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La contraception, une affaire d’hommes aussi !

Sara Ait Lahmidi
La vasectomie est la méthode la plus redoutée ©DR
La vasectomie est la méthode la plus redoutée ©DR
Pilule, contraception thermique ou encore vasectomie… Si les tentatives de mettre au point une contraception masculine patinent depuis des années, celle-ci reste encore peu utilisée. BAB Magazine fait le tour des méthodes, aussi tabou l’une que l’autre, employées pour freiner la procréation chez la gent masculine.

Amal a passé des années à avaler un comprimé à la même heure en se demandant à chaque retard de règles s’il existe un autre moyen pour empêcher son mari de lui faire un énième bébé. Constat : en 2021, la femme est toujours la seule à supporter la charge contraceptive !

En effet, alors que la contraception féminine existe depuis plus de 60 ans, la rareté des moyens contraceptifs masculins est toujours à souligner.

Si pour beaucoup d’hommes, la contraception est l’affaire de madame, “la charge contraceptive est sans doute pénalisante pour la femme”, précise Fouzia Assouli, militante pour les droits de la femme.

Financièrement, socialement et physiquement, la femme, constituant 50% du couple, est tenue, seule, de s’essayer à une dizaine de méthodes différentes.

S’il est courant que la question d’une grossesse non désirée repose majoritairement sur la responsabilité de la femme, pourquoi les méthodes de contraception sont-elles si peu répandues chez les hommes et d’où vient le retard de mise en œuvre des programmes de recherche et des études nécessaires pour corriger cette carence ?

Des barrières socioculturelles

Une grossesse sur quatre est une grossesse non désirée ! C’est ce qui ressort d’une étude réalisée en 2019 par l’OMS qui relève que le nombre élevé de grossesses non désirées est lié au manque de services de planification familiale.

En effet, bien qu’elles aient fait la preuve de leur efficacité, les contraceptions masculines permettant aux hommes autant qu’aux femmes de jouer un rôle actif dans la planification familiale, restent encore peu utilisées. En plus, malgré les recherches en cours sur ces méthodes depuis les années 70, leur développement semble être entravé par différents facteurs.

De l’avis du sociologue Mustapha Chagdali, les barrières à la contraception masculine sont d’abord d’ordre culturel, surtout si celle-ci est liée à une intervention chirurgicale.

Sur la même lignée, Mme Assouli précise que “le doute quant à l’utilisation des méthodes contraceptives masculines est alimenté par la crainte de ne plus avoir d’enfants”.

Pour Nabil, 33 ans, “la contraception masculine suscite une peur chez les hommes car elle touche à leurs fonctions reproductives et à leur image de virilité. Les femmes quant à elles ne font pas face à ces contraintes ”, confie-t-il à BAB.

En effet, “même si les méthodes relatives à la contraception masculine existent telle que la vasectomie, on retrouve une vieille idée ancrée dans les mentalités stipulant que la virilité de l’homme réside dans sa capacité à donner naissance aux enfants”, indique M. Chagdali.

“D’ailleurs, la société accepte facilement l’idée qu’une femme soit stérile et considère la stérilisation d’un homme comme un sujet tabou. La femme est ainsi préparée culturellement à pratiquer la contraception”, indique le sociologue à BAB Magazine.

En plus de la barrière sociale, “le retard de mise en marché de moyens contraceptifs masculins s’explique par le fait que la recherche scientifique a été longtemps dominée par les hommes”, déplore Mme Assouli.

Barrières sociales, sous-financement de la recherche ou efficacité des méthodes… La liste des justifications freinant l’utilisation des outils de contraception chez l’homme semble interminable.

Pourtant célébrée à grande échelle, la journée mondiale de la contraception (26 septembre) se veut une invitation aux hommes à s’impliquer davantage dans le contrôle des naissances et présente l’occasion pour sensibiliser et aider à faire ses choix en matière de santé sexuelle et reproductive. Toutefois, face aux nombreux défis, cette célébration devrait constituer également un appel aux pouvoirs publics à s’emparer de la question afin de remettre les laboratoires sur la piste de la recherche.

A ce sujet, M. Chagdali précise que la planification familiale est l’aboutissement d’une évolution liée à une cognition sociale. “L’ancrage culturel relatif à la contraception nécessite tout un travail sur les mentalités. Un travail qui ne se limite pas à la sensibilisation et l’information car pour faire évoluer les mentalités à ce niveau, il faut instaurer une socialisation et une éducation au sein de la famille et au sein, également, de l’école”, insiste-t-il.

Pilule, gel et contraception thermique… Les nouvelles méthodes sont-elles efficaces ?

Alors qu’il est courant que les hommes utilisent déjà des méthodes de contraception telles que le préservatif ou le coït interrompu dit retrait, ces méthodes ne sont pas toujours efficaces.

A ce sujet, l’urologue Anas Azizi indique que l’utilisation du préservatif pose problème en cas d’allergie au latex. “En plus, selon un rapport de l’OMS, le taux d’échec de l’usage du préservatif peut atteindre 15% dans les conditions réelles. Quant au coït interrompu, son taux d’échec atteint les 27%”, précise l’urologue.

Par ailleurs, bien que le développement d’autres méthodes de contraception pour homme reste au stade expérimental, plusieurs études ont confirmé qu’il existe un intérêt pour des méthodes efficaces, réversibles et sûres, traduisant l’évolution des attitudes à l’égard du partage de la charge contraceptive.

D’une part, la contraception thermique consiste à augmenter légèrement la température des testicules au moyen de sous-vêtements tels que les slips chauffants.

En plus, une autre solution dite thermique est actuellement commercialisée. L’anneau, porté 15h par jour pendant une période de 3 mois pour une meilleure efficacité, permet de garder les testicules près du corps pour qu’elles gagnent en température et par conséquent stoppe la spermatogenèse.

“Breveté et artisanal made in France, l’outil Andro-switch a été conçu spécialement pour assurer le maintien des testicules en position dite haute dans la poche inguinale, permettant d’appliquer le protocole médical de la contraception thermique”, décrit-on sur le site Thoreme, vendeur de l’Andro-switch.

Et d’ajouter, “l’anneau est hypo-allergénique, sans additifs et réutilisable”. Autre piste, à l’instar de son homologue féminin, la pilule pour homme s’appuie sur des modifications hormonales. Elle permet de diffuser dans l’organisme de la testostérone en excès afin de diminuer les hormones produites par l’hypophyse et favorisant la production des spermatozoïdes. Toutefois, malgré le protocole validé par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et expérimenté sur 1.500 hommes depuis presque 30 ans, celle-ci est très peu prescrite.

D’un point de vue scientifique, la pilule présente beaucoup d’inconvénients. Il est en effet difficile de bloquer la spermatogenèse, un processus continu, tandis que l’ovulation chez la femme est mensuelle, prévisible et maîtrisable. En effet, la contraception masculine entraîne certains problèmes de délais puisque contrairement au cycle féminin qui dure 28 jours, la spermatogenèse nécessite 72 jours.

En plus, la pilule masculine engendrerait trop d’effets indésirables. Il a été démontré que ce contraceptif pouvait provoquer des troubles d’humeur et une considérable prise de poids et qu’il n’est efficace qu’au bout de 2 à 3 mois.

“La pilule pour homme est basée sur l’administration de testostérone, ce qui peut avoir des effets néfastes sur la santé, comme le développement de certains cancers”, ajoute Dr Azizi. Par ailleurs, l’industrie pharmaceutique œuvre pour la mise au point d’alternatives telles que des substances rendant les spermatozoïdes inaptes à féconder l’ovocyte. Par exemple, Parsemus Foundation, une ONG américaine, est en train d’étudier l’efficacité du Vasalgel, un gel que l’on injecte et qui permet de bloquer le passage des spermatozoïdes, des testicules au canal éjaculateur.

De l’avis du Dr Azizi, “mis à part le traitement hormonal, les autres méthodes n’ont pas d’effet sur la virilité”.

La Vasectomie ou la contraception irréversible

Autorisée en France depuis 2001, le nombre d’hommes ayant eu recours à la vasectomie a été multiplié par cinq entre 2010 et 2018. Selon les statistiques, 9.240 hommes ont eu recours à la stérilisation en 2018.

Concrètement, l’intervention consiste à couper les canaux qui transportent les spermatozoïdes à partir des testicules. Il s’agit d’une simple intervention pratiquée sous anesthésie locale et qui ne dure pas plus d’une demi-heure. Opération rapide et sans effet secondaire à déplorer, comme la perte de libido, la vasectomie est toutefois tabou dans plusieurs pays. En effet, alors que dans certains pays comme le Canada, où plus de 25% des hommes choisissent la vasectomie, l’acceptation de ce moyen contraceptif est inférieure à 1% ailleurs.

“Avec un taux d’efficacité qui avoisine les 100%, la vasectomie est rarement pratiquée au Maroc à cause du caractère irréversible mais également en raison du vide juridique la concernant”, conclut Dr Azizi.