Il faut sauver le rapace marocain !

Par Omar El Mrabet 
Le Maroc constitue un territoire clé pour les oiseaux de proie ©DR
Le Maroc constitue un territoire clé pour les oiseaux de proie ©DR
Le Royaume est devenu, ces dernières années, une terre d'accueil pour les oiseaux de proie de différentes espèces et origines. De grands défis se posent en termes de conservation et de protection de ces espèces exposées à différents facteurs de mortalité: destruction de leurs habitats, électrocutions, utilisation abusive de pesticides et pollution.

Grâce à ses espaces naturels et riches, le Maroc constitue un territoire clé pour les oiseaux de proie puisqu’il héberge un nombre important de ces espèces, et fait également partie de la voie migratoire et du domaine vital de nombreux rapaces.

Plus de 40 espèces de rapaces, nicheuses ou migratrices, ont été observées sur le territoire marocain, dont plusieurs mériteraient que des mesures de conservation soient mises en œuvre de façon planifiée avec tous les acteurs concernés, comme c’est le cas pour le Gypaète barbu (Gypaetus barbatus) ou le percnoptère d’Égypte (Neophron percnopterus).

Le Maroc est aussi  un lieu d’interaction entre les populations des oiseaux rapaces du nord de l’Afrique et du sud de l’Europe, ce qui constitue, sans aucun doute, un grand avantage pour leur conservation.

Selon une étude menée au niveau national en 2019, il a été procédé à l’identification de 766 territoires de reproduction de rapaces rupicoles, 712 correspondant avec certitude aux espèces cibles et plus de 620 confirmés en tant que territoires occupés.

Mieux connaître les menaces pesant sur les espèces

A l’initiative du ministère de l'agriculture, de la pêche maritime, du développement rural et des eaux et forêts - Département des Eaux et Forêts du Maroc - et du Centre de Coopération pour la Méditerranée de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), 12 missions de terrain et plusieurs sorties ont eu lieu en 2019. Ces missions ont connu la participation de plusieurs organisations et experts marocains et étrangers pour contribuer au renforcement de la connaissance des populations de ces espèces et des menaces qui pèsent sur elles.

L’initiative “Programme Atlas-rapaces rupicoles diurnes” visait à contribuer au renforcement de la connaissance des populations de ces espèces au Maroc, au sujet desquelles peu de données sont disponibles.

Cette action avait également pour objectifs de renforcer les capacités des acteurs impliqués dans la conservation et l’étude des rapaces menacés et jeter les bases pour la création d’un réseau de suivi des populations de ces espèces afin d’évaluer leur état de conservation, les menaces potentielles et développer des propositions d’actions de conservation.

Dans cette première campagne, les dénombrements ont été axés sur les grands rapaces rupicoles diurnes au Maroc et les menaces qui pèsent sur eux, plus spécifiquement les espèces cibles ont été: l’Aigle royal, l’Aigle de Bonelli, la Buse féroce, le Faucon lanier, le Faucon pèlerin/F. de Barbarie, le Faucon crécerellette, le Gypaète barbu, le Vautour fauve, le Vautour de Rüppell, le Vautour percnoptère et le Balbuzard pêcheur.

Toutefois, au cours des différentes missions, des facteurs de mortalité non naturelle ont aussi été étudiés. En effet, ces oiseaux subissent les effets néfastes de divers types de menaces telles que la fragmentation et la destruction de leurs habitats, la persécution directe, l’impact des infrastructures électriques et l’utilisation incontrôlée de poisons, pesticides ou d’autres polluants. 

Au Maroc, des travaux préliminaires sur l’incidence des facteurs de menace pour les oiseaux de proie ont révélé l’existence d’importantes sources de mortalité dues aux électrocutions dans les lignes électriques dangereuses.

Electrocutions, poisons et chasse, des facteurs de mortalité

Ainsi, 2318 pylônes électriques ont été caractérisés et ses caractéristiques enregistrées dans la base de données du Programme, et environ 400 km de lignes électriques ont été parcourus. Lors de ces inspections, les restes d’au moins 211 oiseaux ont été repérés sous les lignes électriques.

Concernant les électrocutions, les travaux ont montré clairement qu’il s’agit d’un problème qui, comme dans d’autres pays, est répandu en raison de l’étendue du réseau électrique. 

Au cours des différentes expéditions menées en 2019, des restes d’au moins 211 oiseaux ont été repérés à proximité de lignes électriques, principalement de Buse féroce (63), d’Aigle de Bonelli (16) et d’Aigle royal (7), parmi les espèces cibles du Programme Atlas (d’autres espèces particulièrement touchées par ces incidents ont été aussi le Grand corbeau et la Cigogne blanche). La mortalité détectée s’est concentrée sur certains points noirs, situés dans la région de Guelmin (dans le sud-ouest du pays) et aux environs de Missour (au sud de la ville de Fès).

Dans ce sens, il a été constaté que, comme c’est le cas dans d’autres parties du monde, les grandes décharges municipales sont d’importants points de concentration d’oiseaux qui deviennent des points de forte mortalité si elles ont des lignes électriques dangereuses à proximité.

 

L’étude plaide, en outre, pour l’examen d’autres facteurs de mortalité (poison, chasse, destruction de l’habitat, manque de nourriture, facteurs naturels, etc.) pour avoir une idée globale sur les risques pouvant provoquer la disparition de ces espèces.