Aller au contenu principal

Réseaux sociaux: Le business des faux likes

Par Malak Lamrabet
Faux commentaires, faux followers, faux likes..., le fléau ravage les réseaux sociaux. MAP/EPA
Faux commentaires, faux followers, faux likes..., le fléau ravage les réseaux sociaux. MAP/EPA
Le marché des faux likes/followers fleurit sur les réseaux sociaux. Des entités, personnes ou marques n’hésitent pas à recourir au faux pour booster leur visibilité. Des entreprises spécialisées en la matière se sont mises en place proposant des likes/followers à celui qui en paie le prix. Un plaisir temporel qui tourne vite à la malédiction. La parole aux experts.

En surfant sur les réseaux sociaux, il vous arrive souvent de remarquer qu’un blogueur, un “influenceur” ou une marque que vous “suiviez” affiche des millions de “Likes” ou de “followers” sur Facebook, Instagram, Twitter, Youtube, ou autres réseaux. Et une question vous saute à l’esprit: Comment cette personne/marque fait-elle pour atteindre autant de notoriété? Résultat du travail “honnête” d’un animateur de communauté averti, certes, mais il se peut aussi que la magie des faux followers/likes y soit pour quelque chose. Faux commentaires, faux followers, faux likes... Le fléau “ravage” de plus en plus les réseaux sociaux. Un trafic, dit “malhonnête”, qui recourt aux faussaires du web, en particulier sur les réseaux sociaux. Et pour quel intérêt? Faire décoller les statistiques, et par conséquent la popularité des usagers qui en paient le prix. Gagner en notoriété, décrocher des partenariats rémunérés, recevoir des invitations pour des événements... Les NTI permettent tout. Et du moment que la fin justifierait le “faux trafic”, “escobarder” devient monnaie courante.

Sauf que ce n’est pas aussi simple. Primo, des entreprises spécialisées dans ce business juteux proposent l’achat de “Likes” et de “Followers” et booster, ainsi, l’audience. Secundo, la fausse notoriété peut tourner facilement à la malédiction.

Une course malsaine

Au fil des années, les réseaux sociaux ont pris de l’importance et la course aux fans trouve sa raison dans les avantages qu’offrent ces plate- formes. Car au-delà du désir de satisfaire son ego, avoir une communauté colossale permet aussi de monter son business.
Marouane Harmach, consultant en stratégie digitale, explique à “BAB” que “
le business des faux likes consiste à gonfler de manière artificielle, soit la communauté (le nombre de personnes qui “followent”, “likent” ou qui sont abonnées à un compte) soit l’engagement (le nombre d’interactions avec une publication donnée). C’est une sorte de course malsaine qui s’est installée entre les marques, les institutions et les personnes qui sont dans le même créneau”.

Ce phénomène a connu son apogée avec le développement des réseaux sociaux. “C’est une pratique qui s’est développée à travers des fournisseurs et des prestataires web qui commercialisent des lots de clics ou bien de fans qui sont automatisés et qui sont généralement soit des boots (des machines qui simulent le comportement humain), soit carrément des personnes qui sont payées pour passer leurs journées à liker des publications et suivre des comptes”, ajoute M. Harmach. Un marché de la tromperie qui demeure difficile à mesurer par des chiffres exactes. Car, selon M. Harmach “il n’y a pas d’indicateurs pour mesurer cette activité, parce qu’elle n’est pas illégale. Il n’y a pas de textes de loi clairs, qui condamnent ou qui considèrent l’achat de fans comme étant de la malfaçon et donc il est difficile de mesurer son ampleur”. “Mais c’est une pratique qui n’est pas éthique”, ajoute-t-il.

Image retirée.
Faux trafic, un marché de la tromperie qui demeure difficile à mesurer. ©MAP/EPA

 

 

Likes/followers, un “pack” à prendre ou à laisser

Asmae Amrani, bloggeuse marocaine active dans les réseaux sociaux de par ses partenariats avec de grandes marques à l’échelle nationale et internationale, affirme, dans une déclaration à “BAB”, avoir été témoin de ces pratiques d’achat de faux likes/followers. “Beaucoup de gens sur Instagram achètent des followers. Et automatiquement, ils se trouvent obligés d’acheter aussi des likes pour éviter que leur nombre sur les publications soit inférieur à celui des followers qu’ils ont achetés”, explique notre bloggeuse. Elle cite comme exemple “celui d’une personne qui achète 100.000 followers pour son compte Instagram alors que le nombre des likes sur ses posts ne dépassent pas les 100 ou 150 likes. Face à une telle incompatibilité, l’intéressée doit faire le plein de faux likes pour compenser l’écart”.

Dans ce sillage, Asmae ajoute que détecter de faux likes n’est pas sorcier: “Il suffit de vérifier si les comptes des abonnés appartiennent à des personnes venant des pays un peu bizarre comme le Philippine, la Russie...” Et justement, c’est dans ces pays que les officines spécialisées dans la vente des faux likes sont plus actives.

D’après notre interlocutrice, ce commerce sur les réseaux sociaux est animé notamment par le désir de travailler avec de grandes marques, devenir leur ambassadeur, décrocher des partenariats rémunérés, recevoir des invitations pour de grands événements... Et seul les comptes disposant d’un nombre énorme de followers peuvent bénéficier de ces avantages, d’où cette course acharnée.

Ce que ces personnalités ne savent pas, c’est qu’il y a beaucoup d’agences de communication qui disposent d’outils pour détecter les profils dopés en faux followers et faux likes. Et même si on décroche un partenariat ou une collaboration avec une marque, ce sera pour une fois, parce qu’à partir du moment où l’on constate qu’il n’y a pas de retour et que l’audience de ce compte ne réagit pas, on sait tout de suite que c’est un compte rempli de faux followers et on arrête la collaboration”, poursuit Asmae, qui regrette que ces personnes détruisent leur image au lieu de la promouvoir d’une manière correcte.

De la quantité sans le Buzz

Si l’apport de likes/followers est bel et bien réel au niveau quantitatif, leur utilité reste à démontrer. En effet, l’achat de faux followers n’a pas de valeur ajoutée, selon les experts en la matière, puisqu’il n’agit que sur un nombre qui augmente artificiellement. En effet, en l’absence d’interaction, de communication, il n’y a pas d’engagement, pas de retour ni de bouche à oreille, bref pas de Buzz. Il est ainsi risqué d’adopter ces pratiques, car les faux followers “achetés” viennent souvent de l’étranger et ne sont pas en adéquation avec l’activité du compte boosté. Ce sera donc un acte flagrant aux yeux des vrais fans qui auront l’intention de suivre le compte. Et à cela s’ajoute le fait que la baisse d’interaction dans les comptes qui achètent des faux followers réduit leur pourcentage d’engagement. Facebook, par exemple, détecte ces comptes grâce à un algorithme qui filtre les flux des publications et mesure le taux d’engagement des fans. L’objectif étant de lutter contre l’achat des faux followers/likes et ancrer l’idée que la quantité de fans ne sert plus à rien, c’est plutôt leur qualité qui prend le dessus.

D’ailleurs pour lutter contre le déluge des faux likes, abonnés, avis et commentaires, l’Association française de normalisation (Afnor) propose un label de certification. Une norme volontariste permettant aux gestionnaires de sites web de prouver l’authenticité de leurs abonnés, commentaires, likes... Comment ça se passe? C’est simple, ce label se présente comme une nomenclature formulée par la Afnor et à laquelle les détenteurs de sites web doivent se conformer.

Patience et engagement pour des likes/ followers durables

Pour faire exister une vraie communauté sur les réseaux sociaux, il faut du temps. Les experts du web sont unanimes à le signaler. Toujours est- il utile de miser sur des abonnés qualifiés, un contenu attractif et surtout nouer des relations. Ce qui compte, en fin de compte, ce n’est pas le nombre de followers mais c’est l’engagement qu’ils ont vis-à-vis d’un compte, c’est-à-dire les interactions avec le contenu, les avis, les likes, les partages et les commentaires. Si vous cherchez une communauté durable, une notoriété, des clients potentiels... L’achat des faux likes/followers demeure ainsi inutile, voire productif d’un contre-effet.

C’est comme acheter une belle voiture sans moteur. Tout le monde va vous jalouser, mais sans moteur vous ne pourrez pas la conduire !

Étiquettes