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“Défi de la lecture arabe”: Meriem Amjoune, l’antidote de la désaffection

Par Khalid Abouchoukri
Meriem Amjoune, gagnante de l’Arab Reading Challenge. ©MAP
Meriem Amjoune, gagnante de l’Arab Reading Challenge. ©MAP
Il lui a fallu “dévorer” des dizaines de livres pour faire la fierté de millions de Marocains. Du haut de ses neuf ans, la petite/grande Meriem donne inéluctablement l’exemple dans un monde qui lit de moins en moins. Ci-après des mots en hommage à notre héroïne.

Elle se promène avec grâce sur le verbe en brodant les phrases et en puisant le suc des mots telle l’insatiable abeille se nourrissant du nectar des fleurs. Meriem Amjoune, ce petit bout de chou mais grand rayon de soleil dans ce monde d’abandon du chevauchement des douces pages des livres, est tout simplement une dévoreuse de

livres pour avoir réussi la gageure d’en lire 50 et de les synthétiser prenant, déjà, de la hauteur au niveau national sur plus de 46.000 élèves avant d’aller, avec une impressionnante propension à la mémorisation et une éloquente diction dans un arabe classique raffiné, conquérir le monde arabe.

Alors que la lecture est, malheureusement, de plus en plus “délaissée”, pris que nous sommes dans le tourbillon du quotidien, aspirés par la force de l’image où c’est plus facile de se laisser entraîner par un film à la télévision et “esclaves” des nouvelles technologies avec leurs diverses attractions, Meriem jaillit comme une étincelle, un faisceau fin de lumière pour nous faire redécouvrir le décryptage des lettres, jouissance de l’esprit et des sentiments et une intarissable source d’inspiration, de création et d’apprentissage qui exige, il faut le reconnaître, un prix onéreux: Concentration, efforts, beaucoup de volonté et surtout du temps.

Le ministre de l’Éducation nationale, Saïd Amzazi, recevant à Rabat Meriem Amjoune. ©MAP
Le ministre de l’Éducation nationale, Saïd Amzazi, recevant à Rabat Meriem Amjoune. ©MAP

 

Une férue de lecture qui donne l’exemple

Elle est “la bouée de sauvetage pour les nations” et “une mémoire vivante de toute l’humanité”, a asséné la petite férue devant le jury l’Arab Reading Challenge (défi de lecture arabe) à la réception de ce prestigieux concours. Du haut de ses neuf ans et de sa voix innocente, Meriam semble avoir dépassé son âge en clamant que ce genre de concours “nourrit notre curiosité de savoir et fait grandir dans nos cœurs l’amour de la lecture”, pressant les enfants à lire, à faire, bien installé chez soi, ce petit tour pour “revivre le passé, de saisir la réalité, d’explorer l’avenir, de surmonter les obstacles et de se libérer du temps et de l’espace”. Une manière de décoder le monde et de sillonner les pistes ouvertes par le livre pour plus de perceptions puisque “la lecture est la lumière des civilisations”, la clé de la réussite. Cette ogre des pages, envoûtée par cette passion dès ses 5 ans, balise ainsi clairement la voie aux autres dans un vibrant appel au “partage” de ce bonheur, non pas en tant que “supérieure” donnant les leçons mais pour provoquer, en une trainée de poudre, l’émulation afin de scruter les “petits” et multiples univers, d’assouvir la boulimique soif de connaissances et de développer de solides compétences chacun dans son rayon, dans son champ de prédilection.

Au-delà des éloges pour cette consécration amplement méritée par cette bambine brusquement adulte et dont les larmes de joie coulant, lors de la consécration, sur ses joues rondelettes lui ont attiré des dizaines de millions d’admirateurs, ce couronnement est une ode à la persévérance à relever les défis et à surmonter les obstacles.

Il faut espérer que cette prouesse ne soit nullement éphémère mais que Meriem soit une des précurseurs de cette fraternisation avec la magie du verbe, cette hirondelle annonciatrice du printemps, celui de la réconciliation avec la lecture, l’amour du livre et du tissage des mots qui symbolisent le divertissement, la passion, l’évasion, l’éveil, la liberté, le bonheur, le plongeon dans une mer de lettres pour renaître, ne point se sentir seul et transcender les cultures, appréhender le monde.

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