Don du sang: ces six fausses idées qui nous découragent !

Par Meriem Rkiouak
Plusieurs préjugés  se dressent contre l'acte de don du sang ©MAP/EPA
Plusieurs préjugés se dressent contre l'acte de don du sang ©MAP/EPA
Au Maroc, le don du sang a mauvaise presse. Illettrisme et manque de communication aidant, beaucoup de clichés négatifs circulent à propos du don de sang. Encore largement répandues, ces fausses croyances constituent une barrière psychique devant la promotion du don.

“Je vais m’évanouir”, “Je crains d’avoir une anémie”, “Je vais avoir mal”... La liste des préjugés -infondés bien évidemment mais bien enracinés- sur le don du sang est longue. Une bonne partie de ces contre-vérités se rapportent à l’état de santé du donneur. Beaucoup de gens font preuve d’une charité et d’une générosité extrêmes quand il s’agit d’aider, financièrement parlant, les plus démunis. Mais, dès qu’ils sont sollicités pour donner leur sang, ils font marche-arrière, pas par égoïsme ou par insensibilité aux malheurs des autres, mais par peur des éventuelles “complications” que cet acte induirait pour leur santé physique.

1. Sacrifier “une partie de soi-même” !

Se faire extraire un élément vital de son corps, ne serait-ce que quelques gouttes de sang, est une chose que beaucoup de gens ont en horreur. à leurs yeux, le don du sang revient à un don de soi, à sacrifier “une partie de soi-même” qui coulera dans les veines de quelqu’un d’autre et qu’ils ne pourront jamais récupérer. Quelle idée, bon sang ! Non, merci !
Pour qu’ils chassent définitivement cette crainte de leur imaginaire et de leur inconscient, il suffit que ces gens apprennent que la perte de ce liquide rouge est compensée dans moins d’un quart de journée. Les protéines et les anticorps qui se trouvent dans le sang sont refabriqués très rapidement (quelques heures à quelques jours) alors que les cellules du sang sont remplacées en quelques semaines. Certains tiquent sur le chiffre de 450 ml (moyenne du volume sanguin prélevé). “N’est-ce pas trop ?”, se demandent-ils avec anxiété. Sachez alors, chers futurs donneurs, que nous avons tous entre 4 et 6 litres de sang selon notre poids. Le prélèvement, adapté au poids du donneur, ne présente aucun inconvénient pour un adulte en bonne santé pesant au moins 50 kilos. Alors, rassurez-vous: ce n’est pas en faisant don de quelques gouttes de votre sang que vous allez attraper une anémie !

2. Quid des effets secondaires ?

Les effets secondaires du prélèvement de sang sont rares, bénins et éphémères et consistent en une pâleur, une fatigue ou un léger malaise (dit vagal) sans gravité.
Idem, ce n’est pas cet acte, somme toute anodin, qui risque de chambouler votre circulation sanguine. La pression sanguine ou la tension artérielle baisse très légèrement après un prélèvement, mais elle remonte et se stabilise vite. Pour aider son organisme à se remettre au beau fixe, il est important de se reposer un peu après le don, de prendre une collation, de bien s’hydrater et d’éviter tout effort physique intense.

3. Est-ce que cela fait mal ?

“Est-ce que cela fait mal ?”. C’est l’une des questions les plus fréquemment posées par les volontaires qui sont à deux doigts de faire le pas, mais qui sont freinés par la peur de la douleur. Ces douillets et douillettes, qui ont une peur maladive de l’aiguille, doivent savoir qu’hormis un léger picotement ressenti au moment de la piqûre, le prélèvement est un acte parfaitement indolore. Tout au plus, vous risquez -rarement- d’avoir, à l’endroit de la piqûre, un hématome (un bleu) ou une petite cicatrice bénigne qui disparaîtra au bout de quelques jours.

4. “Je n’ai pas le temps” !

“J’aimerais bien, mais dommage ! Je n’ai pas le temps”. C’est l’alibi parfait, l’argument tout-prêt avancé par la plupart des gens réticents au don. Mais sachez, mesdames et messieurs très occupés, que c’est un argument qui ne tient pas la route, même si vous vous appelez Mark Zuckerberg ou Tim Cook! Le prélèvement lui-même ne dure que 8 à 10 minutes. Si vous ajoutez le temps de l’entretien pré-don, du repos et de la collation, vous serez tout au plus à 45 minutes. Même pas le quart du temps que vous passez chaque jour sur Facebook ou Instagram !

5. “J’ai peur de contracter une infection” !

“J’ai peur de contracter une infection ou un virus”. Sur ce volet tout particulièrement, il n’y a rien à craindre. Donner son sang ne présente aucun risque de contamination. La chaîne comporte trop de maillons et de filtres pour qu’un virus ou tout autre élément nocif puisse s’y infiltrer.
De l’entretien confidentiel jusqu’aux analyses (hépatite B et C, VIH, syphilis, etc.) et les contrôles de virologie et de qualité, le sang est soumis à des normes de salubrité et de qualité draconiennes qui constituent autant de remparts contre toute infection ou contamination. Ainsi, tous les instruments utilisés (poches, aiguilles...) sont stérilisés et à usage unique. En plus, le Centre de transfusion de Rabat, par exemple, est soumis à un système de certification ISO 9001. C’est pourquoi on entend rarement parler de cas de personnes ayant contracté une hépatite ou tout autre virus en allant donner leur sang.

6. “Le sang est-il vendu ?”

“Le sang est-il vendu ?” Pas au Maroc, en tout cas! Le sang est très précieux, trop précieux même pour avoir un prix et pour être commercialisé. Pour des raisons éthiques, liées au respect de la dignité de l’être humain, le liquide rouge ne peut être ni acheté ni vendu. “Pourquoi alors, dans les hôpitaux publics, les patients doivent délier leurs bourses pour obtenir le précieux sésame ?”, serait-on tenté de dire. En effet, la facture remise aux proches du malade ne correspond nullement au prix du sang qui sera injecté dans les veines de ce dernier, mais plutôt au coût des différentes opérations effectuées pour transformer le sang de l’état brut à l’état final, prêt à “consommation”, ainsi qu'aux rémunérations du personnel. C’était un florilège des plus célèbres “intox” liées au don du sang. Certains d’entre elles paraissent tellement incongrues qu’on a du mal à croire qu’elles puissent trouver preneur. Mais, en réalité, elles ont la peau dure et continuent à dissuader beaucoup de gens bien intentionnés et prédisposés. w

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