Économie: que faire pour remonter la pente ?

Par Hicham Louraoui
L'économie mondiale asphyxiée par le virus ©MAP/EPA
L'économie mondiale asphyxiée par le virus ©MAP/EPA
Une chose est sûre, l'économie mondiale va devoir relever de multiples défis dans la perspective de panser rapidement ses plaies et effacer ses cicatrices occasionnées par la crise du nouveau coronavirus.

L'économie mondiale, asphyxiée par un arrêt sans précédent de l'activité en raison de la propagation de la pandémie du nouveau coronavirus (Covid-19), guette une lueur d'espoir pour atténuer ce choc brutal et inédit et réussir la transition de la crise à l'essor. Une relance après le coronavirus, oui, mais à quel prix ? Le monde avant, durant et après cette pandémie ne peut guère être le même. Nul ne peut douter de ce constat qui commence à devenir une évidence avec ce bouleversement qui n'a exclu aucun pays, y compris les grandes puissances économiques. Une fois bien ressentie, l'ampleur de cette crise sanitaire a poussé les États du monde entier à mettre en place toute une batterie de mesures économiques et financières pour anéantir ce puissant choc.

Le décalage des taxes et impôts, la priorisation de la santé et du secteur social, le versement de revenus forfaitaires pour les travailleurs impactés, l'assurance sur la solvabilité des banques pour continuer à octroyer les crédits, un moratoire pour les échéances des crédits bancaires accordés aux entreprises figurent parmi les actions menées pour alléger le poids de cette crise sanitaire sur l'économie. Cependant, quoiqu'elle soit extrêmement nécessaire pour éviter une profonde récession, l'avalanche de plans de soutien à l'économie ne sera pas sans impact sur l'endettement de ces pays sur le long terme. A en croire la société de services financiers UBS, les plans de relance des pays ont atteint désormais 2,6% du produit intérieur brut (PIB) mondial. Cet effort s'élève à 10% aux États-Unis et à 8% au Royaume-Uni, alors qu'un appui supplémentaire s'avère primordial pour permettre aux économies de se reprendre après l'ère du coronavirus. Experts, économistes, investisseurs et responsables gouvernementaux redoutent les montagnes de dettes qui risqueront de glisser l'économie dans un cercle vicieux.

Trois scenarii pour l'après-crise
Dans le cadre de ces projections et ses prévisions pour la situation après la crise du Covid-19, le cabinet de conseil international McKinsey insiste sur trois scenarii possibles. Il s'agit d'une reprise rapide, un tassement mondial et une récession causée par la pandémie.
Dans le premier scénario, le cabinet s'attend à un repli de la croissance économique mondiale à 2%, sous l'effet notamment de la chute de la croissance chinoise de 6% à près de 4,7%.
S'agissant du deuxième scénario, il prévoit de sérieux changements dans le comportement quotidien des consommateurs. Par conséquent, le choc de demande qui en résulte pèsera fort sur la croissance du PIB mondial qui devrait diminuer de la moitié, oscillant ainsi entre 1% et 1,5%.
Cette contre-performance ne manquera pas de pénaliser les petites et moyennes entreprises (PME) des différents secteurs.
Les services comme l'aviation, les voyages et le tourisme, qui figurent en tête des secteurs sinistrés, ne pourront pas tirer profit de la haute saison estivale.
De même, les secteurs du pétrole et du gaz subiront davantage les effets négatifs de cette crise, les prix du pétrole devraient rester à leur plus bas jusqu'au troisième trimestre. Dans un troisième scénario, McKinsey prévoit également un ralentissement mondial mais avec l'hypothèse que le Covid-19 n'est pas saisonnier. Ainsi, le nombre des cas continuerait à augmenter tout au long du deuxième et troisième trimestre, ce qui causerait une chute brutale de la croissance à même de se situer entre -1,5% et 0,5%.

Une relance rapide, idée “irréaliste”
Pour sa part, l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) éloigne toute possibilité de reprise rapide. D'après son secrétaire général, José Angel Gurria, la souffrance de l'économie mondiale va durer “pour des années”. Les prévisions de l'OCDE, qui prévoyaient début mars qu'une épidémie prolongée et sévère de coronavirus ramènerait la croissance mondiale à seulement 1,4% en 2020, semblent aujourd'hui trop optimistes, estime-t-il.
“Même si on n'a pas une récession mondiale, on va avoir une croissance nulle ou négative dans beaucoup d'économies, y compris les plus grandes, donc […] cela prendra plus de temps pour redémarrer”, avait expliqué M. Gurria dans un entretien accordé à la chaîne britannique BBC.
Selon lui, le choc économique engendré par le coronavirus est plus violent que celui des attentats du 11 septembre 2001 et de la crise financière de 2008, au regard des incertitudes autour de cette pandémie. Force est de constater que cette pandémie a d'ores et déjà changé le quotidien et les habitudes de l'ensemble des populations. Le télétravail, la livraison à domicile, les services à distance, les plateformes du e-learning…, tant de concepts qui ont été d'une utilité majeure dans le respect du confinement, lequel constitue un moyen fondamental dans la lutte contre le covid-19.
L'investissement dans la digitalisation et le numérique serait considéré comme l'une des priorités les plus urgentes, tout comme la nécessité de durcir les règles et mesures d'hygiène et de sécurité en vue d'éviter la reproduction d'une telle pandémie. Il s'agit aussi d'apporter l'appui nécessaire au secteur de la Santé via l'investissement dans le développement des infrastructures de base, la capitalisation sur la formation et l'augmentation des budgets dédiés à la recherche & développement pour ne laisser rien au hasard.