Du cristal au doré, la saga marocaine de BIC 

Par Meriem Rkiouak
BIC Cristal, chef de la famille ©DR
BIC Cristal, chef de la famille ©DR
“Elle court, elle court, la pointe BIC”. Elle court dans le monde depuis 70 ans et elle courra peut-être pour 70 ans de plus. Mais quel est le secret de longévité de cette sacrée tête de bille devenue un emblème de la mondialisation au succès transfrontalier et transgénérationnel ?

Il est de ces objets tellement petits, simples et bon marché qu’on n’y prête pas beaucoup d’attention, mais sans lesquels notre vie ne serait simplement pas la même. BIC Cristal -c’est son nom officiel- en fait partie. Ecoulé à plus de 100 milliards d’exemplaires dans le monde entier depuis sa mise sur le marché par l’industriel franco-italien Marcel Bich, il a 70 ans et pas une ride.

Il a marqué l’enfance de nos grands-parents et va peut-être bercer celle de nos arrière-petits-enfants. 

Summum de la gloire, le monème “BIC” est sorti du domaine des noms propres pour intégrer celui des noms communs (ce qu’on appelle un antonomase): comme on demande nonchalamment à l’épicier un “Danone” en voulant dire, en réalité, “un yaourt, n’importe lequel”, on dit au libraire : “un BIC s’il vous plaît” qui résonne dans l’oreille de l’acheteur et du vendeur comme : “un STYLO s’il vous plaît”.

Aussi, c’est ce petit bout de plastique jetable qui a assis - à côté des briquets format de poche- le rayonnement mondial de l’enseigne française. Parmi tous les produits commercialisés par BIC (papeterie, rasoirs, briquets), c’est lui le roi, le best-seller.  

Mais d’où ce minuscule tube en plastique, qui ne paie pas de mine et qui contient vraiment juste ce qu’il faut, tient tout ce “charisme” qui le rend intemporel, incontournable et inconcurrençable ?

Un symbole du socialisme… et de la mondialisation

Umberto Eco, l’éminent sémiologue italien, esquisse une réponse: “Né volontairement laid et devenu beau parce que pratique, économique, indestructible, organique, le Bic Cristal est l’unique exemple du socialisme réalisé. Il annule tout droit à la propriété et toute distinction sociale” (L’Espresso”- 1986). En effet, qui d’entre nous a cherché un jour après un BIC sorti de sa poche et qui n’y est jamais revenu ou a demandé à récupérer son BIC emprunté à un inconnu pour signer un document à la “Mouqataâ” avant que les deux -le stylo et l’inconnu- ne disparaissent dans la nature ? 

La marque au garçon à la tête de bille est un symbole du socialisme, mais de la mondialisation aussi avec son immense succès qui traverse le temps, l’espace et les cultures: que vous soyez à Paris, Dubaï, Calcutta, Kinshasa ou au Pôle Nord (juste une métaphore puisqu’à -40 degrés de température c’est de la glace que vous retrouverez au lieu de l’encre), vous pouvez toujours compter sur un BIC pour remplir vos documents à l’aéroport et à l’hôtel, noter un numéro de téléphone ou rédiger des notes de voyage. Elle ne vous faussera jamais route et ne vous laissera jamais tomber, cette sacrée tête de bille dont le nom, facile à prononcer et à identifier, est familier dans 160 pays. 

Le Maroc ne déroge pas à cet engouement universel pour l’iconique marque française. Dans la vitrine des librairies et les étagères des supérettes, BIC Cristal vole toujours la vedette. Sans fard ni artifice, il arrive, par sa seule présence et à près de deux dirhams, à éclipser les marques rivales qui ne lésinent pas sur les moyens pour taper dans l’oeil. Du sacré, on dirait ! C’est justement là où réside le trait de génie de cet instrument d’écriture pas comme les autres.  

Le “secret” de ce carton à la sauce marocaine ? Salim Kacha, manager associé du groupe BIC pour l’Afrique du Nord, le résume dans trois mots: simplicité, technicité et durabilité. ”En apparence d’une simplicité extrême, le stylo à bille BIC® Cristal® est en réalité d’une grande technicité. De même, la durabilité est au cœur de tout ce que nous faisons et les produits BIC® sont conçus pour durer en utilisant le moins de matière possible”, indique-t-il dans une déclaration à BAB.

Du BIC Cristal au BIC doré, de l’encre a coulé sous les ponts

L’inventivité est un autre point fort du produit puisque, loin de se reposer sur ses lauriers, BIC ne cesse de se réinventer, de se mettre en cause et de se mettre à jour. Depuis 1960, beaucoup d’“encre” a coulé sous les ponts et la famille “BIC” s’est agrandie. Aujourd’hui, le numéro 2 mondial des instruments d’écriture (avec une part de marché de 9%) commercialise une vaste gamme de produits adaptés à tous les âges, les goûts et les bourses.  

Il y a lieu de citer BIC® Cristal® Fine avec son corps orange et sa pointe fine, BIC® Cristal® Soft avec son corps bleu transparent et qui procure 35% de douceur d’écriture supplémentaire ou encore BIC® Cristal® Up au corps blanc et au look épuré qui a été élu produit de l’année par les Marocains en 2020. 

BIC Cristal, chef de la famille

Cette diversité, loin d’être un luxe, est primordiale pour conquérir une nouvelle génération de consommateurs. D’autant plus que, comme l’explique l’Associate manager de la société, les produits BIC “s’adressent principalement aux jeunes et aux étudiants, de plus en plus connectés et ouverts au monde”. 

Ceci implique de travailler davantage l’image de marque de ce stylo transgénérationnel pour que les jeunes puissent facilement s’y identifier, notamment en soignant le design et en osant de nouvelles couleurs, tel que le doré qui a été lancé au Maroc en 2019 et qui compte parmi les créations les plus originales de la marque. “En fabriquant les encres de ses stylos à bille dans ses propres usines, BIC s'est forgé une expertise dans la chimie des encres et des colorants. Ces connaissances lui permettent de créer n'importe quelle nouvelle couleur d'encre de stylo à bille telle que le doré”, précise Salim Kacha. 

Soixante ans après (l’enseigne est présente au Maroc depuis 1961), la famille s’est agrandie et la saga BIC-Maroc se poursuit. Mais le père fondateur, BIC Cristal, demeure incontestablement le chef de famille, sacré, indéboulonnable, indémodable et inimitable. 

D’après M. Kacha, les Marocains seraient de gros consommateurs du stylo à bille numéro un dans le monde “avec plus de quatre stylos achetés par habitant par an, ce qui est bien au-dessus de la moyenne des autres pays”.

 

Classique ou moderne, bleu ou doré, BIC a été le complice des moments forts de notre existence: il a écrit notre acte de naissance, notre contrat de mariage et, en guise d’épilogue de cette passionnante idylle, il ne manquera sûrement pas à l’appel au moment de rédiger notre acte de décès !