“Hold up”, quand la théorie du complot devient virale

Par Boutaina Rafik
Le documentaire “Hold-up” fait polémique ©DR
Le documentaire “Hold-up” fait polémique ©DR
On ne parle que de lui. Controversé depuis sa sortie, le documentaire Hold-Up qui, selon son producteur, est une enquête sur les “mensonges”, “manipulations” et “corruption” autour du Covid-19, fait polémique sur les réseaux sociaux et les médias. Décryptage.
Le documentaire sobrement intitulé “Hold-up” fait polémique. Visionné des centaines de milliers de fois puis censuré sur la plateforme Vimeo, Hold-up a tous les ingrédients d’un documentaire et pourtant il n’en est pas un.
S’étendant sur une longue durée de 2h45, Hold-up porte très bien son nom et réussit à garder le suspens. Attaquant, tour à tour, les gouvernements, les médias et les spécialistes, le film laisse les spectateurs sur leur faim et interpelle sur la gestion du coronavirus.

Un opus qui met à nu le complot
Le documentaire fait intervenir 37 “experts (es)” filmés, sur fond noir, qui enchainent les accusations avec une musique dramatique en background. Ce sont Christian Perronne, chef de service des maladies infectieuses à l’hôpital Raymond-Poincarré de Garches (Hauts-de-Seine), Xavier Azalbert, directeur de la publication de France Soir, Philippe Douste-Blazy, l’ancien ministre de la Santé, qui s’est dit scandalisé après l’avoir regardé, Monique Pinçon-Charlot, sociologue et bien d’autres.
Ces “experts” s’efforcent de décrire cet “autre virus” qui se répand à une vitesse inquiétante: la peur. Une peur alimentée par les décisions irrationnelles des gouvernements, une peur qui a été préétablie, répétée et tissée sur mesure pour obliger les populations à se confiner et les économies à s’effondrer.
En essayant de prouver aux téléspectateurs le complot dont a été victime l’humanité, Hold-up tombe dans ses travers et enchaîne sur une série de théories complotistes et de fausses informations qui ont déjà été fact-checkées: la crise du Covid-19 n’est qu’une vaste supercherie mondiale créée par Bill Gates, David Rockefeller et Jacques Attali qui veulent “réinitialiser le système financier”, quitte à transformer “la planète entière en salle d’expérimentation”.
Le documentaire nous montre des médecins dans la tourmente incapables d’exercer leurs métiers. Des blouses blanches qui prétendent être victimes des décisions de leur gouvernement, d’autres qui évoquent la dangerosité des masques, l'origine du virus, de son contrôle, ou encore des mesures de restriction, tout aurait été orchestré pour nuire en premier contrairement à la devise de la médecine “primum non nocere”.
Le film fait des rapprochements et des comparaisons dangereuses. En atteste l’intervention de la sociologue de gauche Monique Pinçon-Charlot qui estime que, comme “l'holocauste” à l'époque “des nazis”, la pandémie doit permettre d'éliminer les plus pauvres de la planète, devenus inutiles aux riches, soit 3,5 milliards de personnes.
Financé par une cagnotte en ligne (près de 200.000 euros rassemblés par plus de 5.000 personnes), Hold-up est efficace sur la forme, mais très approximatif sur le fond. Le documentaire multiplie les incohérences et les contre-vérités, voire les erreurs. Se prétendant une “enquête”, Hold-up ne donne la parole qu'à ceux qui remettent en cause la gestion de la pandémie, tout en multipliant les erreurs factuelles.

Les médias, pointés du doigt
Hold-up ne fait d’éloge à personne et surtout pas aux médias. La campagne médiatique qui a accompagné la gestion de la pandémie est sévèrement pointée du doigt pour complicité avec l'État. L’Agence France Presse (AFP) est particulièrement visée à la suite d’une dépêche publiée sur l’évolution des cas de contaminations. L’AFP est accusée de “publier des chiffres amplifiés” et de manipuler les journalistes. “Pour un journaliste, quand l’AFP publie, c’est dieu qui parle, sauf que dieu utilise de plus en plus de superlatifs”, déclare la voix off qui pose les questions, explique les documents et commente les décisions.
Aussi, Hold-up s’attaque à l’institut Pasteur, les intervenants évoquent “un brevet déposé par l'Institut portant création du coronavirus”. Bill Gates n’a pas été épargné non plus. Le milliardaire est accusé d’être aux commandes de l'épidémie et souhaiterait implanter des puces à l'humanité entière.
En somme, les questions abordées par Hold-up sont légitimes. Le monde vit au rythme d’une pandémie inédite, et de nombreuses questions demeurent sans réponses sur les plans scientifique et politique. Mais le malaise avec Hold-up est que les réponses précèdent les questions. Aucune preuve n’a été apportée, seules des opinions tirées des réseaux sociaux ont été présentées sans aucune trame de fond.