc ont montré leur efficacité. L’Atlas des plantes médicinales et aromatiques du monde arabe présente, lui aussi, les variétés les plus utilisées.

 

Le terroir marocain est très riche en plantes médicinales et aromatiques qui sont utilisées surtout dans l’industrie médicale et cosmétique. Pourtant, seulement 280 espèces sont exploitées actuellement. Pourquoi? Est-ce une faiblesse au niveau de la recherche scientifique, du financement ou bien des compétences humaines?

Grâce à son climat, le Maroc a un couvert végétal d’une très grande variété. En ce qui concerne les plantes médicinales et aromatiques, il y en a 4.200 types répartis en 150 espèces et 940 catégories. Sur ce total, seulement 280 plantes sont exploitées à ce stade.

Ce manque à gagner est imputable aux carences qui existent en termes de financement, de valorisation et de commercialisation des produits de la recherche scientifique. Le budget alloué à la recherche scientifique ne dépasse pas 1%, soit le seuil minimal recommandé par les organismes internationaux compétents. S’agissant de la valorisation, elle est encore au stade embryonnaire et beaucoup d’efforts restent à déployer sur les plans législatif, réglementaire et financier. C’est, en quelque sorte, le maillon manquant du processus qu’il faut désormais institutionnaliser au sein du système national de recherche et d’innovation.

En gros, le sous-développement de ce secteur s’explique par l’insuffisance des données scientifiques relatives aux plantes médicinales et aromatiques, l’absence de l’encadrement technique, l’indisponibilité des technologies de pointe nécessaires à son exploitation et l’absence d’une base de données répertoriant les propriétés biologiques et chimiques de ces plantes et leurs usages.

Une autre contrainte se rapporte à la mauvaise gestion et au manque de visibilité par rapport aux débouchés traditionnels de la production, lesquels entravent la conquête des marchés internationaux.

Tous ces facteurs font que la recherche scientifique dans le domaine est aujourd’hui défaillante et qu’on est incapables d’en valoriser les produits et de les mettre au service de nos besoins et priorités. Il en résulte, malheureusement, un gaspillage des ressources humaines, matérielles et logistiques.

D’autre part, il faut noter que les données relatives aux plantes médicinales et aromatiques se font rares ou, quand elles sont disponibles, sont éparpillées. D’où l’impérieuse nécessité d’en faire l’inventaire et la classification. C’est vraiment l’étape préliminaire qui doit précéder toute stratégie ou plan d’action.

 

Quelle est la place dévolue à la recherche scientifique dans le plan d’action de l’ex Institut national des plantes médicinales et aromatiques et dans celui de l’actuelle Agence? Parlez-nous des partenariats que vous avez noués et dans quelle mesure ont-ils permis l’émergence de pôles de compétences et la promotion de l’échange des expériences?

La promotion de la recherche scientifique et la valorisation des ressources et des produits du terroir figurent parmi les missions centrales aussi bien de l’ex Institut que de l’Agence, l’objectif étant de faire de la recherche scientifique un levier du développement durable et intégré. C’est dans ce sens que des conventions de partenariat ont été conclues avec des organismes internationaux, gouvernementaux et non gouvernementaux, ainsi qu’avec des entreprises nationales et étrangères spécialisées dans le développement de produits bio, pharmaceutiques et parapharmaceutiques, cosmétiques et alimentaires.

Plusieurs projets ont ainsi vu le jour en partenariat avec des entités nationales et internationales et ont débouché sur la création de pôles de compétences afin de développer le secteur et promouvoir l’échange des expériences. Par ailleurs, un programme national de recherche, de production, de valorisation et de formation a été mis en place dans le but de garantir une exploitation optimale des plantes médicinales et aromatiques à travers notamment:


La maîtrise des techniques de production, d’asséchement, de distillation et de commercialisation et la mise en convergence des intervenants afin de valoriser le produit 


La valorisation et la commercialisation des produits de la recherche scientifique et leur consécration en tant que valeurs essentielles du système national de recherche et d’innovation


La qualification de la main d’œuvre à travers l’organisation de stages, l’identification des surfaces à cultiver, la mise à la disposition des acteurs de fiches techniques comportant des renseignements sur la culture du produit en question et les tests cliniques à faire afin d’en garantir la qualité

Au-demeurant, il faut dire que la réalisation du développement agricole et l’émergence de filières de production et de transformation performantes ainsi que la bonne commercialisation des plantes sont tributaires de la mise en place de petites et moyennes entreprises/industries. Cela passe par l’établissement de partenariats égalitaires et efficaces entre l’ensemble des intervenants. 

 

La recherche scientifique n’est efficace et valorisante que si elle permet de traduire les concepts théoriques en résultats concrets. Les résultats des études réalisées ont-ils été mis en œuvre sur le terrain, notamment en ce qui concerne les bonnes pratiques en la matière? Ces résultats ont-ils été partagés avec les agriculteurs, y compris les petits cultivateurs? Les institutions disposent-elles d’orientations, de capacités ou de plans d’action dans ce sens?

 

En effet, les résultats et les efforts novateurs de certaines études scientifiques ont été mis en pratique. Ainsi, certaines coopératives ont bénéficié de formations et se sont familiarisées avec les techniques de culture, de récolte et de distillation, ainsi qu’avec les méthodes de développement des techniques de contrôle de la production, de la qualité et du coût et d’accès au marché. Cette opération a été menée partiellement au sein de l’institut avec des partenaires de France, d’Espagne et des Etats-Unis.

Pour ce qui est des liens des agriculteurs avec la stratégie et des plans d’action de l’institut, par exemple, un programme de culture de cinq espèces de plantes médicinales et aromatiques a été adopté et mis en œuvre au profit des agriculteurs de la localité d’Essahel de Taounate, en partenariat avec le ministère de l’Agriculture, dans le but de diversifier la production agricole en utilisant des technologies de pointe.

 

Votre domaine de travail vous place au cœur des défis relatifs à la protection de l’environnement et la préservation des ressources naturelles contre la pollution, la déperdition et la surexploitation. Quels ont été les principaux projets et recommandations que vous avez élaborés ou dont vous avez assuré personnellement le suivi de la mise en œuvre dans le domaine de la protection de la flore nationale?

 

Dans le cadre de la stratégie et des plans d’action de l’Institut, on a d’abord lancé une série d’activités qui ont démontré la capacité d’intégration au sein du système de gouvernance du secteur, aussi bien en termes de législation que de préservation, en tenant compte de la biodiversité agricole. Cette opération a été menée dans le but d’améliorer les conditions de vie des populations, en plein respect des savoir-faire traditionnels relatifs aux plantes, leur exploitation et diversification et l’introduction des technologies appropriées. On a également veillé sur la conservation de l’environnement et l’exploitation durable et rationnelle des plantes médicinales et aromatiques et la préservation de leur biodiversité.

Il a été procédé, à ce propos, à la mise en place d’un projet régional d’intégration et de coordination entre les intervenants dans le secteur de la récolte, de la transformation et de la commercialisation des plantes médicinales et aromatiques d’une manière durable, avec pour objectifs de préserver la production et de renforcer les capacités des populations et leur intégration dans des coopératives, tout en mettant en avant les aspects technologique et scientifique conformément aux priorités nationales.

 

Les institutions scientifiques, y compris l’Institut national des plantes médicinales et aromatiques, ainsi que l’Agence, pourraient-elles encadrer la population locale, en particulier les femmes, en vue d’une exploitation rationnelle des plantes médicinales et aromatiques afin de protéger cette ressource riche de tout ce qui pourrait menacer sa pérennité?

Évidemment, l’expérimentation dans le domaine agricole est nécessaire pour cerner les critères d’intégration et de polarisation. A cet égard, l’institut avait remis aux agriculteurs des fiches techniques relatives aux plantes sélectionnées pour être cultivées dans la région dans de petites parcelles et également dans de grands domaines. 

L’institut a également mené une expérience aux résultats très encourageants, consistant en la mise en place d’une pépinière sur une superficie de quatre hectares à Taounate pour la culture de plusieurs espèces végétales, grâce à un partenariat local.

Le but était de maîtriser les techniques de séchage, de conditionnement, de qualité et de normalisation, ainsi qu’une expérience de production d’huiles essentielles conformes aux normes ISO.

Parmi les efforts d’encadrement de la population locale, l’Institut oriente les femmes de ces zones rurales pour l’exploitation rationnelle et la protection des plantes médicinales et aromatiques.

Comment faire passer la filière des plantes aromatiques et médicinales d’une filière subventionnée à une filière industrielle pouvant approvisionner le marché en produits à forte valeur ajoutée, tout en veillant à la sauvegarde des ressources naturelles?

 

Selon les chiffres disponibles, la production annuelle des plantes aromatiques et médicinales est estimée à 40 mille tonnes. Les exportations atteignent une valeur de 900 millions de dirhams tandis que les importatio0ns (dérivés à grande valeur ajoutée) se chiffrent à 500 millions DH.

Vu ses grandes potentialités, ce secteur est appelé à être un levier important du développement socio-économique durable. La réalisation de cet objectif passe par l’adoption d’une démarche scientifique et technologique appropriée ainsi que par une plus grande ouverture de l’Université sur son environnement local pour jouer pleinement son rôle en ce qui concerne la recherche technique et appliquée et le suivi des mutations qui s’opèrent dans le monde.

A cet égard, le développement de partenariats entre les laboratoires et les centres de recherche de différents pays s’avère d’une grande importance pour affronter les défis futurs et favoriser l’essor de cette filière sur la base d’une démarche alliant les aspects théorique et technique.

D’où le besoin impérieux pour la mise en oeuvre de la Stratégie Maroc Innovation et le renforcement de la coopération entre les structures de recherche marocaines en général et celles spécialisées en plantes aromatiques et médicinales, afin de valoriser et commercialiser les produits issus de ces plantes. Notre ambition, à moyen et long termes, est de développer une recherche scientifique dans les règles de l’art qui permette la valorisation de ce patrimoine précieux qui fait la fierté de notre pays.

Pour qu’elle se transforme en une filière industrielle à forte valeur ajoutée, la filière des plantes aromatiques et médicinales a besoin d’être structurée dans le cadre d’un programme national dédié de recherche, de production et de formation professionnelle. Il y va, en effet, de l’exploitation optimale de cette manne et de la réalisation du développement durable dans le cadre d’une approche participative mettant en synergie les PME, les coopératives et les porteurs de projets.

 

Quelles sont les grandes lignes du programme national d’exploitation et de développement de la recherche sur les plantes médicinales et aromatiques. Qu’est-ce qui reste à faire?

La caractéristique la plus importante du programme national d’exploitation et de développement de la recherche sur les plantes médicinales et aromatiques, est qu’il repose sur une dimension pratique intégrée et participative. La pièce maîtresse en est la gestion participative, le développement durable et la bonne gouvernance.

Le programme national vise, principalement, à gérer la filière, à conserver les plantes et la biodiversité et à générer des ressources financières au profit des populations. Il a également pour objectifs le développement durable et intégré, la culture et la valorisation des plantes médicinales et aromatiques et le développement de la phytothérapie et des huiles essentielles. Il s’agit aussi de la promotion de la formation spécialisée, de la recherche & développement et du transfert de technologie.

 

Le réseau de chercheurs dans le domaine des plantes médicinales et aromatiques au Maroc a-t-il réussi à mettre en place une banque de gènes végétaux?

Au Maroc, l’initiative de créer une banque de gènes végétaux a été prise par l’Institut national de la recherche agronomique, sauf que l’attention dans le cadre de cette initiative n’était pas centrée sur les plantes médicinales et aromatiques, mais uniquement sur les plantes non médicales.

Par contre, plusieurs pays comme les États-Unis ont commencé, il y a de nombreuses années à les collecter et à les stocker. Les informations de l’herbier contiennent plus de 1.800 publications, dont environ 175 millions de plantes, représentant 25.000 espèces. Chaque échantillon de ces plantes séchées comprend des données portant le nom scientifique et son espèce, la date à laquelle il a été collecté et son lieu de propagation, ainsi que des informations sur sa valeur médicale et économique.

 

En votre qualité d’ancien secrétaire général et fondateur de la fédération arabe des plantes médicinales et aromatiques à quel point cette fédération a-t-elle réussi à réaliser sa stratégie de développement de la recherche scientifique dans son domaine de compétence et quelles en sont les plus importantes réalisations? La fédération a-t-elle encore un rôle actif dans ce domaine?

 

En effet, l’assemblée constitutive de la Fédération arabe des plantes médicinales et aromatiques s’est tenue les 7 et 8 mai 2010 à l’Université Mohammed V de Rabat, et j’y ai occupé le poste de Secrétaire général entre 2010 et 2012. L’un de ses principaux objectifs à moyen et long termes était de mener des recherches scientifiques de haut niveau pour étudier et évaluer le patrimoine et les richesses du monde arabe en plantes médicinales et aromatiques, au service des intérêts économiques et sociaux de la région arabe et de ses habitants.

Bien qu’elle ne reçût pas de dotations financières annuelles suffisantes de la part de l’Union des Conseils de la Recherche Scientifique Arabes, la fédération a réussi à réaliser les activités programmées au titre de la stratégie pour la période ayant suivi sa création, soit entre 2010 et 2013. Elle a organisé une série de colloques et de réunions ordinaires de son instance, outre la participation à plusieurs fora scientifiques internationaux spécialisés, l’élaboration de projets de recherche communs en tenant compte des priorités de chaque pays arabe membre en matière de recherche, en vue développer les compétences des structures de recherche de ces pays.

De même, la fédération, dont le siège est abrité par l’Agence nationale des plantes médicinales et aromatiques de Taounate, poursuit ses activités et l’exécution des programmes qu’elle a adoptés.

 

L’Atlas des plantes médicinales et aromatiques du monde arabe a-t-il été finalisé, comme indiqué dans les recommandations de la fédération?

L’élaboration scientifique rigoureuse de l’Atlas des plantes médicinales et aromatiques du Royaume du Maroc est achevée et comprend une monographie de 280 plantes les plus utilisées, accompagnée d’études et de photos d’illustration et enrichie par leurs noms, répartition géographique au Maroc et utilisations en médecine traditionnelle et moderne, avec l’inclusion de leurs composantes chimiques et la consolidation des références scientifiques, qu’elles soient liées à des études botaniques, agricoles, pharmaceutiques, écologiques ou cliniques. Le tout est joint à cinq annexes, dont l’une englobe la liste des plantes utilisées à des fins médicales, aromatiques, cosmétiques, chimiques, pharmaceutiques, thérapeutiques, alimentaires et agricoles, tandis que l’autre comprend les noms des plantes médicinales et aromatiques utilisées (nom médicinal suivi du nom en anglais, en français et des noms arabes et marocains locaux, ainsi que la répartition géographique).

Il est à noter que l’objectif de la mise en œuvre de l’Atlas des plantes médicinales et aromatiques du monde arabe, dont seulement ont été publiés une introduction et un répertoire sur les plantes médicinales et aromatiques au Maroc (dans l’attente de l’élaboration par chaque région membre de la Fédération d’un manuel des plantes médicinales et aromatiques de chaque pays), était de développer et de qualifier le secteur des plantes médicinales et aromatiques dans le monde arabe et d’en faire une référence pour les étudiants des spécialités agricoles, biologiques, chimiques, médicinales et pharmaceutiques, et ce en raison du manque de formations spécialisées dans ce domaine dans les facultés de médecine et de pharmacie dans la plupart des pays arabes.