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Éteignez vos Smartphones !

Par Boutaina Rafik
Les grandes firmes du Silicon Valley manipulent les usagers des réseaux sociaux afin de les maintenir engagés sur leurs plateformes ©MAP/EPA
Les grandes firmes du Silicon Valley manipulent les usagers des réseaux sociaux afin de les maintenir engagés sur leurs plateformes ©MAP/EPA
Et si les réseaux sociaux avaient une face cachée, plus sombre qu’on ne le croit ? “Derrière nos écrans de fumée” tente, sur un ton accusateur, de percer les secrets de la Silicon Valley, en donnant la parole à d’ex-cadres “repentis”. Des témoignages accablants !

“Qu’est-ce qui vous inquiète le plus dans le développement exponentiel des réseaux sociaux”, lance la personne derrière la caméra à Tim Kendall, ancien responsable de la monétisation de Facebook et ex-directeur de Pinterest qui répond avec un soupir “A très court terme ? La guerre civile”.

Le ton est alors donné. “Derrière nos écrans de fumée”, documentaire de Jeff Orlowski sorti le 9 septembre sur Netflix, ne compte pas faire d’éloge aux réseaux sociaux. Bien au contraire, ce réquisitoire de 1h34 min met en garde contre l’“algorithmisation” de nos vies par ces réseaux. Derrière, le documentaire cherche à travers les témoignages des repentis de la Silicone Valley d’expliquer les mécanismes de fonctionnement de google, Facebook, Twitter, Instagram, etc... Et de mettre à nu un modèle économique qui considère les usagers (ou leur attention) comme une marchandise.

Dans les arcanes de la Silicon Valley 

Economie des clics, désinformation, addiction, dépression, polarisation des débats et isolement sont autant de dangers évoqués par les invités qui se succèdent devant la caméra et qui livrent leurs impressions, expériences et leurs inquiétudes par rapport à l’usage des réseaux sociaux.

Le message est clair, les grandes firmes du Silicon Valley manipulent les usagers des réseaux sociaux afin de les maintenir engagés sur ces plateformes. Comment ? la réponse est simple. Grâce à des algorithmes basés sur l’intelligence artificielle et le machine Learning. Des algorithmes qui s’adaptent, évoluent et deviennent de plus en plus intelligents, plus intelligents que les ingénieurs qui les ont conçus. “Seule une poignée de personnes, chez Google ou Facebook, comprennent réellement ces logiciels” et “même ces personnes ne pourront pas prédire l’évolution de ces algorithmes”, avoue un des invités.

Pour mieux expliquer ce message, Jeff Orlowski a recours à un petit artifice. Il crée une famille fictive composée d’un père, d’une mère, de deux adolescents dont l’usage abusif des réseaux sociaux poussera le fils à s’isoler, tandis que la fille développe une mauvaise image d’elle-même. Face à eux, trois acteurs jouent le rôle des algorithmes, qui ont pour but de maintenir le garçon accroché à son téléphone et lui vendre des publicités ciblées.

Cette mise en scène marche. Elle permet de visualiser les grands principes qui régissent les réseaux sociaux et les conséquences qu’ils peuvent avoir sur la radicalisation du débat politique, la communication au sein de la famille et entre amis, le bullying dans les écoles, etc. 

Un espace virtuel à humaniser 

Au côté des témoignages illustrés par le drame de la famille fictive, le documentaire reprend des extraits de cours de psychologie enseignés aux futurs cadres des géants de la technologie. Ces cours ont pour principal objectif de montrer aux ingénieurs les techniques pour capter l’attention des usagers des réseaux sociaux.  

Toutefois, le documentaire de Jeff Orlowski n’est pas fait que d’inquiétudes et de pessimisme. Il se termine sur une note positive notamment à travers les propositions des invités pour remédier aux dangers de ces plateformes. Humaniser les algorithmes, créer le cadre juridique adéquat, limiter le temps de connexion des jeunes, communiquer avec eux sont autant de propositions faites par les experts. Il n’est pas trop tard ! Il suffit de rompre avec le modèle économique existant et relancer le débat pour que ça s’arrange, concluent les experts.

Une fois le générique terminé, et sans qu’on le lui demande, Netflix a lancé le premier épisode de la série “Friends”. Il semble que l’algorithme est partout !