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Hijab “light”: quand le voile revendique sa liberté !

Par Charaf Nor
Sara Coelho Ansari, influenceuse et mannequin marocaine ©DR
Sara Coelho Ansari, influenceuse et mannequin marocaine ©DR
Le voile “light”, c’est le choix de celles qui veulent se couvrir tout en restant “à jour”. Ce style vestimentaire, revendiqué et assumé par de nombreuses femmes, donne lieu à un look mi-figue mi-raisin: couvre-chef, tops moulants, jeans serrés, couleurs flashy…

Mettre un jean ou un pantalon serré avec un haut simple, soit-disant un peu léger, avec un morceau de tissu sur la tête, est un style qu’adopte une large catégorie de femmes dans le monde arabe, qui disent porter un voile “light”.
Ce type de voile, tantôt critiqué tantôt apprécié, offre une certaine liberté vestimentaire qui permet de suivre les dernières tendances de la mode et ainsi de porter son voile de différentes façons.
La personne portant ce voile, dit “light” ou léger, se permet de laisser apparaître quelques mèches de ses cheveux, ou son cou ou carrément une partie de ses épaules, selon la forme du haut porté et de son couvre-tête. Ce dernier peut être un châle, un foulard, un fichu, un turban, un chapeau, un béret ou un bonnet.
Ce style n’est pas passé inaperçu lors de son entrée sur la scène vestimentaire. Il a fait l’objet d’une polémique mais aussi d’une vague d’humour noir et de moquerie de la part des internautes et de la société également.
S’habiller à la “Rotana en bas et Iqraa en haut” ou à la “Amr Khaled (télé-prédicateur égyptien) en haut et Amr Diab (chanteur égyptien) en bas”, sont des exemples des expressions qui se moquent et critiquent à la fois le voile en question.

Mode et Hijab, faire d’une pierre deux coups

Du point de vue du sociologue Mustapha Chagdali, le voile “light” est l’interprétation de deux positions en une seule. Cela veut dire que la personne se permet de porter librement des fringues comme bon lui semble et être en même temps voilée, sans toujours faire abstraction de la connotation religieuse et de la portée significative du voile.
L’enjeu du voile ‘light’ d’après M. Chagdali est d’être à la fois dedans et dehors, d’être voilée mais avec modération. Selon la théorie de l'américaine Leon Festinger, “la dissonance cognitive”, l’être humain se trouve continuellement confronté à des situations qui vont à l’encontre de ses croyances et, pourtant, il essaye de s’adapter avec.
Dans ce sens, M. Chagdali explique que ladite théorie explique bel et bien le phénomène du voile “light” dans la mesure où la personne veut en même temps montrer et cacher, être pudique et laisser ses cheveux mi-couverts. Sara Coelho Ansari, model et influenceuse, préfère parler pour sa part de “modest fashion” ou de “mode pudique”. Pour elle, le voile peut être intégré dans la “modest Fashion” et il faut juste savoir le marier avec des tenues tendances.
“Je préfère utiliser l’expression “mastoura” ou “modest”, qui signifie le fait de se couvrir les cheveux et d’adopter des tenues pudiques mais en étant à la mode, pour décrire mon style”, dit-elle, ajoutant que le fait de travailler dans la mode à Paris lui a permis de découvrir les tendances et de rester à jour par rapport aux nouveautés. “C’est ainsi que j’ai appris à mixer mon voile à mon propre style vestimentaire”, confie-t-elle à BAB.

Un voile “génétiquement” modifié

Pour Fatima, une jeune enseignante avec un voile laissant paraître une partie de sa chevelure, ce style l’arrange et lui permet de porter de jolis vêtements, d'être belle et de satisfaire ses envies en terme de coupes et de couleurs.
“C’est vrai que je porte ce voile pour des raisons religieuses mais cela ne m’empêche pas d’avoir une certaine liberté de choix dans mes habits”, dit-elle à BAB, ajoutant que “j’admets que c’est un peu contradictoire mais c’est le cas de plusieurs femmes de nos jours”.
Vu la polémique autour du voile dans le monde, on a essayé de lui donner une autre connotation à part celle religieuse, dit M. Chagdali, ajoutant que les créateurs de mode, qui sont en fait des créateurs de contenu, ont inventé le concept de la “modest fashion” pour pouvoir commercialiser ce voile qui fait scandale dans de nombreux pays étrangers d’une manière très soft et bien étudiée, à travers des vêtements longs et couvrants, dits pudiques.
“Tout comme les légumes et les fruits et bien d’autres choses, on peut dire que le voile a aussi été génétiquement modifié pour s’incruster et prendre place au milieu des tendances actuelles”, explique M. Chagdali.
“Les habits ont une connotation à la fois culturelle, religieuse, sociologique et psychosociologique. Porter un vêtement, c’est porter un langage et une signification sociale”, renchérit-il.
Interrogée sur son voile, Sara Coelho dit que la décision de porter le voile n’a pas été chose facile dans un pays étranger où il y a une vraie discrimination.
“Ayant grandi en France où le port du voile nous a été interdit, j’ai choisi de le porter de cette façon, même si on ne cesse de la critiquer, l'essentiel c'est que je me sens à l’aise”, raconte-t-elle à BAB.

Le bien-être passe avant tout !

“Quoiqu’on fasse, on va vous critiquer, mais l’essentiel est de se focaliser sur son bonheur et son bien-être et être en bons termes avec le bon Dieu. Pour moi, le reste n’est plus qu’un détail”, affirme Sara, avec conviction.
M. Chagdali dit à ce propos que la critique sociale met le doigt sur ce sujet d’une façon comique en faisant référence à l’expression citée en-dessus “Rotana-Iqraa”. “Cela explique toujours l’état psychologique de l’individu qui est entre deux modèles: un pour ici et un autre pour ailleurs. S’habiller de cette façon peut révéler un type de personnalité dichotomique. Certes, c’est un mélange difficile à comprendre mais en se référant à la théorie de la dissonance cognitive on peut dégager du sens”, relève-t-il.
La société se métamorphose, la mode ne cesse de se développer et le voile également. Chacun le porte selon ses propres convictions et de sa propre façon, light ou entier ! Ainsi, plus qu’une question de look ou de mode, il s’agit d’une manière d’être, de vivre librement ses valeurs et d’être bien dans ses
baskets.

 

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