Une technologie qui séduit particuliers et industriels

Par Yassine Chaoui
Impression 3D ©DR
Impression 3D ©DR
“Troisième révolution industrielle” pour The Economist, technologie “plus importante qu'internet” pour Wired ... Rentable pour tous les acteurs, l'impression 3D gagne ses galons et connaît une croissance exponentielle, en partie grâce à la crise de Covid-19. Vue panoramique sur cette étonnante innovation qui fait peu à peu son chemin au Maroc.

Du gadget aux prothèses médicales, l'impression 3D, qui permet de produire des objets réels à l'aide d'un fichier 3D, se fait depuis quelques années une place au Royaume. En effet, les secteurs industriel et médical sont les premiers à faire appel à cette technologie, autrefois appelée “fabrication additive” pour des fins de prototypage et d'outillage rapide.

L'idée de rendre accessible cette technologie aux particuliers suscite l’attention de divers acteurs. Dans ce sillage, plusieurs entreprises et start-ups marocaines ont émergé de cette vision et proposent désormais une panoplie de services d’impression 3D diversifiée et adaptée aux besoins des particuliers.

Cette tendance ouvre ainsi le champ à un nouveau mode de production des objets usuels, qui devient l'affaire de tous et contribue au développement de nouveaux marchés et modes de production, rapides, écologiques et surtout “tout publics”.

 

Une technologie de plus en plus démocratisée au Maroc

“Il faut savoir que l'impression 3D n'est pas si ancienne que ça. Bien que cette technologie existe depuis longtemps en milieu industriel, elle a commencé à être démocratisée depuis quelques années, et les Marocains s’y intéressent de plus en plus”, a relevé dans une interview accordée à BAB, le fondateur de “Univers3D.ma”, Badr Slaoui.

Grâce à l'impression 3D, la création d'objets n'est plus réservée aux entreprises, mais fait son entrée chez les particuliers. Jusqu'à peu, ces machines, réservées à des milieux très spécialisés, coûtaient plusieurs milliers de dirhams. Aujourd'hui, il est possible de s'offrir sa propre imprimante 3D pour moins de 4000 dirhams.

“Plusieurs initiatives lancées dans diverses régions ont fortement contribué à mettre en lumière cette technologie, notamment les FabLab qui proposent des ateliers ouverts au grand public avec des espaces de découverte dédiés à l’impression 3D”, a fait savoir M. Slaoui, soulignant également l’engagement de plusieurs professeurs universitaires, qui investissent temps et argent pour initier leurs étudiants à l'impression 3D.

Pour les particuliers qui souhaitent se mettre à l'impression 3D, la solution la plus naturelle consiste à faire l'achat d'une imprimante personnelle. Désormais, il existe de nombreux modèles à des prix abordables et qui baissent de mois en mois.

 

Quelle ampleur du marché marocain?

 

Contacté par BAB pour apporter un éclairage sur le sujet, le gérant de Factory 3D, Alain Ermenault, a relevé en effet qu'“il faut distinguer trois types de marchés, à savoir le marché des imprimantes 3D personnelles, professionnelles et industrielles”.

Pour ce qui est des imprimantes 3D personnelles, M. Ermenault estime que ce marché est marginal au Maroc et son potentiel n’est pas assez convaincant, notant que les marchés des imprimantes 3D professionnelles et industrielles connaissent, pour leur part, une forte croissance ces dernières années.

“Le Maroc est assez représentatif de ce que l'on constate ailleurs dans le monde. Le secteur dentaire est très en pointe! Dans le domaine de la bijouterie, vous seriez surpris du niveau d'équipement et de maîtrise de l'ensemble de la chaîne numérique de certains acteurs”, a-t-il indiqué, ajoutant que dans le domaine industriel, la plupart des entreprises des secteurs aéronautique et automobile utilisent des machines de fabrication additive en interne ou font recours aux services de prestataires externes.

Enfin, de manière plus générale, les entreprises qui ont besoin d'innover ou de renouveler leurs gammes fréquemment (domaines liés à la mode par exemple) ont déjà ou sont en train d'adopter cette technologie.

 

Une innovation extrêmement rentable

 

Selon une étude réalisée par l’Université Technologie du Michigan, l’achat d'une imprimante 3D pour imprimer des objets du quotidien s'avère rentable pour le consommateur.

Après avoir imprimé une vingtaine d'objets (coque de téléphone, cache-pot, pied d’appareil photo, etc) et comparé leur prix de revient au coût d'objet similaire sur Internet, l’étude en question assure que cela permet d'amortir le coût d’une imprimante 3D dans une fourchette allant de quatre mois à deux ans, tout en assurant un retour sur investissement de l'ordre de 40% à 200%. 

Pécuniairement parlant, M. Ermenault souligne que le marché marocain de l’impression 3D commence à gagner en maturité et il est rentable pour tous les acteurs.

“Ainsi, cette technologie permet très souvent de produire localement selon les besoins et d'augmenter sensiblement les taux d'intégration”, a-t-il dit, mettant l’accent sur le considérable impact écologique de cette innovation, “puisqu’on ne produit que ce dont on a besoin et que l’on réduit les flux physiques des pièces”; et sur la substantielle réduction des coûts logistiques “puisque les pièces sont produites là où elles sont utilisées et que le stockage physique n'est plus nécessaire”.

“Imaginez en parallèle une chaîne de production à l'arrêt pendant plusieurs jours, voire semaines, parce qu'une pièce de l'une des machines est cassée et indisponible localement. Dans ce contexte, l'intérêt de pouvoir obtenir une pièce de rechange en quelques heures peut être inestimable!”, a expliqué M. Ermenault.

En termes de prototypage, poursuit-il, l’impression 3D permet de réaliser des répliques miniatures de conceptions uniques de divers produits: villas, yachts, mobilier, éléments architecturaux… En plus d'être un réel argument de vente, cela permet de faire valider le produit final avant d'en lancer la fabrication.

Et d’ajouter, “nos clients dans le domaine de la cosmétique ou de l'agroalimentaire nous demandent d'imprimer des modèles de leurs flacons, bidons ou bouteilles afin d'en valider le design préalablement au lancement de la fabrication d'un moule d'injection qui peut valoir des centaines de milliers de dirhams”.

 

Une innovation à la rescousse du secteur sanitaire

 

Des masques et visières de protection pour les soignants, des valves de respiration ou encore des fibres 3D pour détecter les failles dans les masques, cette technologie qu'on croyait réservée à certaines niches s'est retrouvée sur le front de la lutte contre le coronavirus.

A l’ère de la Covid-19, l’impression 3D s’avère d’une importance cruciale pour fabriquer les visières de protection et le matériel médical nécessaire, a souligné, de son côté, Yasmina Benchekroun, directrice d’Abergower au Maroc, filiale d’une multinationale britannique spécialisée dans la digitalisation, la dématérialisation et l’archivage numérique.

“Depuis plusieurs années, l’impression 3D est un outil indispensable dans le secteur de l’aéronautique. Aujourd’hui, nous constatons que ce concept est utilisé dans divers domaines comme le textile et la santé en vue de répondre rapidement à une demande croissante en moyens de prévention et de lutte contre le covid-19”, a-t-elle fait observer.

Durant cette période de crise sanitaire, a-t-elle poursuivi, Abergower Maroc s’est orientée vers la production de visières en 3D à l’aide d’une matière approuvée par le NHS (National Health services) en Angleterre et qui ne permet pas de transmettre le coronavirus.

S'il avait encore fallu une preuve de l'intérêt de l'impression 3D, cette malheureuse période de crise sanitaire aura définitivement permis à cette technologie de prouver et de mettre en lumière chaque jour ses capacités de réactivité, d'adaptabilité et de vélocité. 

L’impression 3D a pu, certes, contribuer au soulagement du fardeau “Covid-19”. Mais le coût et la problématique de la qualité n'en font pas, à l’heure actuelle, une menace imminente pour les emplois industriels traditionnels.. Peut-être dans le futur? Seul le temps nous le dira.