Éjection de Compaoré en 2014, l'autre récit

Par Khalid Barka
Yacouba Isaac Zida, ancien président du Burkina Faso, auteur de l'ouvrage “Je sais qui je suis” ©MAP/EPA
Yacouba Isaac Zida, ancien président du Burkina Faso, auteur de l'ouvrage “Je sais qui je suis” ©MAP/EPA
Dans un ouvrage édité au Canada, l'ancien président burkinabé, Yacouba Isaac Zida, revient sur une période assez délicate de l'histoire de ce pays, celle de l'éjection de l'ancien président Blaise Compaoré. Voici une partie de sa version des faits.

“Je sais qui je suis” est l’ouvrage que vient de publier Yacouba Isaac Zida, ancien commandant-adjoint du régiment chargé de la sécurité du chef de l'État, ancien président du Burkina Faso et ex-premier ministre, dans lequel il livre des révélations fracassantes sur une période extrêmement délicate de l’histoire politique du “Pays des Hommes intègres”, celle de la transition (2014-2015) ayant mis fin à 27 ans de règne sans partage de Blaise Compaoré.
Ce livre autobiographique de 332 pages imprimé au Canada, est le premier d’une série de témoignages. Il restitue, selon son auteur, certains faits et événements que le Burkina Faso a connus dans le parcours de son histoire.
“J’avais personnellement insisté au téléphone pour que le président Compaoré démissionne, parce que si jamais cette marée humaine que je voyais de l’état-major et aux alentours devait déferler à Kosyam (Ndlr, siège de la Présidence), nul ne sait ce qui aurait pu se passer”, indique M. Isaac Zida, notant que la nouvelle arrive enfin : “Le président Compaoré est en train de rédiger sa démission”.
Rassuré d’avoir accompli sa mission jusqu’au bout auprès du président Compaoré, il souligne avoir quitté l’état-major pour faire sa première déclaration, prononcée debout sur un engin blindé: “L’armée prend aujourd’hui la responsabilité d’assurer la continuité du pouvoir d'État en lieu et place du président Blaise Compaoré”.

Compaoré destitué, place à la recherche du consensus

Au lendemain des événements qui ont conduit au départ du président Compaoré, “nous mesurions encore la sensibilité de la situation. En effet, si pour le peuple l’heure de la liberté venait de sonner, il ignorait totalement qu’au sein de l’armée, il restait encore à mettre tout le monde en accord”.
Par ailleurs, M. Isaac Zida note qu’après l’ambassadeur de France à Ouagadougou, c’est celui des États-Unis qu’il avait reçu. Ce dernier fit part des inquiétudes de son pays, notamment en ce qui concernait la suspension de la Constitution, et souhaitait une transition civile et l’organisation des élections dans des délais raisonnables.
Le Burkina Faso, dans le concert des Nations, était devenu en cette fin d’année 2014, une attraction. Par une insurrection, le peuple burkinabè venait de solder ses comptes avec un régime vieux de 27 années en seulement 48 heures et tout cela avec retour extraordinaire au calme !
Dès la nuit du 1er novembre, “nous avions commencé des consultations en vue de trouver un civil digne de porter le fardeau jusqu’aux élections à venir”, a-t-il relevé, précisant que ses discussions avec la classe politique se bloquaient sur un point: Celui de l’exclusion des partis de l’ex-majorité des instances de la transition. “Pour nous, il n’était pas question de disqualifier des partis politiques comme certains le voulaient absolument”, a-t-il expliqué.
Le régime qui se mettait en place, quoique de transition, n’avait aucun droit à l’échec, sinon c’était tout l’avenir de la Nation qui serait hypothéqué, a-t-il estimé, ajoutant que la mission qui lui avait été confiée consistait en l’organisation d’élections dans un délai de douze mois.
En outre, M. Isaac Zida a noté qu’au début de la transition, les discours révolutionnaires étaient très à la mode, car les foules avaient besoin d’insulter les ennemis du peuple.
Néanmoins, “lorsque nous avions la responsabilité de composer le gouvernement de la transition, guidé par le souci d’avoir au service de la Nation des hommes et des femmes honnêtes, nous avions pris le soin de soumettre toutes les propositions faites par les parties politiques et la société civile à une enquête préalable de la gendarmerie nationale. De toute l’histoire de notre pays depuis son indépendance, ce fut la seule fois où les ministrables ont été soumis à une enquête de moralité avant d’intégrer le gouvernement”, a-t-il fait savoir.

“Je sais qui je suis”

“Si quelqu’un a versé le sang d’un Burkinabè entre le 30 octobre 2014 et le 28 décembre 2015, date à laquelle la transition a pris fin, que ce sang retombe sur sa propre tête et celle de sa famille et non pas sur la mienne, ni sur celle du peuple burkinabè. Je n’ai jamais cautionné un acte de violence à l’endroit de quiconque. Je sais qui je suis”, a-t-il martelé.
Né dans la ville de Yako dans une famille polygame vivant dans la précarité, comme la large majorité des familles Burkinabè, Yacouba Isaac Zida, a vécu diverses expériences de vie aussi exaltantes les unes que les autres.
Installé actuellement au Canada avec les membres de sa famille, il est diplômé de l’école d’état-major de Yaoundé au Cameroun et titulaire d’un Master en droit, économie, option affaires internationales de l’Université Jean Moulin Lyon 3. Isaac Zida est général de division et Grand-croix des ordres burkinabè.

Actes de violence au Burkina Faso à l'époque de destitution de l'ex-président Blaise Compaoré ©MAP/EPA
Actes de violence au Burkina Faso à l'époque de destitution de l'ex-président Blaise Compaoré ©MAP/EPA

 

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