Homme galant, un homme de services !

Par Charaf Nor
Galanterie ©DR
Galanterie ©DR
Représentée dans l'imaginaire collectif comme étant l'art et la manière de mettre une femme en valeur, de nos jours la galanterie a d'autres connotations. Ces bonnes manières cachent-elles un homme bien élevé, un séducteur, un manipulateur, un sexiste ou bien un homme à personnalité effacée surnommé "3niba" à la marocaine? Voici quelques éléments de réponse.

Quelle femme n’aimerait pas qu’un homme soit galant et attentionné envers elle? qu’un homme lui tient la porte, lui tire la chaise pour s’asseoir, règle la note d’un restaurant... et bien d’autres gestes. Quelle femme n’aimerait pas se sentir privilégiée et favorite? Peut-être, dit-on, aucune. Mais franchement, au vu de tous les fléaux et les phénomènes sociaux qui animent notre quotidien, est-ce que notre société reconnaît ce qu’on appelle “la galanterie” ?

La galanterie, telle que définie dans les dictionnaires, est la qualité de celui qui est galant; qui a une politesse dans l’esprit et dans les manières. Elle se dit plus ordinairement des égards, des soins, des empressements pour les femmes qu’inspire l’envie de leur plaire. Elle consiste à laisser la priorité à la femme sur le seuil d'une porte, à lui céder sa place dans les transports en commun ou à l'aider à porter ses bagages. En général, il s'agit d'être prévenant et attentionné à l'égard des femmes et de leur témoigner du respect et de la considération. 

Vécue par beaucoup comme une forme de politesse et de savoir-vivre, elle est aussi considérée comme un moyen de séduction vu que certains la définissent comme étant un ensemble de propos flatteurs qu’on tient à une femme et des procédés qu’on emploie pour lui plaire. En tout, la galanterie est un code de conduite, d’origine européenne, que les hommes adoptent souvent sous la forme de propos, de gestes ou de compliments à l'égard des femmes. 

 

Aux origines de la galanterie

La galanterie est née dans les salons du XVIIe siècle, où on recevait les dames de la noblesse, des écrivains et des artistes de l’âge baroque et de l’âge classique.

Dans ce contexte, s’est développée la galanterie proprement dite qui ressemble beaucoup à la courtoisie médiévale.

Jugée trop progressiste au XVIIIe siècle, la galanterie fut la cible de personnalités comme le philosophe Jean-Jacques Rousseau qui s'indignait de voir les Français accorder tant d'importance à l'esprit et au jugement des femmes. Depuis, la galanterie peut être perçue comme archaïque et considérée comme une atteinte à l'égalité entre les hommes et les femmes.

Au XXe siècle, Simone de Beauvoir présente la galanterie française comme un système de domination des femmes, qui les empêche de s’exprimer.

 

La galanterie et l'évolution de la société moderne

Zineb Khoudraji, consultante experte en étiquette et protocole, dit que dans un premier temps, il faut oublier le côté baroque du terme “galanterie”, car, dans nos sociétés dites modernes, “certaines femmes sont peu réceptives à cette pratique qu’elles trouvent démodée. Cependant la galanterie a évolué elle aussi et on peut l’appliquer par des gestes d’autant plus appréciés qu’ils se font rares, comme celui d’ouvrir la portière d’une voiture à une dame par exemple. Ou bien de tenir la porte d’un immeuble ouverte pour laisser passer l’autre. C’est aussi savoir défendre une femme si elle est opprimée”.

D’après Mme Khoudraji, les Marocains, à l’instar d’autres peuples, peuvent se montrer galants. “Ils se proposent facilement d’aider à porter des charges lourdes ou bien régler la note au restaurant. Tout cela à condition d’avoir bénéficié d’une certaine éducation”, affirme-t-elle tout en attirant l’attention sur la distinction qu’il faut faire entre la galanterie et le machisme. “Une différence qui parfois ne tient qu’à un fil”, dit-elle. 

“Comme partout ailleurs, il est question de principes, d’état d’esprit et de caractère. A chaque femme marocaine d’y être sensible… ou pas. Fort heureusement, la galanterie ne s’est pas encore perdue au Maroc !”, souligne-t-elle. 

En revanche, la sociologue Soumaya Naamane Guessous estime que la galanterie, étant cet ensemble de codes européens qui peuvent changer d’une société à une autre, n’est pas propre à la nôtre. 

“Les codes qui forment la galanterie et qui consistent à aider la femme et à lui manifester de l’attention valorisent l’homme et font de lui quelqu’un de “galant”. Les femmes adorent les hommes galants, et les Marocaines en font partie, sauf que dans notre culture cela n’existe pas”, indique Mme Naamane Guessous. 

 

La galanterie est-elle une forme déguisée de sexisme?

Chez nous, la donne est différente. “on peut parler d’autres codes dans notre culture, mais pas de galanterie”, dit Mme Naamane Guessous en donnant l’exemple de certaines pratiques en vigueur dans certaines régions du Maroc, où on remarque que l’homme marche devant et l’épouse derrière, ou bien lui se tenant sur le mulet et sa femme le suit à pied. “Dans notre culture traditionnelle, l’homme cherche à prouver sa supériorité, sa notoriété et son pouvoir sur la femme”, relève-t-elle.

“Or, dans une culture où l’homme n’a pas besoin de prouver sa supériorité sur la femme, on peut considérer que cette attention fait partie des codes mais pas les codes marocains”, dit-elle.

Lesdits codes, d’après Mme Naamane Guessous, prouvent qu’être galant c’est situer la femme au même niveau que l’homme et du coup, l’homme reconnaît que la femme est son égale, sauf que les féministes refusent la galanterie parce qu’elle fait entendre que la femme est faible puisqu’elle a besoin de l’aide et de l’attention de l’homme de façon générale.

“Si on cherche l'égalité, on rejette automatiquement la galanterie”, remarque-t-elle.

Pour sa part, l’activiste et militante pour les droits de la femme Fouzia Assouli indique qu’on est bien loin du débat sur la galanterie dans un Maroc où l’en entend encore des hommes dire “la femme hachak” ou en marchant devant et la laissant derrière. 

“Il faut d'abord travailler sur le respect de la femme et le respect de son rôle dans la vie et dans la société et non pas parler de la galanterie car on est vraiment bien loin de là actuellement”, affirme Mme Assouli.

Selon elle, c'est très complexe et très difficile de parler de la galanterie au Maroc dans le contexte actuel. “Pour le moment , ce qui est prioritaire, c'est de défendre l'égalité des rôles entre l'homme et la femme”.

Le concept européen de la galanterie est propre aux sociétés aristocratiques et on ne peut pas l'appliquer tel qu'il est chez nous. “Au Maroc, on peut parler de politesse et de bonnes manières qu’adopte chacun de nous. Cela dépend de l’éducation et du milieu où on grandit. Notre culture et nos traditions aussi jouent un rôle très important dans la manière avec laquelle on se comporte avec une femme”, précise Mme Assouli.

 

Trop de galanterie, tue la galanterie

Comme dit Sénèque, “en tout, l’excès est un vice”. Il ne faut pas user de trop de galanterie. De l’avis de Mme Khoudraji, il faut éviter de “trop en faire”, de tomber dans des attitudes excessives ou condescendantes. “La femme doit se sentir respectée vis à vis à des gestes empreints de délicatesse, mais il ne faut pas lui signifier par là qu’elle est fragile, ou pire, faible ou vulnérable. En ce sens, l’homme doit faire preuve de sobriété, pas de lourdeur”, explique-t-elle.

La galanterie est l’expression d’une politesse empressée et flatteuse d’un homme envers une femme, les compliments peuvent en faire partie. C’est aussi une preuve de maturité. Alors que la courtoisie et la politesse peuvent s’assimiler à des gestes de civilité, de bonne conduite et concernent tout un chacun, y compris les enfants.

D’après Mme Naamane Guessous, les hommes maintenant savent bien que les femmes aiment l’homme galant et attentionné, surtout celles sensibles à fleur de peau, lors de la phase de séduction et d’admiration. Dès que l’homme atteint la femme qu’il veut et se marie avec elle, la galanterie fait ses valises, disparait dans la nature et fait partie du passé.

 

Galant ou “3niba“, la galanterie vu par les Marocains

Dans sa version marocaine, l’homme galant est souvent surnommé “3niba”, explique Mme Naamane Guessous. “C’est un homme gentil avec les femmes, attentionné, serviable, prévenant, avenant, courtois. Il apprécie la compagnie des femmes qu’il séduit par un langage aimable, parfois romantique. Il est toujours entouré de femmes”.

Dans un article paru sur le360.ma, Mme Naamane Guessous indique que “3niba”, à l’image de la cigale qui chante pendant que les raisins murissent, est un flatteur qui chauffe les femmes, les fait mijoter à petit feu, et quand elles sont bien cuites, il est incapable de consommer. Ces femmes, prêtes à être séduites et à passer à l’acte, vont être cueillies par d’autres hommes, des vrais, qui vont les avoir sans avoir fourni d’effort! Le proverbe marocain dit bien: “Tayab la3nibe ma taydouquouche” (La cigale chante mais ne mange pas le raisin).

“Les conséquences de cette stigmatisation de l’homme avenant, galant, portent atteinte à toute expression masculine de l’amour et au lien d’amitié entre les deux sexes. Qualifier un homme de 3niba est une atteinte à sa dignité et sa virilité, mais également à la femme, réduite à un simple sexe ambulant”, poursuit Mme Naâmane Guessous, ajoutant que “le mot 3niba rend la relation homme/femme bestiale, basée uniquement sur le sexe. Il porte atteinte à la femme en la réduisant à une proie sexuelle à la disposition des hommes”.

Malheureusement, “les femmes marocaines aiment avoir de l’attention et être entourées d’hommes galants, mais se moquent de l’homme lorsqu’il agit de la sorte en le qualifiant de 3niba. Du coup, les hommes aujourd’hui ne savent plus comment se comporter avec les femmes de peur qu’on les traite de 3nibat”, dit Mme Naâmane Guessous.

Selon Mme Khoudraji, la galanterie reste un code de conduite élégant si elle est savamment dosée. Elle est censée exprimer la gentillesse et les égards. “Beaucoup voient la galanterie comme un moyen de séduction mais on peut rester galant tout au long d’une vie de couple. C’est par définition un état d’esprit et une attitude loin du harcèlement qui est un comportement hostile”. 

La galanterie reste l’apanage des hommes, c’est un acte à connotation “chevaleresque”. 

D’ailleurs le substantif n’existe qu’au masculin “un galant” voire “un gentleman”, précise Mme Khoudraji. 

“On imagine mal une femme tirer la chaise pour un homme au restaurant ou lui proposer son manteau si monsieur grelotte. Cependant il n’y a aucune contre-indication à offrir un bouquet de tulipes à un ami qui se propose de vous préparer un petit dîner chez lui”.