‘‘La chance d’avoir pour exemple SM le Roi’’

Par Zineb Bouazzaoui
Ahmed Ghayat, Associatif ©MAP
Ahmed Ghayat, Associatif ©MAP
Le président de l’association “Marocains Pluriels”, Ahmed Ghayat, revient sur les acquis qui ont fait du Maroc une terre de pluralité et de multiculturalisme, ainsi que sur la place dévolue à la société civile dans le chantier de développement du Royaume.

BAB: Quel état des lieux faites-vous de la diversité culturelle et religieuse actuellement au Maroc ?

Ahmed Ghayat: La diversité religieuse a plutôt le vent en poupe au Maroc. Il faut dire que nous sommes une Nation de longue tradition de métissage, de pluralité. Mais l’état actuel du Monde, l’émergence des réseaux sociaux - où hélas le pire a souvent droit de cité - aurait pu mettre à mal notre vivre-ensemble. Il y a eu quelques moments difficiles d’ailleurs où des forces obscurantistes ont voulu importer cette zizanie chez nous, mais notre population a merveilleusement réagi, notamment notre jeunesse qui est pourtant souvent la cible des discours de haine et de rejet de l’Autre. Il faut aussi dire que nous avons la chance d’avoir pour exemple SM le Roi Mohammed VI, qui trace le chemin et initie des actions qui sont autant de balises pour éclairer notre route. J’en citerai deux: l’invitation de Sa Sainteté le Pape François qui a eu un retentissement international et récemment l’inauguration de Bayt Dakkira à Essaouira, synagogue à l’abandon devenue “Maison de la Mémoire”. Le mouvement associatif et les jeunes ont pris le relais sur le terrain et l’on sent chez les nouvelles générations une véritable curiosité, une vraie envie de découvrir nos compatriotes Juifs et Chrétiens (Européens et Subsahariens) qui vivent sur notre sol. De nombreuses activités y contribuent, telles que le Ftour Pluriel, La Bûche de la Fraternité, la Plantation d’Oliviers par des jeunes des trois religions… etc Sur le plan culturel, c’est notamment par la musique que notre diversité s’exprime - bien sûr également par le cinéma - mais les chansons, les sons, l’héritage judéo-marocain sont des vecteurs de diversité par excellence. Le nombre incroyable de chorales, de groupes, d’orchestres qui naissent et qui piochent dans notre patrimoine musical très riche pour en faire des chansons, des spectacles, de nouvelles mélodies métissées, est remarquable. Ceci dit, il faut rester créatifs, inventifs afin que notre diversité ne soit pas “dans la nostalgie’’ mais bel et bien dans l’enrichissement mutuel, dans l’avenir.

Comment jugez-vous la dynamique et l'évolution de la société civile marocaine durant les deux dernières décennies ?

Cette dynamique a épousé les deux décennies de règne de SM le Roi: c’est une trajectoire en parallèle. Dès son intronisation le Souverain a fait des signes, a donné des signaux à la société civile et au mouvement associatif. Et parce que ce mouvement -contrairement au paysage politique- ne s’est pas sclérosé et a vu la relève arriver - via l’engagement de la jeunesse – il a su accompagner, parfois précéder ou susciter l’évolution de notre société. Jeunesse, droit des femmes, parité, droit des enfants, égalité des chances, solidarité… sont autant de domaines que le mouvement associatif a su prendre à bras le corps et faire avancer. Et puis, autre phénomène remarquable, les militants associatifs ont compris l’importance de la proximité, du terrain. Le mot dynamique est le mot approprié pour décrire l’évolution de la société civile: elle est une dynamo, un réacteur qui fait “bouger les lignes’’ et accompagne le chemin vers le progrès qu'emprunte notre pays sous l'impulsion de Sa Majesté le Roi Mohammed VI.

Que pensez-vous de la contribution de la société civile marocaine à la gestion de la pandémie de Covid-19 ?

J’en suis le témoin: les militants de la société civile, les acteurs associatifs, culturels, les “engagés du terrain’’ ont fait un travail exceptionnel. Aux côtés des soignants, des représentants de l’ordre, des agents d’autorité, ils ont été en quelque sorte la 3ème Force. Celle qui a géré le social, l’humanitaire, le réconfort, le maillage solidaire… Ils ont rempli un rôle de proximité: à la fois efficaces, rassurants et disponibles. C’est d’après moi l’un des grands enseignements de cette période. Aujourd’hui, dans le post-confinement, ce sont les associations de jeunes, celles qui sont sur le terrain, qui ont pris le créneau de la sensibilisation aux gestes barrières, à bras le corps, et j’ai envie de dire tant mieux car aujourd’hui c’est par eux que passe le message, bien plus que par les adultes. Et puis, est apparu un phénomène que j’espérais voir émerger de tout cœur, depuis longtemps: des “stars’’ se sont engagées: apportant leur popularité, leur charisme, leurs voix aux causes que ces jeunes défendaient, je peux en citer quelques unes, Moustapha Hadji, La Fouine, Leila Ghandi, Maxime Karoutchi, Latefa Ahrrare, Rhani Krija, Abdelmajid Bekkas… Dans notre pays c’est plutôt nouveau et c’est un très bon signe !