Enfin une cicatrice qui se referme

Par Rachid Mamouni

Il aura suffi d’une phrase prononcée avec un accent typiquement marocain devant le Souverain pour que les millions de téléspectateurs marocains comprennent, presque instinctivement, que l’homme à la kippa porte en lui l’ADN d’un concitoyen pure souche. “Allah Ibarek F Amar Sidi” (Puisse Dieu accorder longue vie à SM le Roi). Cette phrase concentre à elle seule la profondeur des liens séculaires qui unissent les juifs d’origine marocaine (un million selon certaines estimations) installés en Israël au pays de leurs ancêtres, le Maroc, et à ses Souverains.

Ces liens indéfectibles ont été gravés dans le marbre de la Constitution de 2011. Le Préambule de la Loi fondamentale a mis en avant l’affluent hébraïque ayant nourri l’identité marocaine depuis des millénaires. Musique, gastronomie, diplomatie, architecture, commerce, théologie, science, artisanat, couture, joaillerie, art de vivre… Autant de domaines où l’empreinte de nos concitoyens juifs continue de marquer notre quotidien, de bercer notre existence et de nous rendre fiers de ce que nous sommes. N’en déplaise à certaines voix discordantes et hors du temps, nous sommes les citoyens d’un pays creuset d’une histoire singulière faite de coexistence entre plusieurs cultures et religions. Un pays qui offre un modèle qui n’existe nulle part ailleurs en matière de tolérance religieuse. Un pays dans lequel cette même tolérance a toujours fait partie de la conscience collective des Marocains à travers les âges. Un pays singulier dont les tribunaux abritent des magistrats rabbiniques, fonctionnaires de l’État marocain, et qui rendent des jugements au Nom de Sa Majesté le Roi, Amir Al Mouminine, dans les affaires relatives au statut personnel des membres de la communauté israélite selon les préceptes et les prescriptions de la Loi de Moïse (La Halakha).

Un pays qui, dans une période trouble, s’était vu amputé de l’une de ses composantes démographiques essentielles et d’une richesse humaine irremplaçable. Une cicatrice profonde dont la société marocaine ne s’est jamais remise. De Tanger à la vallée de Draâ, en passant par Debdou, Essaouira, Sefrou, Demnat, Ouazzane et Agouim et j’en passe. Une cicatrice qui commence enfin à se refermer. Et enfin un pays qui a décidé en toute responsabilité et conscience de renouer, ne serait-ce que le temps de vacances, avec ce million de citoyens israéliens qui n’ont jamais rompu les liens affectifs avec cette Terre bénie.

L’explosion de joie dans des milliers de foyers israéliens - et de foyers juifs dans le Monde - qui a suivi la visite à Rabat de la délégation américano-israélienne en ce fameux mardi 22 décembre 2020 en dit long sur l’attachement au Maroc de nos concitoyens juifs.

Il faut dire aussi que malgré l’éloignement dans le temps, malgré les vicissitudes de la politique et d’idéologies surannées, le Maroc le leur rend bien. La plus haute autorité du pays veille personnellement à préserver le cachet originel des nombreux Mellahs, des cimetières, des tombes de saints vénérés par les juifs et des synagogues. Fait inédit dans les pays arabo-musulmans, le Maroc a inscrit l’histoire et la culture juives dans les programmes scolaires de l’école marocaine. Une manière intelligente et subtile de perpétuer ce legs millénaire qui fait la particularité de ce pays.