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Feu Melehi, un flambeau de l’art moderne

Par Amine Harmach
Mohamed Melehi ©DR
Mohamed Melehi ©DR
Mohamed Melehi, ce monument de la créativité artistique moderne nous a quittés, laissant derrière lui une œuvre inestimable qui a fait l’objet de nombreuses expositions dans le monde entier. Repos à l’âme de cet artiste novateur aux multiples facettes !

La pandémie a fait perdre à l'art plastique marocain contemporain un de ses pionniers. Mohamed Melehi est décédé le 28 octobre 2020 à Paris. Mais son œuvre reste immortelle.

Comme si les ondes qui animent ses peintures, leurs formes sensuelles et couleurs fulgurantes et fraîches avaient pour but de saisir, comme une danse mystique, en même temps l'instant présent, l’absolu et le monde en mouvement. Son œuvre n’a pas d'âge: toujours inscrite dans la modernité tout en étant profondément ancrée dans les racines de l’artiste. Il a su déceler dans sa culture et celle des autres l’universel, synthétisant l’art moderne occidental et l’art africain, dont l’art populaire marocain est une des expressions. Pour ce faire, ce natif d’Assilah en 1936 n’a jamais hésité après ses deux ans d’étude à l’école des beaux-arts de Tétouan (1953-1955) à aller à la rencontre de l’autre, sillonner le monde pour compléter son apprentissage d’artiste, se connaître lui-même jusqu’à devenir ce qu’il est, cette référence de l’art plastique marocain contemporain distinguée aux niveaux national et international.

Porte-étendard de l'art marocain à l'international 

Sa première toile, Mohamed Melehi l’avait vendue à 300 dirhams à ses débuts en 1957. Récemment, quelques mois avant son décès, le 28 octobre 2020 à Paris à cause du Covid, une peinture de l'artiste marocain, réalisée en 1963 à New York sous l’intitulé “The Blacks”, a été adjugée à plus de 5 millions de dirhams, battant tous les records aux enchères de Sotheby's de Londres (du 27 au 31 mars 2020) consacrées à l'art moderne contemporain en Afrique et au Moyen-Orient.

Loin est le temps où cet artiste épris de liberté était perçu comme un ovni par la doxa de l’art au Maroc dominée par une culture classique et mimétique de l’art pictural héritée de l’école artistique française. Loin est le temps où on l’accusait d'avoir importé son approche de son périple américain dans les années 60, périple artistique précédé par ses études en Espagne et en Italie, avant de revenir s'installer définitivement au Maroc en 1964 pour transmettre son art et enrichir son langage.

Un plasticien aux multiples facettes

“La modernité existe dans toutes les cultures, il faut juste avoir la loupe pour en déceler les contours, l'interpréter et la mettre en application”, disait-il en substance, donnant pour exemple les tapis et bijoux berbères qu’il installait dans ses expositions pour en montrer la résonance avec ses œuvres.

Dans son atelier, son laboratoire, il travaillait en réfléchissant, en luttant contre la matière, tentant de dompter la forme avec rigueur.

Passant par une multitude d’expériences, notamment l’Action Painting, la peinture organique, la peinture spatiale, le dripping… collage, verticalisme, minimalisme et couleurs, traceront son chemin. Un langage qu’il développera tout au long de sa carrière, toujours soucieux de transmission, de dialogue et de correspondance avec d’autres disciplines, notamment la littérature, la photographie, la sculpture, l’architecture et la musique, etc.

Un intellectuel engagé

Connu pour sa créativité et son goût esthétique soucieux du renouvellement du patrimoine artistique national et de son enrichissement, feu Melehi est parmi les artistes les plus actifs et engagés de sa génération. Outre sa vocation d'artiste, il est aussi un pédagogue chevronné qui a enseigné à l'École des Beaux-Arts de Casablanca
de 1964 à 1969.

 Il crée avec Abdellatif Laâbi et Mustapha Nissaboury la revue “Souffles” qui est suivie, au début des années 1970, par la revue artistique et littéraire “Intégral”. Melehi est aussi le fondateur de la maison d’édition et de production cinématographique
“Shoof”.

En 1978, il cofonde avec Mohamed Benaïssa l’Association culturelle “Al Mohit” et le Moussem culturel international d’Assilah. Feu Melehi a également occupé des postes de responsabilité aussi bien au ministère de la Culture qu'à celui des Affaires étrangères.

 

Actif, curieux et engagé tout au long de sa vie, Feu Melehi a toujours milité pour un accès à la culture pour tous. Le défunt était intimement convaincu du rôle de l’art comme indicateur de progrès pour la société. Il a tout fait pour transmettre sa flamme.