Khalid Aït Taleb: ‘‘L’immunité pourrait être atteinte début mai’’

Par Meriem Rkiouak
Khalid Aït Taleb ©MAP
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Sans tabous ni langue de bois, Khalid Ait Taleb revient dans cet entretien sur le bilan d’une année pandémique par excellence et aborde la stratégie de son département pour affronter l'année 2021 riche en défis, notamment la campagne de vaccination massive.

BAB: Tout d’abord, faisons le point sur la situation épidémiologique. Les statistiques des semaines dernières font ressortir une tendance à la baisse des contaminations. Est-ce qu’on peut dire que le virus s'essouffle ?

Khalid Aït Taleb: La situation épidémiologique au Maroc n’est pas exceptionnelle par rapport à ce qui circule à l’échelle mondiale. Nous avons connu plusieurs phases. Depuis la levée du confinement, il y a eu une recrudescence des cas suite à la période de vacances puis la mobilité estivale qui a induit une augmentation des cas. Cependant, il y a un élément important qu’il faudrait prendre en considération, c’est que, rien que durant les trois derniers mois, le Maroc a enregistré 80 % du total des contaminations recensées depuis le début de la pandémie. Cela est dû, essentiellement, à la mobilité mais aussi à la vitesse de propagation du virus et, bien évidemment, au relâchement constaté par rapport aux mesures de précaution. 

Aujourd’hui, nous constatons que, effectivement, il y a eu, dans l’ensemble, un semblant de diminution des notifications, mais nous donnons plus d’importance aux cas graves, qui est l’indicateur essentiel qui n’est pas soumis à une variable. C’est, en fait, un indicateur très fiable pour prédire l’évolution de la situation épidémiologique. Ce qui est remarquable, c’est que parallèlement à la baisse des cas notifiés, il y a eu une augmentation des cas graves. 

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Khalid Aït Taleb ©MAP

Par ailleurs, cette baisse peut être imputée à une diminution du nombre des tests effectués parce que, autrefois, avant la levée du confinement et même pendant le confinement, nous étions dans une situation de dépistage, on faisait donc des tests en masse. 

Aujourd’hui, nous ne sommes plus dans le dépistage mais plutôt dans la situation de diagnostic et celui-ci s’arrête autour de la personne qui est symptomatique et son entourage parce que nous n’avons pas la capacité d’élargir tout de suite le dépistage et on se contente de ça. 

Deuxième élément à noter, c’est qu’on n’entend plus parler, comme au début, de listes d’attente pour avoir les résultats de tests. Cela s’explique, d’un côté, par la création de plus de laboratoires, aussi bien dans le public que dans le privé et, de l’autre côté, par le fait que le rush qu’il y avait sur les laboratoires privés n’existe plus. Maintenant, les gens font de moins en moins de tests PCR et vont rarement aux laboratoires, chose qui était très demandée et souhaitée au début.

Aujourd’hui, nous avons aussi introduit les tests antigéniques rapides qui ont permis de faire le diagnostic juste au niveau des centres de santé, ce qui représente un important gain de temps. 

Mais tout cela n’empêche que la situation épidémiologique aujourd’hui est très différente par rapport à l’étape de la levée du confinement. A titre de comparaison, avant le déconfinement, on était à 600 cas actifs à l’échelle nationale alors qu’aujourd’hui nous sommes passés à 30.000 cas, soit 50 fois plus ! A présent, l’évolution sur le plan de la gravité reste stable mais c’est une stabilité qui est très précaire, on ne peut pas dire tout de suite que nous sommes sortis de la situation critique. Il faut rester toujours vigilant et, une fois que les choses se stabilisent et les chiffres commencent à diminuer, nous allons encore, quand même, faire des dépistages en masse parce qu’aujourd’hui, la définition du testing, c’est essentiellement de cibler les cas symptomatiques mais, une fois le taux de positivité va diminuer, il va falloir cibler les personnes à risque et, à ce moment-là, on aura une autre visibilité sur la situation.

Grosso modo, la situation épidémiologique au Maroc demeure contrôlée, mais la vigilance reste de mise, il faut surtout faire attention aux dérapages et au relâchement sachant, primo, qu’il y a une nouvelle souche qui est en train de circuler dans le monde et il y a des craintes qu’elle s’introduise au Maroc et qu’elle fasse une transmission communautaire importante et, secundo, que nous sommes à la veille d’une campagne de vaccination massive et nous voulons qu’elle se passe dans les meilleures conditions.

Justement, vous avez dit récemment que les préparatifs pour le lancement de la campagne de vaccination ont atteint un stade très avancé. Le démarrage effectif c’est pour quand ?

C’est une question qui revient beaucoup. Franchement, la date de lancement on va l’annoncer officiellement une fois le vaccin atterrit sur le sol marocain. A ce jour, nous n’avons pas encore une date très précise mais, ce qui est sûr et certain, c’est que les préparatifs sont là, le dispositif est mis en place et nous sommes prêts à tout moment à entamer cette campagne de vaccination. 

N’oublions pas que ce n’est pas quelque chose de banal; c’est une opération de grande envergure qui va toucher tout le territoire national et qui va nécessiter des moyens logistiques et humains très importants et une organisation sans faille. Je tiens à remercier, à ce propos, le ministère de l’Intérieur qui travaille de concert avec nous et tous les autres intervenants, notamment les FAR, la Gendarmerie royale, la Protection civile, le ministère des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l'étranger qui n’ont ménagé aucun effort pour nous accompagner dans cette opération, et aussi les gens de l’information et des médias qui jouent un rôle important en matière de sensibilisation. Je profite de l’occasion pour remercier également les professionnels de la santé qui, tout en continuant à gérer la crise du Covid-19, sont engagés pour réussir cette opération de bout en bout.

 

Le Maroc va réceptionner un total de 65 millions de doses des vaccins Sinopharm et AstraZeneca. L’objectif est de vacciner 25 millions de personnes selon un calendrier vaccinal en deux injections. Pouvez-vous nous dire plus sur la part et le schéma d’utilisation de chacun de ces vaccins ?

 

Il faut savoir d’abord que nous parlons d’une denrée rare: la capacité de production mondiale ne suffit pas à couvrir les besoins de l’ensemble de la planète. D’où le choix du Maroc d’explorer plusieurs pistes d’approvisionnement. Six pistes ont été ainsi explorées et deux ont été finalement retenues, qui nous semblaient les meilleures et les plus convenables pour une campagne de vaccination en termes de gestion logistique. Il s’agit, notamment, de la conservation de ces produits qui peut se faire à une température comprise entre 2 et 8 degrés Celsius, ce qui n’est pas très contraignant en termes de déploiement.

La diversification des fournisseurs a une deuxième explication: c’est qu’en optant pour deux vaccins, on peut obtenir des immunités différentes qui nous permettront, au final, de toucher différentes catégories de la population et d’atteindre l’immunité collective qui est l’ultime but de la campagne vaccinale et qui, elle seule, nous permettra de sortir de la pandémie dans les plus brefs délais. Je rappelle ici que la campagne va se dérouler dans un laps de temps très court qui est de 12 semaines. 

Il nous faudra alors déployer l’ensemble des vaccins de sorte que les populations en frontline soient vaccinées en premier. Viendront après les personnes vulnérables âgées de plus de 65 ans et, dans une deuxième étape, la campagne va être élargie à l’ensemble de la population. Donc il n’y aurait pas une interchangeabilité ou une complémentarité entre les deux vaccins. Il s’agit de déployer les vaccins selon un programme qui cible une population désignée. Pour ce faire, on peut commencer avec les deux en même temps, il n’y a pas de choix préférentiel. L’essentiel c’est d’avoir une immunité chez l’ensemble de la population parce qu’on ne peut pas se contenter d’une immunité individuelle. Certes, la vaccination n’est pas obligatoire mais nous interpelons quand même la conscience et le devoir national des citoyens pour qu’ils adhèrent à cette opération parce que toute sortie de cette crise se fera d’une manière collective, pas individuelle.

 

Qu’en est-il des effets secondaires du vaccin chinois ? Quel est son degré de fiabilité à la lumière des résultats des essais cliniques ?

Il faut d’abord faire une précision: il n’y a aucun vaccin sans effet indésirable. L’important c’est de qualifier ces effets, s’ils sont mineurs ou majeurs. L’on sait que depuis la nuit des temps, les vaccins contre BCG, la variole, etc avaient des effets indésirables (un peu de fièvre, de douleur…). Il en va de même pour les vaccins d’aujourd’hui. Quel que soit le type de vaccin, il y aura toujours de petits effets indésirables. D’où l’intérêt de faire des essais vaccinaux qui nous permettent de déterminer le nombre et la typologie des effets indésirables enregistrés au sein d’un échantillon de la population. Le Maroc a eu la chance de participer à un essai vaccinal multicentrique; pour la première fois de son histoire, le Maroc fait des essais cliniques sur un vaccin en association avec d’autres pays, en l’occurrence les Emirats arabes unis, le Bahreïn, le Pérou et l’Argentine entre autres, ce qui représente un échantillon très important. A la lumière des données issues de ces essais, on a pu tirer certaines conclusions. Il en ressort ainsi qu’à ce jour, sur l’ensemble des personnes qui ont participé à ces essais, on n’a signalé que des effets vraiment mineurs, genre douleur au niveau des points de piqûre ou une fièvre qui dure au maximum entre 24 et 48 heures… Par contre, on n’a enregistré aucun phénomène grave.

Cela dit, des effets graves ont été constatés dans certains pays qui ont dû suspendre les essais cliniques pour faire des études d’imputabilité. Car, même si vous constatez un phénomène grave, cela ne veut pas dire qu’il est dû essentiellement au vaccin. Pour vérifier cela, il faut d’abord arrêter les essais, puis voir si le volontaire en question avait reçu le vaccin ou bien un placebo; Et, pour déterminer cela, il faudra du temps.

Khalid Aït Taleb ©MAP
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Quel est le budget global alloué à cette campagne de vaccination ?

Il m’est très difficile, à présent, de dire avec exactitude combien la campagne va coûter parce qu’il s’agit d’une opération dynamique, qui est toujours en cours et qui englobe l’approvisionnement mais aussi tout ce qui est organisation, logistique, déploiement, ressources humaines, etc. Tout cela reste très dynamique. Peut-être cette question pourra-t-elle avoir une réponse à la fin de la campagne.

 

Quand est-ce que le Maroc pourra passer à la fabrication locale du vaccin ?

Effectivement, l’accord avec notre partenaire chinois comporte trois volets. 

Le premier porte sur un transfert d’expertise puisque c’est la première fois que le Maroc fait un essai vaccinal de ce genre, mais également sur le transfert technologique qui va permettre au Royaume, dans les mois à venir, d’implanter une plateforme de production du vaccin pour subvenir à ses propres besoins et, mieux encore, de devenir une plateforme de distribution au niveau continental voire international.

 

Quelles sont d’après vous les conditions à réunir pour la réussite de ce chantier national d’envergure ?

Je pense que la condition sine qua non pour réussir c’est l’adhésion de tout le monde parce qu’il s’agit bel et bien d’une action de solidarité. D’autant plus que cette campagne de vaccination intervient dans un environnement si particulier et délicat qui nous impose d’observer les mesures barrières. C’est une entreprise complexe sur le plan organisationnel puisque c’est une vaccination qui comporte deux injections. Il y aurait donc des allers-retours et il faudrait que les gens soient disciplinés pour revenir prendre à temps la deuxième dose… C’est donc un pari qu’il nous faudra réussir ensemble pour pouvoir voir le bout du tunnel dans les plus brefs délais. L’adhésion de tout le monde est un facteur clé de réussite.

 

Quand est-ce que le Maroc pourra-t-il réaliser l’immunité collective ? Le retour à la vie normale c’est pour quand ?

Il y a des indicateurs scientifiques et épidémiologiques connus à cet égard, qui sont même reconnus par l’OMS, selon lesquels il faudrait toucher plus de 60% de la population pour atteindre l’immunité collective. Au Maroc, nous avons fait le choix de cibler 80% de la population parce qu’on voudrait sortir rapidement de cette pandémie qui a impacté notre pays socialement et économiquement. Mais, ce qu’il faut savoir, c’est que la réalisation de l’immunité collective va prendre du temps, premièrement parce que la campagne va se dérouler en période de Covid et donc dans le strict respect des mesures barrières (port du masque, distanciation sociale etc) et, deuxièmement, parce qu’il va falloir attendre un délai de plus de 14 jours après avoir reçu la deuxième dose pour que chaque individu puisse atteindre un certain niveau d’immunité, mais encore faut-il, je ne le dirais jamais assez, que cette immunité soit collective.

Partant, si on doit faire une estimation sur la base d’un calendrier vaccinal de 12 semaines, je dirais qu’à peu près, on pourrait éventuellement être en immunité collective début mai.  

Pour ce qui suit, je ne peux pas prédire la durée sur laquelle le vaccin reste efficace contre le Covid-19; il y a encore des incertitudes là-dessus et seul le temps pourrait apporter la réponse à cette question. 

Idem, on ne sait pas si à l’avenir le virus va devenir saisonnier, c’est-à-dire qu’il va revenir chaque année, auquel cas il faudrait prévoir pour les années prochaines un programme de vaccination, comme c’était le cas pour le H1N1 qui est rentré dans le programme de vaccination antigrippale et dont la souche est à chaque fois actualisée injectée dans les vaccins antigrippaux.

Chaque jour on recense des dizaines de cas de décès liés au Covid-19. Comparativement aux années précédentes, l’épidémie a-t-elle entraîné une hausse substantielle de la mortalité en 2020 ? Le taux de mortalité est-il “normal” ?

Pour le savoir, il va falloir qu’on fasse une évaluation sur la question; or, nous sommes actuellement submergés par la crise du Covid-19. 

Mais en général, la mortalité a connu des changements au cours de cette année. Vous savez que les accidents de la route sont l’une des causes principales de mortalité et, avec la réduction de la mobilité dans le cadre de la lutte contre la pandémie, il y a eu moins d’accidents cette année. Certes, il y avait la mortalité due au Covid-19 qui s’est ajoutée au compte, mais celle-ci n’est pas plus importante que celle liée à d’autres pathologies. Le bilan sera établi une fois la synthèse faite.

 

Quid de la stratégie de lutte contre les maladies non transmissibles ? Dans quelle mesure la prise en charge de ces pathologies a-t-elle été pénalisée par cette urgence sanitaire majeure qu’est la pandémie du coronavirus ?

Il est vrai qu’il y a eu une petite souffrance dans la gestion des maladies non Covid en général, parce qu’il y avait une urgence sanitaire mondiale et sa gestion était prioritaire, ce qui fait qu’automatiquement le reste était inscrit en deuxième rang. 

Ceci dit, nous avons gardé les infrastructures sanitaires disponibles pour prendre en charge ces maladies. Notre système de santé a ainsi réussi à dégager et identifier les structures dédiées au Covid-19 qui fonctionnaient indépendamment des structures non-Covid pour que les patients puissent continuer à avoir accès aux soins.

Depuis le temps du confinement il y a eu, effectivement, des souffrances; il y a eu, au niveau de certaines structures sanitaires, une déprogrammation par rapport à certaines pathologies qui ne sont pas urgentes, etc mais les pathologies lourdes ont toujours été prises en charge.

 

Et si c’était à refaire, la gestion de la crise du coronavirus ? Quelles sont les leçons que le système de santé devrait tirer de cette crise et est-il maintenant mieux préparé pour de futures épidémies ?

Les meilleurs systèmes de santé dans le monde ont été mis à rude épreuve par la pandémie. En ce qui concerne notre système de santé, nous en connaissons les faiblesses: nous avons beaucoup de contraintes et d’insuffisances en matière de ressources humaines surtout. Malgré cela, nous avons pu faire front à la pandémie. Nous aurons compris ainsi combien il est important d’avoir un système de santé fort qui soit en mesure d’accompagner le développement du pays. Aujourd’hui, tout le monde est conscient que la santé doit être au centre des intérêts parce qu’un pays ne peut être économiquement et socialement fort sans un système de santé solide.  Je dirais donc que la grande leçon qu’on aura tirée de la crise du Covid c’est que le système de santé ne doit pas rester le même après le Covid parce qu’il a atteint un certain niveau de saturation ; c’est pourquoi on se penche actuellement sur une refonte du système pour, surtout, le décloisonner et mettre en place des passerelles entre le secteur public et le secteur privé de telle sorte que le citoyen soit au centre de l’intérêt. Justement, les Hautes instructions Royales pour la généralisation de la couverture médicale procèdent du souci de SM le Roi de mettre le citoyen marocain au centre de l’intérêt.

Ce système de santé post-Covid sur lequel nous travaillons doit accompagner les progrès technologiques en cours dans le monde. La santé est aujourd’hui un secteur étroitement lié aux évolutions technologiques, ce qui se traduit par un glissement des métiers et des compétences. Le besoin se fait donc sentir pour une réforme profonde qui puisse accompagner tous ces changements.

 

Le budget 2021 de la santé est en hausse de plus de 5% par rapport à l'an précédent. Cette hausse est-elle à la hauteur des attentes d'un système de santé en quête de performance et qui a montré de grands besoins en investissement sous l'effet de l'épidémie de Covid-19 ?

On est toujours en deçà des recommandations de l’OMS par rapport au budget alloué à la santé; L’idée courante c’est que le secteur de la santé est un gros consommateur, ce qui n’est pas vrai parce qu’il s’agit d’un secteur de prestation de services par excellence. Avec le chantier de réforme, on va œuvrer à ce que le secteur soit encore plus productif et on va avoir, on l’espère bien, plus de budget pour pouvoir matérialiser cette nouvelle vision.

 

Va-t-on vers une libéralisation du secteur de la santé ou au contraire un soutien plus conséquent aux infrastructures étatiques? Dans quelle mesure les opérateurs privés devraient contribuer à résoudre les difficultés du secteur public ?

Je pense que le Covid a démontré que chacun a sa place et son rôle et qu’il faut qu’on soit dans une logique de complémentarité ; le partenariat public-privé est aujourd’hui incontournable. Nous ne sommes pas pour la libéralisation totale ni pour le “100% public”. Au cours de cette crise, nous avons pu voir combien les structures publiques ont été d’un grand apport et, en même temps, à quel point la contribution du privé a été importante. Du coup, ce dont nous avons besoin aujourd’hui c’est un schéma de complémentarité, de création de synergies, d’harmonisation des soins et de mutualisation des équipements et des ressources et ce, dans un cadre de régulation qui ne peut être assuré que par une carte sanitaire qui se veut régionale. La régionalisation est, en effet, une dimension très importante étant donné que chaque région a ses particularités au niveau des ressources, de la population etc.

 

Outre la campagne de vaccination massive, l’année 2021 sera marquée par le lancement d’un autre méga-chantier, à savoir la généralisation de l’AMO. Quelle est votre vision pour réussir cette entreprise et quels sont les défis à relever ?

 

Le système de santé doit être bien préparé pour accompagner ce chantier parce que la couverture médicale est indissociable de la protection sociale dans sa globalité. La couverture médicale doit s’inscrire aujourd’hui dans une approche de solidarité entre les différentes catégories de la population: le plus riche doit être solidaire avec le plus pauvre et le plus jeune doit être solidaire avec le plus âgé. C’est en se basant sur ce principe de solidarité qu’on pourra réussir l’opération.  

Le processus de généralisation doit commencer à se déployer dès l’année 2021. Du côté du ministère de la Santé, je peux dire qu’on est à 80% prêts pour lancer le chantier. Ce qui est important, c’est d’assurer la pérennité de ce dispositif de généralisation. Pour y arriver, on ne peut plus continuer à travailler en silo. Il faut en finir avec le corporatisme et assurer une gestion de manière transversale et verticale afin de garantir la viabilité du système.

Il y a donc un grand effort à faire au niveau de la réglementation, qui n’est pas du ressort du ministère de la Santé. Nous sommes, certes, des prestataires de services mais nous sommes en quelque sorte le réceptacle de cette couverture médicale puisque nous prodiguons des soins à des populations qui devraient avoir, tous catégories et territoires confondus, accès à la couverture sociale universelle.

 

Votre mandat de ministre prend fin en 2021. Avez-vous le sentiment du devoir accompli ?

A mon arrivée à la tête du secteur, j’avais à cœur d’entamer la refonte du système et on avait commencé par le programme médical régional qui est, à mon sens, un levier de changement important parce qu’il y va de l’autonomie de chaque région. Malheureusement, nous avons été pris de court par la pandémie, on se trouve alors dans une espèce de conjoncture particulière qui a provoqué beaucoup de changement et, en situant les choses dans cette conjoncture, je dirais que, grosso modo, le Maroc s’en sort pas mal.