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Kapaliçarsi: Six siècles d’histoire en rénovation

Par Khalid Abouchoukri
Attraction majeure, le lac a été une composante centrale dans l’aménagement urbain de Canberra ©MAP/EPA
Attraction majeure, le lac a été une composante centrale dans l’aménagement urbain de Canberra ©MAP/EPA
Il ne servirait que de “passage” aux habitants d’Istanbul vers un bazar encore plus attrayant, mais les touristes ne restent pas indifférent face à ce joyau architectural construit vers 1455. Et pour continuer d’éblouir par son charme, le “Kapaliçari” fait peau neuve.

Le “Kapaliçarsi” d’Istanbul, le plus ancien bazar couvert du monde situé sur la Corne d’or, l’estuaire qui se jette dans le Bosphore, et plus de cinq fois centenaire s’offre un coup de lifting de ses allées s’entrecroisant dans une atmosphère teintée d’un mélange oriental et occidental et surtout de son toit.
Alignant à travers ses allées 4000 magasins, une succession d’arcades en mosaïques, ses 22 entrées et 64 rues dont Nuruosmaniye, la plus animée grâce à ses nombreux vendeurs d’or et de bijoux qui en font l’un des plus grands centres de commerce de l’or au monde, le mythique bazar avec des airs de parc d’attraction pour touristes est le plus visité au monde avec des millions de visiteurs y faisant leurs emplettes de souvenirs, d’objets d’artisanat, de cuir, tapis, verrerie et céramique.
Sans oublier de lécher, dans ce labyrinthe exploratoire, les vitrines des boutiques de vente de serviettes, savons et accessoires de bain, d’argenterie et mosaïque, maroquinerie, de l’œil bleu que les Turcs croient qu’il protège des mauvais regards et surtout de ne pas louper les magasins de Bedesten, le caravansérail principal et une zone voûtée tel un marché aux puces au centre du Kapaliçarsi où s’entassent les commerces d’antiquité et d’innombrables vieilleries (armes anciennes, bijoux, parures, vaisselles, argenteries, pièces de monnaie) dans une mixture de couleurs et d’odeurs et un raffinement à l’oriental.
Mais les effets de l’âge ont été plus forts pour ce haut lieu de shopping attrape- nigauds de l’ère ottomane avec, le plus souvent, de l’imitation tellement bien faite faisant du clin d’œil à l’article authentique et entre lesquels l’acheteur s’y perd d’autant que les prix ne sont pas affichés et où le marchandage s’impose de rigueur, le client devant être armé d’un bon dosage de négociations.
Construit vers 1455 (partie la plus ancienne) sur une colline surplombant la Corne d’or par le sultan Mehmet II, le Kapaliçarsi, une véritable fourmilière où 10.000 personnes y sont employées, a été agrandi, détruit par le tremblement de terre (1894), reconstruit, ravagé par des incendies, restauré au fil des siècles mais sans jamais faire l’objet d’une aussi grande cure en s’attaquant surtout à l’endroit le plus controversé, son toit tout en préservant “la structure actuelle et l’esprit du Grand Bazar”, selon Mustafa Demir, maire du district de Fatih où est implanté le Grand Bazar.

Protéger contre la pluie, l’humidité et l’agent secret 007 !


Il fallait surtout le protéger contre “la pluie, l’humidité et autres facteurs externes”. Les trombes d’eau ont été changées, le toit sera carrelé et en croupe avec, aussi des chemins de randonnée appelés “sentiers de chat”, dixit Demir, qui assure, cependant, que les touristes ne pourront pas monter sur le toit alors que les travaux d’infrastructure incluront la mise en place du chauffage central et pas de climatiseurs ni d’antennes TV ni de toilettes. Tout se réalisera sous la surface (du toit).
D’ailleurs, le toit s’était fait une publicité planétaire après avoir servi de scène de course-poursuite à moto pour le fameux 007, l’agent secret britannique, pour le film “Skyfall”. Mais, pendant le tournage, un bâtiment en bois de 400 ans a été endommagé.
Cette vielle bâtisse a commencé à se lézarder avec des fissures sur les murs porteurs, des fuites au toit, le déchaussement des pavés alors que les eaux usées des cafés et restaurants ont été dirigées vers le sol au lieu d’être reliées aux égouts et il y avait “même des sous-sols ainsi formés dans le bâtiment d’un étage”.
Les dommages étaient grands, explique-t-il. D’où l’obligation absolue de le stabiliser car le sol, inondé d’eau, ne peut plus soutenir le bâtiment “en glissement sur la pente”.

Le Kapaliçarsi d’Istanbul, avec ses 22 entrées et 64 rues, aligne à travers ses allées 4000 magasins
Le Kapaliçarsi d’Istanbul, avec ses 22 entrées et 64 rues, aligne à travers ses allées 4000 magasins ©MAP

 

Une rénovation en ‘‘traitement symptomatique’’


Cette réfection d’envergure, qui a coïncidé avec la reprise du tourisme turc après des années 2015 et 2016 catastrophiques, ne devait surtout en rien perturber son bouillonnement habituel ni son esprit, les autorités ayant opté pour un traitement symptomatique sans qu’il ne soit fermé.
Toutes les canalisations sont refaites, rue par rue, avec de nouvelles tranchées et conduites en béton pour les évacuations des eaux usées et de pluie et l’enfouissement des câbles électriques qui, visibles, traînaient le long des murs ainsi que le changement du système d’éclairage utilisant de très gros câbles par un autre nécessitant moins d’énergie et moins de câbles.
Au finish, c’est un renouvellement complet du système d’assainissement, de climatisation et des parties souterraines.
Et l’un des autres plus gros problèmes du Grand Bazar était son administration. Il y avait beaucoup de visiteurs et d’utilisateurs mais il ne disposait pas de propriétaire en dépit de “ses 2.700 parcelles indépendantes et une zone autonome. Il s’agit d’une propriété privée à 95%”, des fondations, la municipalité et la trésorerie se partageant le reste des parts.
“Si une fenêtre se brisait, impossible de la réparer puisque personne n’était habilité à collecter de l’argent” et il n’était pas, non plus, techniquement possible pour les propriétaires de magasins de se réunir et de prendre une décision. Un obstacle finalement réglé, en janvier dernier, avec l’élection d’un président et d’un conseil, les premières élections de son histoire de près de six siècles.

Les effets de l’âge ont été plus forts pour le Kapaliçarsi, un haut lieu de shopping attrape- nigauds de l’ère ottomane ©MAP
Les effets de l’âge ont été plus forts pour le Kapaliçarsi, un haut lieu de shopping attrape- nigauds de l’ère ottomane  ©MAP

 

Un bazar ‘‘boudé’’ par les Turcs


Souvent les Turcs, qui “boudent” ce Bazar, ne font que traverser ses allées décorées et ouvrant sur des caravansérails, tel un raccourci pour se retrouver dans le bazar à ciel ouvert, Mahmutpasa, fondé en 1474 et deuxième plus ancien de la ville qui est, grâce à ses 256 échoppes, l’exemple parfait du shopping économique.
A quelques encablures plus bas, l’emblématique Misir Carsisi (marché égyptien), datant du 17ème siècle, réputé pour ses centaines d’épices, délices turcs, fruits secs, café et herbes différentes qui baignent, par leur odeur parfumée, les narines des visiteurs, vient d’être inauguré en mai après être aussi passé sous les mains expertes des restaurateurs durant cinq ans de déridage, à l’intérieur et à l’extérieur, confiné à la nuit quand le marché est fermé.

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