Jeunes et partis politiques: cherche relève désespérément !

Par Meriem Rkiouak
D'après certains observateurs, le système de quota au profit des jeunes n'a pas donné l'effet souhaité ©MAP
D'après certains observateurs, le système de quota au profit des jeunes n'a pas donné l'effet souhaité ©MAP
Entre nos partis politiques et les jeunes, le courant ne passe pas. Malgré les discours de convenance, le malaise est palpable entre une “gérontocratie” rétive au changement d’un côté, et des jeunes en mal d’expérience qui peinent à s’imposer, de l’autre.

“Un homme politique est comme le vin, il se bonifie avec le temps”. à une époque -pas si lointaine que cela- où il était de bon aloi d’être “d’un certain âge” quand on embrasse une carrière en politique, cette “blague” n’en était pas une. En effet, jusqu’à un passé récent, le prototype d’un politicien “respectable” était le suivant: un vieillard (60 ans et plus) au visage fermé, au ton grave et à la langue de bois. Depuis à peine une dizaine d’années, les Marocains, en feuilletant leurs journaux ou en regardant le JT, découvrent non sans plaisir de nouveaux visages, un nouveau langage et une nouvelle manière de communiquer. Une grande bouffée d’oxygène !
En matière de “rajeunissement” de leurs structures, nos partis politiques reviennent de loin. La gérontocratie qui, jusqu’à 2011, régnait sans partage sur la scène partisane, a cédé petit à petit le terrain à une nouvelle génération qui a effectué une percée remarquable aussi bien dans les bases que dans les postes de responsabilité… Bien que résultant d’un volontarisme de l'État (quota au parlement, liste nationale dédiée aux jeunes aux élections de 2011...) plutôt que du bon vouloir des partis politiques, cette percée a fait souffler un vent de fraîcheur sur la morosité suffocante du paysage partisan. Les jeunes cadres sont devenus un argument marketing, un cheval gagnant sur lequel toutes les formations misent pour redorer leur blason auprès des électeurs.

Des partis fermés et des jeunes désintéressés

Sauf que, pour certains observateurs, le “rajeunissement” de la scène partisane ne serait qu’un “serpent de mer”, un slogan racoleur que les partis crient sur tous les toits pour jeter de la poudre aux yeux et se donner de faux airs de progressisme… Alors que dans la pratique de tous les jours, ce sont les mêmes bonnes vieilles méthodes qui sont reproduites et ce sont les mêmes patriarches indéboulonnables qui tirent les ficelles, siègent dans les organes décisionnels, donnent les consignes et tracent
l’avenir.
Les jeunes, eux, peuvent cogiter, débattre, objecter, faire des propositions comme bon leur chante, liberté d’expression et climat démocratique obligent… Mais, lorsque l’heure de la vérité sonne, lorsque les “sages” rendent leur verdict, les “novices” n’ont qu’à faire profil bas et se contenter d’appliquer les consignes. On ne badine pas avec la politique ! Certes, les partis ne déroulent pas le tapis rouge aux jeunes…. Mais quid des jeunes qui boudent les partis, et la chose politique en général ? Selon un rapport du CESE, publié fin 2018, seulement 1% des jeunes adhèrent à un parti politique ou à un syndicat. Autant dire que, pour renouveler leurs élites, nos partis politiques n’ont pas que l’embarras du choix ! Une grande partie du problème vient, justement, de l’aversion des jeunes pour la chose politique, affirme Ismail El Hamraoui, président du gouvernement parallèle des jeunes. “Il ne faut pas jeter tout le blâme sur les partis. La responsabilité est partagée. Il est du devoir des jeunes d'exprimer leurs revendications et d'agir, pas seulement via la rue et les plateformes virtuelles, mais en investissant aussi les espaces formels et les instances de la démocratie participative, dont celles partisanes”, insiste-t-il dans une déclaration à BAB.
La balle serait donc dans le camp des jeunes, d’autant plus que le contexte actuel se prête bien à leur percée dans le domaine politique, avec à la clé des avancées constitutionnelles, législatives et réglementaires significatives, dont le système de quota qui leur réserve 30 sièges au parlement.
Sur ce chapitre, M. El Hamraoui trouve que, bien qu’imparfait, ce mécanisme de “discrimination positive” a été d’une grande utilité puisqu'il a fait subir une cure de jouvence à l’hémicycle. “En revanche, il est à noter que l’article 27 de la loi organique relative aux partis politiques n’a pas fixé un seuil minimal de représentativité des jeunes aux instances dirigeantes des partis, alors qu’il a prévu un tiers des places pour les femmes. En l’absence d’une règle claire et coercitive en la matière, l’ascension des jeunes dépend du bon vouloir des dirigeants des partis et reste globalement freinée par des pratiques de favoritisme”, explique-t-il.  

Exit le quota, place à la méritocratie

Ahmed El Bouz, politologue et professeur universitaire, s’inscrit en porte-à-faux avec cette vision des choses. Pour lui, le renouvellement des élites partisanes ne saurait être réduit à une affaire de quota. “Un poste de responsabilité, ça ne s'acquiert pas, ça se gagne, se mérite. Les jeunes doivent savoir frayer leur chemin en politique à la force du poignet et à la faveur de projets novateurs, d’idées progressistes et d’initiatives courageuses qui convainquent et les partis et les électeurs”, lance-t-il, cartésien. Actuellement, hormis le poste de secrétaire général, les jeunes sont pratiquement présents dans les centres de décision au sein des partis, du parlement et du gouvernement: présidents de groupes parlementaires, portes-paroles, membres des instances exécutives et décisionnelles, sans parler des sections jeunesse (18 pour 35 partis)…

La jeunesse marocaine appelée à prendre son destin en main et adhérer activement à la vie politique du pays ©MAP/EPA
La jeunesse marocaine appelée à prendre son destin en main et adhérer activement à la vie politique du pays ©MAP/EPA


“Le quota est en vigueur depuis 2011. Tout le monde s’en félicite. Mais on s’interroge rarement sur le bilan des jeunes ayant fait leur entrée à l’hémicycle grâce à ce système: ont-ils réussi à changer la donne, à insuffler une nouvelle dynamique à la vie législative ? J'en doute fort. Je trouve en toute sincérité que la représentativité des jeunes, quand bien même serait-elle fondée sur le mérite et la compétence, n’a pas fait une énorme différence. Ce n’est pas toujours de la faute de ces derniers. Ce qui arrive parfois, c’est que ces jeunes cadres, aussi compétents soient-ils, se trouvent pris en otage d’un système défectueux qui n’encourage pas la créativité et n’ont pas les coudées franches pour mettre en exécution les projets qui leur tiennent à coeur”, analyse-t-il.  

Jeune, compétent et leader: l’oiseau rare !

Selon l’universitaire, la question de l’intégration des jeunes est à prendre avec des pincettes. “Il ne s’agit nullement d’un choc des générations comme certains se plaisent à répéter, par excès de zèle. D’un côté, pas toutes les formations politiques ont un problème avec les jeunes, et de l’autre, pas tous les jeunes ayant intégré le travail partisan ont fait leurs preuves. La question n’est pas de “recruter” le maximum de jeunes et de les placer dans de hauts postes, mais bien de trouver les bons profils, les compétences qui vont apporter une réelle valeur ajoutée et avoir le sens de l’initiative… Autrement, ce ne serait que du remplissage pur et simple qui nuirait à la chose politique plus qu’il ne lui profiterait”, soutient-il.
Autrement dit, si l’on arrive à conjuguer rajeunissement et méritocratie, ce sera le graal.
C’est, à juste titre, l’un des chantiers stratégiques sur lesquels travaille le gouvernement parallèle des jeunes, selon M. El Hamraoui.
“Nous avons organisé une série de rencontres où un millier de jeunes ont été sensibilisés à diverses questions d’actualité. Nous n'avons eu de cesse de plaider, par ailleurs, pour la réactivation de l’Institut national de la jeunesse et de la démocratie, qui a formé par le passé 350 mille jeunes, dont des ministres et des décideurs”, relève-t-il.
“Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait”... Notre vie politique serait comblée ! Mais, entre des vétérans qui ont du mal à passer la main et des jeunes inexpérimentés qui n’arrivent pas à percer, cela reste un voeu pieu…

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