Il était une fois au Maroc... la chasse au choléra

Par Meriem Rkiouak
©MAP/EPA
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De tout temps, le Maroc fait preuve de célérité et de sens d’anticipation quand il s’agit de prévenir ou de lutter contre les épidémies. L’exemple le plus notoire est celui de la propagation, au début des années 1970, de la pandémie du choléra.

Face à la propagation du coronavirus à travers le monde, la réponse du Maroc ne s’est pas fait attendre. Dès l’annonce du premier cas de contamination en Algérie voisine, les autorités publiques se sont mises sur le qui-vive. Le ministère de la Santé a ainsi annoncé, fin février, la mise en place d’un rigoureux dispositif de surveillance virologique et de prise en charge d’éventuels malades. De tout temps, le Maroc fait preuve de célérité et de sens d’anticipation quand il s’agit de prévenir ou de lutter contre les épidémies. L’exemple le plus notoire est celui de la propagation, au début des années 1970, de la pandémie du choléra.
Le choléra était endémique au Maroc, comme dans la plupart des pays du sud, depuis la 7ème pandémie mondiale, qui a démarré en 1936 et qui a atteint le continent africain en 1971. Après une accalmie, le Royaume a connu une flambée en 1989-90 qui a été la dernière. Le dernier cas de choléra a été enregistré en 1997, date d’annonce de l’éradication définitive du fléau. Voici le récit:
 

1er juillet 1971: premiers cas de choléra signalés à Nador

Le ministère de l’information communique:
“Dès son retour, à Rabat, une réunion interministérielle présidée par le premier ministre, sur ordre de sa Majesté le Roi, a arrêté les mesures suivantes:
- En ce qui concerne la province de Nador où les cas ont été décelés, un quadrillage sanitaire rigoureux est mis en place;
- La vaccination de la population de cette province sera entreprise à partir de demain matin;
- Les postes frontaliers donnant accès à la province de Nador seront bloqués pendant une semaine pour les sorties du Maroc;
- L’accès de cette province ne sera autorisé par ces postes frontaliers que sur présentation d’un certificat de vaccination, à partir du 2 juillet à zéro heure;
-Tous les voyageurs en partance du Maroc, à partir du 2 juillet, devront être porteurs d’un certificat de vaccination;
- À cet effet, des postes sanitaires seront installés dans tous les aérodromes et aéroports du Royaume.

3 juillet: les autorités espèrent éviter la propagation de l’épidémie

“L'épidémie du choléra dont les signes ont été constatés à Nador ne s’étendra pas sur d’autres régions du royaume, et ce, en raison du fait que les dispositions prises ont pour but de circonscrire le mal”, a déclaré par téléphone un responsable à Nador au correspondant de la MAP à Oujda.
L’opération de vaccination préventive, a-t-il dit, se déroule dans les meilleures conditions et tout porte à croire que l’état de santé de ceux qui sont atteints dans cette province ira en s’améliorant. Il faut qu’on sache, a-t-il conclu, que les mesures arrêtées par le ministre de la Santé publique tendent à enrayer cette maladie contagieuse promptement et définitivement”.

5 juillet: 56 cas non mortels recensés au Maroc, selon l'OMS

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a annoncé à Genève que 56 cas de choléra non mortels lui ont été déclarés par le gouvernement marocain.
Tous ces cas ont été enregistrés dans la province de Nador, située dans le nord du pays. On croit savoir, toujours selon l’OMS, que la maladie a été importée du préside occupé de Melilla.

13 juillet : Pasteur rassure: “Les Marocains peuvent s’endormir sur leurs lauriers”

Le directeur de l’Institut Pasteur déclare:
“Depuis plusieurs années, le Maroc a été chargé de préparer de nombreux vaccins parmi lesquels le vaccin anticholérique. Des millions de doses ont été fournies, de sorte que ce qui importe de savoir aujourd’hui, c’est que les besoins de la population marocaine sont entièrement couverts, non seulement sur le plan vaccination, mais aussi sur le plan des différents produits de laboratoire qui permettront de faire des diagnostics. En réalité, il y a peut-être une chose beaucoup plus importante encore, c’est la prévention du choléra par la vaccination et l’information de la population sur le rôle majeur de l’hygiène. Ceci est capital: les gens se précipitent. C’est une panique effroyable qui n’a aucun sens, alors que bien entendu on peut par la vaccination éviter plus ou moins le choléra (...), en étant propre par l’hygiène individuelle et en évitant de boire des eaux polluées (...) Le choléra n’est pas une puce. Il s’attrape par la douche et aussi par l’autre extrémité du tube digestif. Par conséquent, soyons propres, soyons vaccinés”.

28 août 1972: certificats de vaccination exigés des Marocains se rendant en Yougoslavie

L’ambassade de Yougoslavie à Rabat a annoncé que les ressortissants marocains se rendant en Yougoslavie doivent être munis de certificats de vaccination contre le choléra. Le communiqué de l’ambassade ajoute que cette décision a été prise à la suite des communications de l’organisation mondiale de la santé (OMS) faisant état de cas de choléra dans certaines régions du nord du Maroc et notamment dans les régions de Nador, Fès et Kénitra.

22 août 1990: après 18 ans, le choléra réapparaît à Meknès, Fès et Taza

Communiqué du ministère de la Santé:
“Certains organes de presse et des médias ont fait état de l’apparition de cas de choléra dans la province de Meknès. En effet, 24 cas ont été confirmés par les laboratoires. Il y a lieu de signaler également que d’autres cas ont été déclarés dans d’autres provinces notamment à Fès et Taza.-
Il est utile de rappeler que le choléra est une gastro-entérite causée par un vibrion, en l'occurrence du type El-TOR OGAWA, qui ne revêt plus le même caractère dramatique que dans le passé. Les maladies dépistées sont toutes prises en charge par les services sanitaires, qui disposent de tous les moyens nécessaires pour cela.
Les principaux facteurs de transmission de cette maladie sont la consommation d’eau contaminée ou d’aliments souillés et une hygiène individuelle défaillante.
De ce fait, il est recommandé à la population les mesures suivantes:
-Ne boire que de l’eau potable. Si l’eau provient d’un puits ou d’une source non traitée, la faire bouillir avant de la consommer.
-Bien laver les crudités et les aliments consommés crus, avec l’eau potable ou bouillie.
-Se laver les mains avec du savon et de l’eau, avant de toucher aux aliments.
-Faire bouillir le lait avant de la consommer.

03 septembre 1990 : le bilan du directeur de l’épidémiologie

Contacté par la MAP, à la suite des informations faisant état de l’existence de cas de Choléra dans un certain nombre de provinces du royaume, le Dr. Othman Akaly, directeur de l'épidémiologie et des programmes sanitaires au ministère de la Santé publique a fait la déclaration suivante:
- 80% des cas déclarés se situent dans les trois provinces de Fès, Meknès et Taza.
2 - D’autres provinces et préfectures limitrophes ont enregistré aussi quelques cas, dus à la population des cours d’eau qui les traversent (l’Oued Sebou et l’Oued Boufekrane).
3 - Le choléra, malgré sa connotation péjorative et historique, n’a pas la gravité qu’on lui connaissait. Le taux de létalité, qui en l’absence de traitement est de 50%, est au Maroc, inférieur à 30%.
4 - La prévention est essentielle. Elle consiste surtout à désinfecter les points d’eau de boisson et à donner des conseils aux populations exposées. C’est à quoi, le ministère de la Santé publique, aidé et soutenu efficacement par les autorités locales s’attèle, depuis le début de cette flambée.
Il faut, comme cela a été dit maintes fois, ne consommer que de l’eau potable des réseaux des villes en cas de doute, faire bouillir cette eau ou la traiter par quelques gouttes d’eau de Javel. Également, pour les crudités, soit les éviter quand on n’en connaît pas l’origine, soit bien les laver avec de l’eau propre (...).

14 juin 1993 : cinq cas de choléra au Maroc

Cinq cas de choléra ont été confirmés le 11 juin courant par les services de santé à la province de Khemisset, indique un communiqué du ministère de la Santé publique. L'apparition de cas de gastro-entérites aiguës, dont certains sont dus au vibrion cholérique El Tor, est habituelle au Maroc durant la saison d'été et particulièrement durant les périodes de sécheresse, depuis l'introduction de ce germe dans le continent africain en 1971, rappelle le communiqué,
Le choléra et les gastros-entérites ne revêtent plus le même caractère dramatique, en raison de l’efficacité des traitements actuel et qui sont largement disponibles au niveau de tous les postes sanitaires,
D'autre part, cette maladie ne touche que des personnes vivantes, dans des conditions d’hygiène défectueuses en particulier dans le milieu rural et les quartiers suburbains.
La prévention du choléra repose essentiellement sur le respect des règles alimentaires de l'hygiène notamment en ne buvant que de l'eau potable, en lavant les crudités et les aliments consommés crus avec de l'eau potable ou bouillie et en se lavant les mains avec du savon avant de toucher aux aliments, le communiqué souligne d'autre part que le public et les médias seront régulièrement informés de l'évolution de cette maladie à travers les publications régulières du ministre de la santé publique.
 

23 juin : plus de 15 cas de choléra à Tanger

Plus de 15 cas de choléra ont été enregistrés à Tanger (Nord du Maroc) et ses environs du fait de la mauvaise qualité de l'eau potable consécutive à la sécheresse que connaît la région, annonce le quotidien marocain “Al Ittiha Al Ichtiraqi”.
Le nombre des personnes atteintes de cette maladie augment à Had Al Gharbiya, entre Asilah et Tanger, indique le journal qui fait également état d'autres cas de choléra déclarés dernièrement dans la province de khemisset, à l'Est de Rabat.
 

1997 : dernier cas de choléra enregistré au Maroc

Depuis 1997, il n’y a pas eu de cas épidémiologique de choléra au Maroc, grâce au programme national de lutte contre les maladies transmises par l’eau et les progrès significatifs du Maroc dans le domaine de l’eau potable et de l’assainissement liquide.

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