Jamal Nouman, un passeur entre les musiques

Par Charaf Nor
Jamal Nouman ©DR
Jamal Nouman ©DR
C’est un artiste éclectique qui puise son inspiration et sa force dans l'héritage culturel populaire. Avec son style typique qui célèbre l'originalité inouïe de la chanson arabo-andalouse fusionnée avec brio au Malhoun, Gnawa, Aita et Chaâbi…, Jamal Nouman chante et enchante, en apportant un nouveau souffle à cet art authentique ancré dans l'histoire du Maroc.

Bercé par le rythme calme de Larache, par son ambiance populaire mais si authentique et aussi par son histoire arabo-andalouse, Jamal Nouman, fils chéri de cette ville, est le fond qui remonte à la surface. Un artiste atypique, original dans ses choix et calme dans son aspect.

Il s’est initié à la musique depuis son enfance. Le milieu familial a joué un rôle primordial pour Jamal Nouman. Grâce à sa famille et à sa mère en l’occurrence qui l’a émerveillé par sa voix “précieuse”, comme il la décrit, Jamal a été également sous le charme des chansons et des tubes passés à la radio en ce
temps-là. Il faut dire aussi que “La Banda” qui est une fanfare locale qui chante des styles locaux et des mélodies populaires, a également animé le quotidien du jeune Jamal. Cela faisait grandir en lui l’amour pour la musique.

Ce climat a donc aidé Jamal et l’a poussé davantage à officialiser son amour pour la musique en s’inscrivant au conservatoire.

Derrière un musicien, un comédien

 

Sous la houlette de Sidi Driss Cherradi, Jamal a eu droit à un apprentissage studieux au sein du Conservatoire de musique du quartier Kasbah à Larache. 

Participant à des activités associatives de son quartier telles que le théâtre et le cinéma, Jamal Nouman a fait la connaissance de plusieurs musiciens, des rencontres qui vont le pousser à se lancer dans la quête de son identité musicale. “A mes quinze ans, la guitare était le seul moyen de divertissement entre les jeunes de la ville; la mienne m’a été offerte par mon frère aîné”, raconte Jamal à BAB Magazine. 

Depuis ce moment-là, il a noué une relation avec cet instrument et a aussi joint l’utile à l’agréable lors de son parcours au conservatoire en apprenant le chant et la guitare en même temps. 

Derrière son aspect calme et fluide, à l’image des cordes de la guitare, se cache un Jamal comédien, passionné des planches du théâtre, un autre amour qui nourrit l’esprit et l’imagination de cet originaire de Larache.

Après avoir fait du théâtre durant son enfance, Jamal ne laisse pas passer ses talents inaperçus et fait une formation au sein de l'Institut Supérieur d'Art Dramatique et d’Animation Culturelle de Rabat. Il compte à son actif plusieurs participations à des pièces de théâtre et aussi dans des séries TV.

Il faut savoir que Jamal Nouman travaille aussi énormément sur la composition de musique pour des pièces de théâtre.

Une mosaïque de musiques et de cultures

 

Cet artiste multifacette a entrepris par la suite des sessions de perfectionnement en chant choral et musique arabo-andalouse, puis crée “Miditeraneo”, un trio qui explore la musique chaabi (d'origine maghrébine) avec les techniques de la musique classique.

En écoutant ses morceaux, on constate vite que Jamal a un penchant pour le Melhoun. “J’ai dû vite comprendre quelle musique me touchait le plus, car le Melhoun, lui aussi raconte des histoires et te mène en voyage le temps d’une Qasida”, dit Jamal à ce propos. 

Inspiré par l’océan Atlantique, les jardins des Hespérides et le Rio Loukkos, le travail de Jamal Nouman consiste à collecter des chansons traditionnelles qui relèvent du patrimoine, et à les revisiter selon sa vision et sa sensibilité. Sa voix fine, chaleureuse et chantante donne à la musique une émotion intense. 

Chez cet artiste aux cheveux rebelles, on sent les traces de la musique arabo-andalouse se fusionnant avec la variété expressive du Malhoun, Gnawa, Aita et chaâbi dans des compositions originales d'une beauté inouïe. Le tout donne lieu à une musique contemporaine, dans laquelle on explore, d'une part, de nouvelles voies et, de l'autre, on conserve tout ce qui vaut la peine d'être toujours conservé.

Jamal a aussi travaillé sur le patrimoine de l'Algérie, plus précisément, sur les chansons de feu Dahmane El Harrachi. “Le Dahmane est un monument incontournable dans le Maghreb. C’est plus son œuvre qui a apporté des éclaircissements dans ma quête musicale”, dit Jamal d’un ton enthousiaste.      

Avec sa passion pour le théâtre et son style éclectique mêlant chaâbi, melhoun, gnawa et musique arabo-andalouse, Jamal Nouman est à lui seul un véritable pont entre différents genres de musique. 

Certains diront qu’il est l’incarnation même de feu Boujemâa Ahgour (Boujmii), la figure mythique de Nass El Ghiwane, avec lequel il partage plusieurs choses en commun: une formation au théâtre et la passion pour les mêmes répertoires musicaux, mais aussi la chevelure et une certaine ressemblance dans les traits de visage.   

La critique pour avancer 

 

Bien évidemment, comme le succès ne vient pas du tout facilement, Jamal Nouman a dû voyager pendant longtemps entre Larache, Casablanca et Rabat au début de sa carrière artistique. 

Une carrière durant laquelle il a pu créer son propre style. Ce dernier a fait l’objet de critiques, ce qui est une chose tout à fait normale.  

Pour Jamal, la critique est bonne. Elle te fait douter et t’intimide pour te servir à quelque chose. “Tout musicien, un jour ou l’autre, comprendra qu’il est fragile et têtu. Souvent on est mal compris mais un travail constructif veille à ajuster le malentendu avec certaines critiques”, explique-t-il.

Courageux dans sa nature, Jamal n’hésite pas à se produire dans le cadre de résidences artistiques. D’après lui, le fait de prendre part à des projets de résidences artistiques lui permet de côtoyer des gens de cultures différentes, sans perdre de vue ses amis artistes ainsi que les organisateurs et les initiateurs de spectacles.

 

Des collaborations pour un nouveau souffle

 

S’agissant du projet “Jamal Nouman”, il raconte que l’idée est née d’un besoin de concrétiser un travail de longue haleine. “J’ai fait la belle rencontre de mon ami Mehdi El Kindi dans l’Association SoS Music en 2010 et Hicham Ben Abderazik un peu plus tard. Ayant tous un goût pour la musique marocaine et fans mordus de la musique andalouse, nous avons reconstruit les chansons que j’avais composées auparavant ou arrangées et nous les magnifions à la lumière des musiques actuelles”, relève-t-il. 

“Nous continuons toujours de collaborer et de travailler ensemble même si chacun de nous a actuellement ses propres engagements” a-t-il souligné.

Durant la période du confinement, et comme la majorité des gens d’ailleurs, Jamal était en mode télétravail. Il a donné des cours de musique à distance dans le cadre de son travail dans une école privée à Casablanca et a participé à deux projets sur Internet. 

“Il s’agit d’une chanson franco-brésilienne et de l’hymne national canadien. L’une avec le chant et l’autre avec l’instrument du Guembri”, a-t-il dit.

“Le confinement m’a fait comprendre combien le domaine artistique est malheureux pendant ces temps durs”, a-t-il ajouté.

Interrogé sur ses futurs projets, Jamal a dit qu’il serait bientôt invité à un projet de résidence musicale si la situation pandémique le permet.