Il faut sauver la chèvre de Gävle !

Par Houcine Maimouni
Chaque année, la chèvre de Gävle espère atteindre  le Nouvel an ! ©MAP/EPA
Chaque année, la chèvre de Gävle espère atteindre le Nouvel an ! ©MAP/EPA
À l’approche de chaque Noël, la survie de la Chèvre de Gävle devient, sans jeu de mots, une question d’actualité “brûlante” en Suède. Cette géante décoration en paille finit souvent en flammes avant d’atteindre le Nouvel An. Les policiers de garde et les caméras de surveillance mis en place n’y ont pu rien: les badins disposent toujours d’un “Plan B” pour réduire en cendres la pauvre chèvre, devenue un sujet d’amusement voire de paris qui, en s’enflammant, enflamme les passions.

Survivra, ne survivra pas ? Depuis plus d’une soixantaine d’années, la Chèvre de Gävle (centre de la Suède), qui doit sa renommée à sa tendance à être brûlée chaque année en raison de sa texture faite de paille, joue sa survie dans l’espoir d’atteindre… le Nouvel an.
Chaque année, la Gävlebocken suscite une tempête médiatique alors que les habitants s’ingénient à créer de nouvelles façons de protéger la vulnérable créature de 13 mètres de haut contre “les incendies criminels”.
S’il est vrai que, l’année dernière, la Chèvre de Noël a étonnamment survécu (fait rare !) pour le plus grand plaisir des organisateurs, qui auraient mis en œuvre un plan “secret” pour la protéger, il n’empêche que, par le passé et malgré les efforts déployés, la Chèvre a généralement brûlé bien avant que les Suédois n'ouvrent leurs cadeaux de Noël.

Une blague qui tourne parfois au vinaigre

La ville de Gävle (158 km au nord de Stockholm) est naturellement fière de sa décoration malchanceuse de Noël, malgré le fait qu’elle ait été brûlée 29 fois au cours de ses 52 années d’existence.
La sécurité autour de la Chèvre géante a été naturellement élevée, à la fois lors de son inauguration et pendant tout le mois de décembre. Des gardes de sécurité et des caméras sont déployés pour la surveiller derrière la clôture, tandis qu'une station de taxis a été déplacée sur la place afin d'accroître la présence de personnes dans la zone.
“Une attaque en début de saison entraînerait des annulations dans les hôtels et les restaurants. C’est donc extrêmement important pour Gävle, les entreprises de Gävle et pour tous ceux qui veulent visiter la Chèvre qu’elle tienne toujours au Nouvel An”, prévient Wallia Maria Wallberg, de la municipalité de la ville.
Et il y a de quoi. La Créature est faite d’un manteau de pailles provenant d’un village voisin (Mackmyra), fabriqué à partir de 56 nattes de cinq mètres, sur un squelette en bois de 1.200 mètres de pin suédois, nécessitant 1.000 heures de travail.
“Lorsqu'elle est en sécurité, nos visiteurs peuvent la rencontrer à Castle Square à Gävle, ce qui est bien mieux pour les magasins, les restaurants et les hôtels”, explique Mme Wallberg, porte-parole officiel de la mascotte.
Selon elle, “cela signifie tellement, il y a vraiment beaucoup de tristesse et de colère quand la Chèvre est soumise à une attaque”.
Mise en place en 1966, la géante Chèvre de paille de Gävle a fini, au fil des années, tantôt brûlée, tantôt volée ou vandalisée. Lors de son 50ème anniversaire en 2016, elle a été incendiée quelques heures seulement après l'ouverture officielle, quand quelqu'un, profitant d’un bref passage aux toilettes du garde de sécurité, s’est faufilé pour descendre la précieuse chèvre en flammes.
La tradition veut que le Julbock qui, par-dessus ses jambes de deux mètres de diamètre, culmine à hauteur de 13 mètres, auréolé de rubans rouges et de lampes (79,5 mètres).
C’est à se demander d’où tient ce mythique caprin naturellement obstiné tout cet entêtement ? Qui plus est, dans le cas de figure, pèse 3,6 tonnes, sur 7 mètres de longueur et un garrot de 7,6 mètres de hauteur ?
Or, dans toute la Scandinavie, l’image de la chèvre ou du bouc (Julbock) est un symbole de Noël.

L’évolution d’un symbole de Noël

Aujourd’hui, le “Julbock” fait toujours partie du Noël suédois, voire de toute la Scandinavie, représenté par une petite chèvre de paille ornant le sapin ou par une plus grande placée devant la maison pour en garder l’entrée.
Son origine remonterait à bien avant l’ère chrétienne, quand les boucs étaient liés au dieu Thor, qui voyageait dans le ciel tiré par deux d’entre eux, avant d’être associée ensuite à la sorcellerie et au diable.
Diabolisé au Moyen-Age au fort de l’expansion de la Chrétienté, le mythe passera entre les lames de l’amour et du désamour, de l’attraction et du rejet, avant de reconquérir, durant le XIXe siècle, le rôle du “Julbock”; l’image (le mage !) qui distribue les cadeaux de Noël. Les enfants tressaient leurs chèvres avec des tiges séchées de blé et, durant la nuit de Noël, celles-ci s'envolaient et se rendaient au pays avec plein de cadeaux et de présents. Le Julbock est encore aujourd’hui une décoration de Noël populaire dans les pays scandinaves.

La chèvre de Gävle après avoir été mise en feu lors d'un précédent Noël ©MAP/EPA
La chèvre de Gävle après avoir été mise en feu lors d'un précédent Noël ©MAP/EPA


A fortiori, en Suède où les festivités de Jul (Noël en suédois) débutent le 13 décembre, la plus longue nuit de l’hiver, avec la Sainte Lucie. A cette occasion, une procession de jeunes filles en aube blanche ceinte d’une écharpe rouge traverse la ville en chantant des cantiques à la lumière des bougies pour célébrer la “Sankta Lucia”, la Reine des Lumières.
S’il est vrai que le “Julbock” n’est pas invoqué dans les processions de ces demoiselles aux pas diaphanes, sa résonnance s’amplifie par l’intérêt médiatique que lui offrent les festivités de Noël en Suède.

La ville suédoise de Gävle, d'où la chèvre tient son nom ©DR
La ville suédoise de Gävle, d'où la chèvre tient son nom ©DR

Attaques à la voiture, piratage: ennemi n° 1 ?

L’histoire retiendra que la curieuse histoire de la Chèvre de Gävle a commencé en 1966, lorsqu’un consultant publicitaire, Stig Gavlen, en eut proposé la construction d’une version géante, le but étant d’attirer autant de clients que possible vers les commerces et restaurants. La ville a beau essayer de protéger sa Chèvre, avec gardes postés, caméras de sécurité placées, clôtures dressées, au point d’asperger la créature fétiche d’eau et de produits chimiques ignifugés… En 1976, quelqu'un a conduit en arrière une voiture pour faire effondrer l’effigie. Il s’en est fallu qu’un touriste américain écope, en 2001, de deux semaines de prison pour avoir incendié la Chèvre, sur le conseil d’“amis suédois”. Puis, ce fut au tour, en 2005, d’un groupe, dont un “Père Noël”, de revenir au boulot. En 2009, des pirates informatiques ont désactivé les caméras de sécurité et ont réussi à incendier la Chèvre. Certes, les stratagèmes se suivent et ne ressemblent pas. Mais pourquoi autant de hargne à descendre cette vulnérable créature en flammes? Et si c’était une simple opération de relations publiques ? “Survivra, ne survivra pas ?” Tous les paris sont permis !

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