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Femmes iraniennes: voile religieux ou opération charme ?

Par Sara Ait Lahmidi
Une autre manière, stylée et ostentatoire, de porter le voile ©DR
Une autre manière, stylée et ostentatoire, de porter le voile ©DR
Qui a dit que voile et charme étaient incompatibles ? Pour contourner les lois rigides du pays, certaines Iraniennes ont plus d’un tour dans leur sac. Tchador light, accessoires, bijoux... Le voile à l’iranienne devient un instrument de séduction plutôt qu’un habit religieux.

Loin d’être une marque de spiritualité ou de piété, et selon les régions et les cultures, le port du voile islamique tend très souvent vers la souplesse, ou a contrario, vers la normalisation, parfois appuyée par la loi.
Porté en signe de droiture symbolique, par obligation ou par habitude, le voile peut être utilisé en hameçon et finit en véritable opération de séduction. En effet, là où le lien est souvent fait entre voile et chasteté, la carte de la piété peut être jouée pour duper. Avec quelques mèches recouvertes de foulard tombant, la chemise courte et le pantalon moulant laissant apparaître les rondeurs, l’envie de plaire en rivalisant sur le plan des vertus fait souvent tourner la discrétion à la provocation.

Couleurs, accessoires, maquillage, le “Tchador” fait sa mue

Dans une optique d’uniformisation de l’apparence, la loi iranienne oblige les femmes à se couvrir l’ensemble du corps. Néanmoins, même si cette loi stipule que les femmes qui apparaissent dans des lieux publics sans voile risquent d'être condamnées à des mois de prison, la manière de vivre l’obligation du port du voile islamique a pris, peu à peu, différentes apparences. Au travail ou en dehors, les règlements sont assez flous et cette obligation a connu de nombreux changements et interprétations.
Or, bien que ces codes soient basés sur le port de vêtements amples dissimulant les formes, le voile islamique en Iran a parcouru un long chemin. Alors qu’on discute toujours ce qui est interdit et ce qui est toléré, les femmes iraniennes sont contraintes à respecter certains codes vestimentaires dictés par la loi, mais osent tout de même adopter un style complètement extravagant.
En effet, le “Tchador”, terme qui signifie littéralement “tente” et qui désigne un long tissu noir ou coloré cachant l’ensemble du corps et ne laissant voir que le visage, est devenu très présent dans la société iranienne. Actuellement obligatoire pour certaines fonctionnaires et à l’entrée des lieux sacrés, le port du “Tchador” est toutefois concurrencé par de nouvelles tendances vestimentaires. En l'occurrence le “manto”, sorte de veste simple et large mais aux couleurs vives, devenu pièce essentielle de la garde-robe des jeunes femmes iraniennes.
D’ailleurs, malgré le contexte tendu et la polémique autour du voile obligatoire, les jeunes iraniennes revendiquent le droit d’aimer la mode et de porter le voile avec style. En jeans ou jupe longue, la moitié des cheveux couverts d’un foulard léger, vêtu de cardigan coloré cachant la taille mais laissant voir les avant-bras, les écharpes de certaines jeunes iraniennes glissent de plus en plus, nonchalamment sur les épaules sans véritable souci.

Malgré les lois rigides, les Iraniennes sont de plus en plus dans l'air du temps ©MAP/EPA
Malgré les lois rigides, les Iraniennes sont de plus en plus dans l'air du temps ©MAP/EPA


En plus des articles de mode les plus tendances, les Iraniennes misent sur les accessoires et les produits de beauté pour afficher des looks trendy. Le vernis à ongles flashy, l’art du maquillage maîtrisé et les bijoux imposants, rien ne semble arrêter ces hijabistas qui transforment les rues de la République en podiums.
Par ailleurs, alors que plusieurs Iraniennes militent pour la liberté du port du voile, les stylistes mènent une autre bataille. En effet, contrairement à plusieurs pays, le sur-mesure en Iran n’est pas vraiment un luxe et la majorité des vêtements comme les manteaux et foulards est produite à l’intérieur.
A travers une créativité basée, principalement, sur le contournement des règles et des contraintes et le détournement des modèles traditionnels, les designers iraniens s’inspirent de plus en plus des tendances occidentales. Ajout de couleurs, impression trendy et design de coupes cintrées, les créateurs proposent des modèles personnalisés permettant ainsi à chaque femme de se vêtir à son goût. En plus, ces designs, dont la vente se fait en ligne ou dans des show-rooms privés, ne tardent pas à être copiés par d’autres fabricants et mis sur le marché, le tout en faveur d’une mode islamique purement iranienne.

Discrétion Vs séduction

S’envelopper d’une abaya noire comme en Arabie Saoudite, se vêtir d’un manteau jusqu’aux chevilles comme en Turquie, ou laisser dépasser une frange brushingée sous le foulard comme aux Émirats Arabes, aux allures désinvoltes, le port du Hijab est avant tout une question de choix qui peut vite s’associer aux effets de mode.
Bien que communément être couverte sans laisser apparaître sa ligne garantit un minimum de discrétion, certaines femmes voilées aux diverses motivations adoptent la “fashion attitude” sans tracas. Entre se couvrir de la tête aux pieds ou cacher uniquement ses cheveux, les degrés de la discrétion diffèrent, et au gré des tendances, le port du voile prend différentes formes. Par conséquent, en passant d’une Abaya noire à des vêtements près du corps, le port du voile balance entre le choix de la discrétion et l’envie d’attirer l’attention.
Toutefois, si le voile est considéré comme un signe extérieur de chasteté, c’est en fonction de l’ouverture et de la fermeture des chemisiers, de leurs longueurs ou de leurs ornements que les stéréotypes et les mobiles se traduisent différemment. Pour la jeune Najoua, se couvrir est un moyen de se protéger du harcèlement dans la rue. “Je préfère porter des vêtements amples. Il s’agit pour moi de fuir les regards et de garder une distance”, précise-t-elle à BAB. À l’opposé, les exemples sont nombreux de femmes voilées mais pourtant serrées dans des tenues dévoilant abondamment de peau. Cependant, en combinant tenues voyantes et maquillage lourd, ces hijabistas au look excessif produisent l’effet inverse, celui de susciter l’attention.
Néanmoins, se voiler sans pour autant se couvrir entièrement et choisir une apparence plutôt coquine est objet de maintes critiques. Approché par BAB, Hamza nous explique que ce voile “light” traduit visiblement d’autres intentions. “À mon sens, le mauvais port du voile accompagné d’un maquillage attirant renvoie des messages confus, une sorte de double intention entre l’envie de pratiquer la religion et celle de jouir des plaisirs de la vie”, précise-t-il.

Une tendance de Tchador ultra-light, bijoux et accessoires voyants, maquillage lourd...©MAP/EPA
Une tendance de Tchador ultra-light, bijoux et accessoires voyants, maquillage lourd...©MAP/EPA


Interrogée au sujet de son apparence, maquillée et les cheveux à moitié découverts, du haut de ses talons aiguilles Lamia nous affirme que son look charmeur revêt une autre dimension. “Le voile n’est pas contradictoire avec la mode ou l’élégance. D’ailleurs, avec mon hijab moderne, les hommes s’intéressent à moi comme une fille à la fois sérieuse et libre”, se confie-t-elle.
Symbole religieux mais également élément majeur de l’identité culturelle d’une communauté, le port du voile peut être associé à une tendance vestimentaire. Niqab, hijab ou turban, nombreux sont les styles adoptés par les femmes musulmanes. Or, si les déclinaisons se font nombreuses, celles-ci diffèrent selon les motivations et les contraintes. Ainsi, l'exploitation du sacré à des fins de séduction fait perdre au voile, peu à peu, son sens initial.

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