Et l'Europe dans tout ça ?

Clair obscur Par Adil Zaari Jabiri


La reconnaissance américaine de la souveraineté pleine et entière du Maroc sur son Sahara, actée dans un décret officiel n’est pas un fait anodin. C’est une décision historique réfléchie et assumée venant de la première puissance mondiale, membre permanent du Conseil de Sécurité de l’ONU ayant le droit de véto, un privilège, qui pour rappel, permet à son détenteur de bloquer toute résolution ou décision, quelle que soit l'opinion majoritaire au sein de cette assemblée.

Cette décision, il faut le reconnaître, n’a pas suscité le même degré d’enthousiasme auprès des États membres de l’Union européenne qui continuent de s’accrocher à une rhétorique aujourd’hui éculée, consistant en “un soutien passif” d’une solution politique mutuellement acceptable etc… Une posture qui les largue au ban de la dynamique internationale en cours, pendant que d’autres acteurs, qui ont saisi la balle au bond et ont surtout compris que la géopolitique mondiale est en train de changer, se positionnent tranquillement sur l’échiquier ô combien stratégique de la région.

Avec une flotte de pêche qui opère principalement dans les eaux poissonneuses des provinces du sud, les accords agricole et aérien dont l’étendue géographique va de Tanger à Lagouira, l’Union européenne reconnaît dans les faits et le droit des traités la souveraineté du Maroc sur son Sahara, sans compter les centaines d’entreprises européennes qui fructifient leurs affaires dans la région. Alors pourquoi se complaire dans les déclarations à demi-mot, ne pas franchir le Rubicon et pousser franchement vers “cette solution politique” en adoptant solennellement la marocanité du Sahara dans sa littérature politique et laisser à l’ONU le soin de mettre en œuvre les modalités pratiques du statut d’autonomie dont tout le monde vante le caractère sérieux et crédible ?

Avec le même degré d’enthousiasme, fade et sans panache, l’Union européenne a accueilli le rétablissement des relations du Maroc avec Israël qui, pourtant, préfigure un changement de paradigme à l’égard de ce pays qui n’est plus perçu dans le monde arabe comme un ennemi mais plutôt un allié et un partenaire dans la recherche de la paix, la sécurité et le développement de toute la région MENA.

La conception européenne du processus de paix au Moyen-Orient se trouve ainsi dépassée, à moins que l’UE ne prenne une initiative plus courageuse en faveur de cet élan qui brise les tabous et cherche à étendre et à consolider la sphère de la paix, surtout que grâce à l’accord avec les Emirats arabes unis, Israël a accepté de renoncer à son projet d’annexion d’une partie de la Judée et Samarie en Cisjordanie– principale pierre d’achoppement pour l’UE- et qu’à la faveur de la Déclaration tripartite entre le Maroc, les États-Unis et Israël et des garanties apportées par le Royaume pour une solution à deux Etats, les droits de tout un chacun sont préservés.

Le Maroc renforce ainsi son rôle d’acteur incontournable dans la résolution du conflit Israélo-palestinien. Un premier rendez-vous est déjà pris dans le cadre de ce processus : la 21è Session du Comité Al-Qods se tiendra prochainement au Maroc. Une nouvelle donne au Sahara,  une nouvelle réalité au Moyen-Orient, voilà qui devrait donner matière à réfléchir à une diplomatie européenne qui ne saurait rester à la traîne.