Santé: le bonheur des lève-tôt

Par Sara Ait Lahmidi
 Les morningophiles ont toujours existé
Les morningophiles ont toujours existé
N’en déplaise aux gros dormeurs, l’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt, c’est bien connu. Pourtant, sortir de sous la couette est une épreuve en soi. Et si pouvoir quitter son lit aux aurores devenait tendance?

De l’autre côté de l’Atlantique, entrepreneurs, artistes et citoyens lambda se réveillent entre 4h et 6h du matin tous les jours. Ces pros de l’autodiscipline partent en croisade contre la grasse matinée. Le mot d’ordre de ces lève-tôt: la productivité.

Fini le binge-watching avant de s’endormir et les soirées qui s’éternisent, désormais, on se couche avec les poules. Au réveil, place au petit déjeuner ultra équilibré et aux activités. Chez les morningophiles, les beforeworks prennent le contre-pied des afterworks. Ils aspirent en effet à mettre le temps matinal à profit pour donner un élan positif à leurs journées.

Au programme? Yoga, méditation ou lecture. Parfaite migration du temps libre du soir vers le matin, les lève-tôt s’adonnent à de nombreuses occupations avant de démarrer la journée.

Des Selfies au lever du soleil aux séquences vidéos prises en trottant sur un tapis roulant, le tout sur fonds photographiques de réveils réglés sur 5 heures, sur les réseaux sociaux, vous les reconnaîtrez aux images de leurs routines matinales et à leurs hashtags #earlyriser, #earlybird, etc.

 

“The Morning Miracle”, la bible des lève-tôt

 

Profiter de quelques heures pour se faire plaisir avant d’aller travailler, c’est la méthode proposée par Hal Elrod dans “The Miracle Morning”.

Rapidement devenu best-seller, avec plus de 70.000 exemplaires vendus, “The Miracle Morning” prescrit un rituel matinal de 30 jours à ceux qui aspirent au bien-être, mais également à la réussite financière.

Sans surprise, lui-même debout à trois heures et demie du matin, Hal Elrod indique que tout se joue avant 8 heures et détaille les bienfaits d’un réveil avant le lever du soleil.

Dans sa démarche, il invite à réaliser les “Savers”: S, comme “silence”, A comme “affirmation”, V comme “visualisation”, E comme “exercice”, R comme “reading” et S comme “scribing".

“En suivant scrupuleusement la méthode ou en créant du sur mesure, les bénéfices sont immédiats: un sentiment d’apaisement et de bien-être qui ne vous quittera pas de la journée, une impression de vivre enfin par et pour vous-même”, lit-on sur la postface.

Selon Elrod, se lever plus tôt qu’à l’accoutumée et en profiter pour s’atteler à des projets personnels serait source d’épanouissement et de bien-être. Prendre du temps pour méditer, lire, définir ses priorités et objectifs avant de démarrer la journée, le livre au large succès prône le réveil au chant du coq pour prendre sa vie en main.

Pour Loubna, 28 ans, se lever tôt est devenu un challenge. “Avant, entre vie sociale, professionnelle et vie privée, j’avais le sentiment de ne pas avoir assez d’heures dans une même journée pour tout accomplir. Désormais, grâce à la méthode proposée par “The Mircale Morning”, que je suis depuis près de trois mois, je me sens moins débordée”, explique la jeune femme à BAB magazine.

 

Remonter l’heure du réveil pour être productif: un exemple à suivre?

Mais pourquoi ignorer l’appel de la couette quand on pourrait ronfler un peu plus?

De l’avis d’Abdelmajid Ibaroui, expert en développement du leadership chez Crestcom International, le réveil matinal permet de profiter d’un temps de qualité, sans interruption, pour soi.

“On peut avec un réveil matinal se concentrer sur des activités pour lesquelles on trouve du mal à dégager du temps pendant la journée telles que la lecture, l’exercice physique ou le travail sur un projet personnel”, précise M. Ibaroui.

En effet, avant que les obligations quotidiennes ne prennent le dessus, les premières heures de la journée se révèlent très propices pour se consacrer à ce qui est vraiment important. Elles apparaissent comme les seules où le téléphone reste muet et les mails se font discrets.

Dans ce sens, M. Ibaroui affirme que l’idée de se réveiller tôt le matin est de s’offrir une à deux heures de qualité avant de démarrer la journée. “Avec un calcul simple, c’est l’équivalent d’environ 30 jours par an. Ce qui est énorme si on arrive vraiment à bien en profiter. Sur une année, cela peut servir par exemple à lire une vingtaine de livres, à compléter une dizaine de formations en ligne, etc.”

En plus, établir une routine matinale permet de planifier la journée et donc de démarrer sur une bonne base, cela peut avoir un impact important sur les compétences de la personne et de façon logique sur ses résultats, précise M. Ibaroui.

Être debout à l’aube semble apporter le plein d’énergie et permet d’asseoir son autorité sur la journée, prendre du recul et aborder des dossiers qui nécessitent davantage de concentration.

Toutefois, ce qui est important dans cette approche c’est la notion de régularité. Sur ce volet, M. Ibaroui précise que ce n’est pas le fait de se réveiller tôt qui est important, mais plutôt ce que l’on fait comme activités en ce temps. D’ailleurs, à condition d’en faire un rituel matinal, un programme bien réfléchi aura un impact considérable dans la durée sur notre productivité et sur notre équilibre de vie en général.

“Est-ce que la morgningophilie fonctionne pour tout le monde? Non, pas forcément! Et c’est vrai d’ailleurs pour toutes les autres techniques de développement personnel. Il faut les tester pour vérifier si cela va marcher”, conclut le coach.

 

Sortir du lit, un pas de géant

 

Se réveiller en fanfare, renoncer à appuyer sur le bouton “snooze” de l’alarme et se lever péniblement, les yeux embués par le sommeil, il semble que l’on rêve plus d’une grasse matinée que d’un réveil à l’aube.

Vraisemblablement, les morningophiles ont toujours existé et sont tellement habitués à se lever tôt qu’ils n’ont plus besoin d’une alarme. Toutefois, du côté des débutants, ce n’est pas le cas.

Entre les applications pour smartphone qui contraignent à se lever pour arrêter l’alarme, ou celles qui vous dénoncent auprès des amis sur Facebook en cas de rendormissement, le fétichisme du matin génère un nouveau business d’aide à l’extraction du lit.

Pour les gros dormeurs, “Sleep as Android” et d’autres applications proposent différents défis pour éviter de se rendormir: scanner un QR code, résoudre un problème mathématiques, secouer l’appareil un certain temps ou prendre un selfie.

En encourageant à profiter des instants de tranquillité alors que le monde sommeille, la morningophilie pousse même les inconditionnels du roupillon à régler l’alarme.

A en croire le proverbe “celui qui se lève tôt trouvera de l’or”, la réussite semble être l’apanage de ceux qui se lèvent tôt. Pourtant, si le réveil au potron-minet est à la mode, l’adage reste à démontrer. Face à ceux qui affirment que dormir et se lever tôt a changé leur vie, cette tendance risque de donner l’illusion que l’on peut maîtriser son sommeil, son corps, voire son épanouissement, avec toutes les conséquences imaginables sur la vie familiale et sociale.w