Driss Roukhe: ‘‘Je veux laisser une trace pour la postérité’’

Par Amine Harmach
Driss Roukhe ©MAP
Driss Roukhe ©MAP
Animé par une grande passion pour le cinéma, l'image et l'art de l'interprétation, Driss Roukhe a réussi au fil de ses multiples expériences à imposer son nom sur la scène. Dans cette interview, cet artiste parle de son prochain film et de sa vision du cinéma.
BAB: Vous avez une carrière prolifique marquée par une participation à plus d’une cinquantaine de films de diverses nationalités. Comment choisissez-vous vos rôles ?
Driss Roukhe: Au début d’une carrière, on se lance dans un projet de construction de soi. En l'occurrence dans le secteur du cinéma, il s’agissait pour moi de construire ma personne en liaison directe avec le domaine de l’interprétation. Il me fallait avoir la possibilité de travailler plusieurs facettes de divers personnages et avoir le temps et les moyens de découvrir l’univers cinématographique. Cela n’est pas facile et nécessite plusieurs expériences, plusieurs rencontres. Les axes d’apprentissage et les rencontres qu’offre le cinéma donnent une envie terrible d'aller d'un univers vers un autre. Rencontrer l’autre, la culture de l’autre permet de s’évaluer tout au long d’un parcours. S'évaluer et évaluer sa capacité de voir le monde différemment.
Parce qu’on ne fait pas que jouer un personnage, mais on déploie une vision à travers ce personnage, on montre ce qu’on est capable de transmettre aux gens.
Ainsi, au début, j'étais dans l’exploration et l’élaboration de l’éventail des capacités qui me serviront à long terme. Ce qui compte, ce n’est pas juste un personnage, ce n’est pas juste un film, ce n’est pas juste une pièce de théâtre, mais en fait, c’est la dimension existentielle de la construction d’un avenir, en ayant toujours le souci de penser à ce que l’on va apporter à ce secteur. Ainsi, automatiquement, j’ai inscrit mon projet dans le long terme: construire, apprendre, donner pour recevoir. Cet esprit m’animait avant même d'intégrer l’ISADAC (Institut supérieur  d'Art Dramatique et d'Animation Culturelle), le conservatoire de Paris, avant même de rencontrer à travers le monde des gens pour apprendre l’écriture de scénario, l'interprétation, la direction d’acteur, etc. C’est quelque chose qui émane de mon for intérieur. Comment puis-je être utile ? Comment puis-je transmettre ce qui est en moi aux autres ? Comment puis-je être un fournisseur d'émotions ? Ces questionnements m'ont donné la possibilité de ne pas rester stagné dans un seul personnage, dans un seul projet, dans un seul pays et d’être constamment en quête d’universel.

A vos débuts vous étiez souvent cantonné à de seconds rôles ?
Effectivement, au début, c’était vraiment des seconds rôles. J’étais entrain de me poser des questions et d'expérimenter, parce que dans le chemin, on découvre beaucoup de choses. Et je crois que je dois continuer à acquérir de l’expérience. Parce que beaucoup de gens sont partis. Soit le train les a éjectés, soit eux-mêmes ont abandonné, peut-être parce qu’ils prennent conscience que ce n’est pas leur domaine ni leur vocation ou qu’ils saisissent la difficulté de la chose. Ce n’est pas juste un métier où l’on s’expose pour les autres, pour les festivités et les tapis rouges, pour avoir de la célébrité et de l’argent. Je crois que c’est au-delà de tout cela. Je pense que c’est plus profond, c’est une sorte de philosophie de vie qui implique de se poser la question de savoir si l’on veut ou non être un porteur de projet pour la postérité, pour laisser des traces...
Pour moi, donc, l'interprétation et l’art, en général, ont été un vrai projet d’avenir, un projet qui peut nous amener à résoudre beaucoup de problématiques, d'ordre psychologique en premier lieu.
D’ailleurs, je considère que la fonction principale de l’art est psychologique, que l’on soit acteur ou écrivain, qu’on écrive des drames, de la comédie, de l’histoire ou des épopées… Ce n’est pas juste de la représentation, mais cela s’inscrit dans la transformation intérieure de soi en relation avec l’autre. On est structuré pour être avec l’autre.
Donc pour moi, ce qui importait ce n’était pas vraiment l’interprétation d’un personnage ou de plusieurs personnages, d’ici ou d’ailleurs; ce qui comptait pour moi c’est que j’étais à la recherche de moi-même. Et au moment où je me suis réalisé, que je me suis dit c’est cela l’interprétation, j’ai compris qu’il y a effectivement des personnages petits ou grands, mais qu’il n’y a jamais de petits rôles. Il n’y a que des petits comédiens ou des grands comédiens.

Avez-vous déjà refusé des rôles ?
Certainement, j’en ai refusé et j’en refuse  toujours beaucoup. Mais avant, il y a trente ans, lors de mes premiers rôles, je me disais qu’il fallait que j’accepte pour comprendre et expérimenter. Heureusement, je n’ai rencontré à mes débuts que de grands Marocains, de vrais réalisateurs marocains et étrangers, de grands écrivains, des scénaristes, des acteurs formidables. J’ai travaillé avec les vrais : feus Hassan Skalli, Mohamed El Bastaoui, Mohamed Majd et j’en passe. Des gens qui ont quand même un poids et qui m’ont aidé à y voir plus clair. C’est pour cela qu’après je ne peux pas faire n’importe quoi, apparaître rien que pour apparaître, cela donne l’impression qu'on est redondant, superflu et trop accessible. Des fois, l’accessibilité vulgarise un produit, on devient alors un commercial qui vend dans un marché. C’est pour cela que j’ai toujours été soucieux de construire mon avenir.

Quelle a été votre stratégie ?
C’était de frapper fort au début, donner l’impression que je suis là, que j’existe, laisser une empreinte qui va certainement toucher les professionnels et, par la suite, le public. Chaque film, chaque public m’emmène vers un autre. D'ailleurs, les publics ne se ressemblent pas: il y a ceux qui aiment, ceux qui détestent, ceux qui sont indifférents… Par contre, il faut toujours essayer d’autres sphères pour toucher un maximum: les enfants, les adolescents, les adultes, les intellos, monsieur tout le monde, les profanes et ainsi de suite. C’est pour cela que j’ai fait beaucoup de théâtre, j’ai écrit et enseigné le théâtre. Après, il y a eu la télévision.
Après le théâtre, j’ai longtemps hésité avant de tenter la télévision. Je refusais au début. Mais dès que j’ai commencé à comprendre et à mûrir, j’ai commencé à tenter d’autres axes. J’ai alors réalisé que la difficulté de la télévision, un support très important, est qu’elle impose de la responsabilité et du sérieux vis-à-vis du large public loin de “la logique alimentaire” qui dénigre et le travail et le public.
En s’engageant dans un projet, il faut l’aimer et se l’approprier pour contribuer à le rendre meilleur. C’était ma stratégie aussi bien dans la télévision que dans le cinéma. En explorant ces axes, j’ai alors découvert un univers infini, celui du monde de l’image. Un univers qui donne cette possibilité de rester. J’ai parfois l'impression que je suis une image parmi ces images qui font un plan, qui font un film.

Vous devenez le film dans lequel vous participez au point que quand un réalisateur vous engage, vous vous dévouez entièrement ?
Oui, entièrement, il le faut. Parce qu’il faut avoir la conviction. C’est comme un poète, un chanteur qui ne croit pas en ce qu’il interprète, un plasticien qui ne sent pas ce qu’il peint. Mais quand tu crois, il se peut que ton œuvre ne se vende pas sur le moment, mais elle trouvera un jour son public.

Est-ce que vos œuvres ont rencontré leur public ?
Franchement, depuis le départ, dès la sortie de certains films que ce soit au cinéma ou à la télévision, il y a eu un public. Un public qui entend, qui sent. C’est ce public qui m’a porté et incité à aller de l’avant pour toujours essayer de le convaincre et ne pas me répéter tout le temps.

Oui, mais vous avez souvent incarné dans vos rôles la figure de l’autorité, la figure de l’homme viril, du patriarche, du macho, le mâle dominant, etc ?
C’est vrai. Mais pour les personnages, c’est comme dans la vie. Nous sommes presque 8 milliards de personnes sur terre, parmi lesquelles chaque individu est unique, personne ne ressemble à personne, que ce soit au niveau de l’ADN ou au niveau des empreintes, sans parler du vécu. Ainsi, tous les criminels ne se ressemblent pas, tous les escrocs ne se ressemblent pas. Même parmi les tueurs en série, on trouve que chacun se distingue de l’autre: l’un tuerait par envie, l’autre par amour, un autre par haine… Il y a des nuances et c’est ce qui permet justement à un public d’apprécier un jeu d’acteur. Quand on nuance des personnages, on leur donne plus de force, tant au niveau de l’aspect physique que psychologique, pour les transformer. C’est cela le travail de création.

Camper une même catégorie de personnages, le méchant par exemple, ne vous a jamais dérangé ?
Non jamais, quand je choisis un personnage qui est dans cet univers, il faut que je travaille plusieurs de ses facettes, la psychologie, le physique pour donner une autre vision et montrer le pourquoi de la chose. Parce que ce qui est important dans un méchant par exemple, c’est sa psychologie, pourquoi il est ainsi. Quand on dégage sa faille, sa faiblesse, ses fêlures, on comprend les raisons profondes qui font son identité, son parcours.

Quelle est votre approche d’acteur ?
J’ai développé un style dans mon approche technique d’acteur. Quand je construis un personnage, j’essaye de m’inspirer des “profilers” qu’on retrouve dans la police scientifique, qui cherchent à comprendre l’itinéraire de vie d’un individu, ses motifs. Ainsi, je me penche sur le facial, le physique et puis sur ses envies et ses rêves et je décortique tout cela. J’ai compris qu’il ne faut jamais travailler un personnage d’une manière plate en ne se basant que sur un aspect, un accent, un costume, mais aller en profondeur pour avoir les reliefs pertinents… C’est cela qui m’a poussé à m’intéresser plus à la direction d’acteur, parce qu’il y a tout un travail psychologique à accomplir.

Et est-ce que vous estimez que vous avez réussi votre carrière ?
Je suis toujours au début de ma carrière, toujours en train d’apprendre. Je suis acteur, réalisateur et j’écris des scénarios, c’est un même univers. Ma communication reste artistique, que je sois devant la caméra, derrière en tant que réalisateur, ou sur un papier en tant que scénariste.  J’essaye à chaque fois de ramener quelque chose de nouveau. Parfois j’échoue, c’est la vie…  Je ne peux pas dire que j’ai réussi ma vie, mais j’estime que j’ai réussi une partie de ma vie en sortant de la découverte initiale vers la production d’idées et d’émotions.
Mais je ne suis pas encore arrivé au point de dire que j'ai lancé un style. Je rêve que le style que je suis en train de cultiver, d’apprendre et de transmettre devienne, un jour, reconnaissable parmi d’autres, une sorte de signature. Cela implique d'être dans une certaine authenticité, être dans le fond, le vrai. Certains jeunes me disent qu’ils suivent mes pas, mais j’estime que ce n’est pas assez. Je veux qu’on apprenne de moi, comme moi, j’ai appris des autres. C’est un long chemin.

Comment définir votre style ?
Je dis à mes étudiants que cela s’appelle la valise virtuelle. On y met ses acquis, expériences de vie, lectures, rencontres, musiques… Rien ne disparaît. Parfois, c’est physique, parfois spirituel, c’est aussi artistique. Ce bagage, qui est propre à chacun, doit être constamment rempli, ne jamais se vider.
Dans cet ordre d'idées, quand quelqu’un m’appelle et me donne une idée, il faut que je dégage pour lui deux ou trois autres propositions puisées dans ma valise. S’il est question de personnages, il faut que j’en sorte certains que j’ai rencontrés dans ma vie. C’est pour cela qu’il faut avoir la possibilité de sortir, de lire beaucoup, d’écouter et de constamment se renouveler.
C’est une sorte de veille continue qui offre une vue panoramique sur le domaine et permet  d’avoir un large éventail d’outils, de notes et de couleurs à utiliser. Cela exige de s'exercer au quotidien, travailler un personnage qu’on utilisera un jour, une voix, une démarche, une émotion…

Quel est votre message à travers l’art ? Quelle est cette trace que vous voulez qu’on garde de vous ?
Vous savez, parfois ce n’est pas nous qui nous définissons, ce sont les autres, les gens du métier, les critiques, les journalistes, le public. Parfois, ils me donnent même l'impression qu’ils me connaissent mieux que moi-même.
Mais je peux dire que j’ai une manière de jouer un texte, un personnage différemment. Par exemple, j’aime beaucoup les silences, j’aime beaucoup jouer avec mon visage, jouer avec l’émotion et prendre le temps de dire les choses pour les sortir de manière naturelle et spontanée de sorte qu’elles paraissent être prononcées à peine, pour la première fois. La spontanéité s’apprend. Devant la caméra, il est difficile même d’être soi et transmettre cela aux gens. Si une personne arrive un jour à s’inspirer de mon travail, j’en serai très fier.

Vous parlez là du côté acteur. Qu’en est-il de vous réalisateur ?
Pour ce qui est de l’image, cela fait au moins 12 ans que je suis réalisateur, mais j’apprends toujours. J’estime que mon prochain long-métrage qui est en cours de finalisation, “Jrada Malha, l’égarée” est un film qui condense tout ce que j’ai appris avec le temps, ma manière de voir le monde. C’est un film difficile, un thriller psychologique qui parle de la manipulation. J’ai pris beaucoup de temps pour le concevoir. Je suis toujours dans la phase de finalisation technique. Il a été tourné et cela fait une année que je travaille sur le montage post-production.
Je dois voyager normalement en Italie pour mettre les dernières touches à la post-production. La musique a été réalisée en France, c’est une symphonie. Ce n’est pas un film facile, il a été tourné dans des conditions extrêmes, notamment dans le grand froid à Ifrane, tourné à plus de 70% la nuit. Ce film peut définir mon style actuel.

Ce film va-t-il sortir bientôt ?
Je ne sais pas quand il pourra sortir, cela dépendra de la fin de cette pandémie. Peut-être en avril prochain ou fin 2021, personne ne le sait. D’autant qu’il n’y a pas de salle de cinéma ouverte actuellement. Mais pour ma part, je compte finir le film et déposer la copie zéro en janvier 2021.
C’est un luxe de concrétiser un projet, de donner vie à des idées conçues dans son intimité et de les dévoiler un jour au grand public.
Vous ne pouvez pas imaginer le temps que nous avons passé à travailler sur l’idée du film. Cela fait trois ou quatre ans qu’on développe le projet. Nous avons tenu les premiers ateliers d’écriture (nous étions deux, Adnane Mohejja et moi) sur les lieux de tournage, en l’occurrence à El Hajeb et Ifrane. Il fallait écrire et réécrire les choses, travailler le concept et croire qu’un jour, il allait prendre forme. Nous avons par la suite déposé ce projet pour le défendre jusqu’à ce qu’il soit accepté par la commission de soutien. Et enfin le tournage. Tout un processus…

Cela a demandé combien de fonds ?
J'ai la chance d'avoir un producteur, Adam Majdoul, amoureux du 7ème art. C’est une grande production marocaine qui a mobilisé jusqu’à maintenant - nous n’avons pas encore fini- plus de 6 millions de dirhams, dont 4 millions provenant du fonds d’aide du CCM.

C’est un film grand public ?
Moi j’estime que c’est un film fait pour tout public et qui peut être regardé sous différents angles: sous un angle politique, philosophique, psychologique… il y a une histoire, il y a de l’émotion, beaucoup d’esthétique. C'est un film qui peut être vu au premier degré comme à des degrés différents puisqu'il contient également des codes qu’on peut déchiffrer.
D’ailleurs, j’estime qu’un film qui ne peut recevoir plusieurs niveaux de lecture est un film mort.

Qui est le réalisateur qui vous a le plus marqué ?
J’ai travaillé avec divers réalisateurs de plusieurs nationalités. Je dirais que chacun a sa touche et que chacun m'a marqué à sa manière: certains par leur côté humain, d’autres par leur professionnalisme malgré leur mauvais caractère, d’autres parfois par leurs idées, parfois par leur émotion. Mais il y en a certains que j’ai détestés et avec lesquels je ne travaillerai plus jamais (rires).
Mais de toute façon, quand je travaille avec quelqu’un, je le respecte, même si je ne suis pas d’accord avec lui. Moi, j’aime les gens qui sont humains sur un plateau, qui aiment les autres, qui travaillent avec les autres, pour les autres, je n’aime pas ceux qui travaillent en solo.
Parce que chaque œuvre mobilise plein de personnes. Même le peintre qui peint tout seul dans son atelier a besoin d’une toile, d’un chevalet, d'un cadre, de pigments, de pinceaux forcément tous fabriqués par des personnes autres que  lui.
Chaque œuvre doit appartenir à tout le monde et pas qu’à une seule personne, je crois au travail d’une structure qui a besoin de toutes ces composantes.
Bien sûr, il faut qu’un réalisateur soit responsable, qu’il ait des idées, qu’il les défende, qu’il soit le chef d’orchestre, mais surtout, il faut qu’il soit présent pour les autres et pas contre les autres…
Que représentent, pour vous, les sitcoms ?
Franchement, c’est une très belle expérience. Ils font partie de ma vie parce que j’en ai tourné pas mal, cinq ou six. Et prochainement, pour le Ramadan, vous allez en voir un autre.
Quand je me suis lancé dans ce style de fiction, les sitcoms, c’était un défi parce que j’avais envie de voir cet univers qui a quelque chose de théâtral: décors fixes, lumières, personnages qu’on répète et reproduit, texte…

Souvent les sitcoms au Maroc, c’est aussi de la caricature ?
La caricature, on la retrouve dans le monde entier, pas seulement chez nous. Je vais vous exposer les contraintes de ce format qui, il faut bien le garder à l’esprit, ne nous appartient pas, nous l’avons importé. À l’origine, les sitcoms, telles que réalisées ailleurs, abordent sans complexe des thématiques tabous (politique, religion, sexualité…). Chose inconcevable dans notre paysage audiovisuel alors que dans notre humour populaire et celui qui circule sur Internet, ces ingrédients sont exploités sans retenue et sans complexe.
À cela, s’ajoutent les corporations qui peuvent être susceptibles si on évoque un personnage donné appartenant à un métier donné, peu importe lequel. Mêmes lignes rouges pour les appartenances ethniques ou régionales, même une blague à propos d’une équipe sportive deviennent problématiques. Ce ne sont pas là des prétextes, on fait avec ce qu’on a. Quand j’ai fait “Yak hna jiran”, “L’auberge”, “Lkhawa”, entre autres, c’était relativement des succès. Mais il faut dire qu’on … est dans la difficulté, parce que l’écriture implique une certaine liberté d’autant qu’il s’agit de faire rire dans un format de 26 minutes et durant 30 épisodes.
Tout cela fait qu’on peut justement être dans la caricature - que je déteste d’ailleurs-, l’exagération, elle-même présente dans le théâtre, on peut être dans la grimace, ou dans des formes vocales (chants, voix, imitation, etc), donc on compense…
Autre chose, il faut voir les coulisses pour saisir la galère de tels projets, la galère parfois pour changer un seul mot jugé susceptible ou miné. À cela s’ajoute le manque de moyens, de temps pour faire les choses.

Combien coûte un sitcom ?
Tout est désormais transparent dans les appels d'offres. Un épisode coûterait 320.000 DH. Une somme impliquant une équipe d’une cinquantaine de personnes, décor, costume, étalonnage, post production, musique y compris. Ce sont nos moyens, on travaille avec ce qu’on a et on essaye de donner le meilleur.

Avec du recul, quel regard portez-vous sur le cinéma marocain ?
Le Maroc a fait un long chemin en ce qui concerne la production du film national. Nous sommes passés d'un film produit à 500.000 DH, en moyenne une fois tous les deux ans, à actuellement une moyenne de 24 films par an, avec des fois un budget qui peut atteindre jusqu’à 7 millions de DH. Sans parler des films indépendants sans soutien. Mais le vrai problème réside dans les salles de cinéma qui se sont éteintes. On est passé de plus de 200 salles dans les années 80 à presque une trentaine de salles actuellement. Paradoxalement, les tickets, on en comptait 50 millions qui se vendaient par an dans les années 70 et 80 contre 250.000 tickets actuellement, alors que la population est plus nombreuse. Cette situation contraste avec le poids qu'a désormais le film marocain qui gagne de plus en plus de prix à travers le monde. On a des acquis artistiques et techniques malgré les moyens modestes dont on dispose. Mais il faut travailler à promouvoir le film marocain au niveau national à travers des structures de proximité. Le promouvoir aussi ailleurs, notamment auprès de nos MRE dans un premier temps, puis auprès du monde arabe aussi. Cela demande des décisions politiques et une vision qui prône l’ouverture.
Il faut qu’on ouvre des salles de cinéma, des salles de théâtre, il faut qu’on crée beaucoup d'opportunités pour les artistes pour qu’ils produisent et qu’ils donnent libre cours à leur créativité. C’est cela l’avenir de notre pays. La culture est l’âme d’un peuple. C’est ce qui éduque les gens, c’est ce qui rend vivant et crée une civilisation.