La digitalisation de l’école partie pour durer

Par Noureddine Hassani
La digitalisation de l’école ©DR
La digitalisation de l’école ©DR
L’expérience de l’Enseignement à distance (EAD) a démontré l’impératif d’une intégration du numérique comme composante pédagogique majeure. Au-delà des contraintes, c'est une opportunité à capitaliser pour accélérer la transformation du système éducatif.

Favoriser l’émergence d’une école innovante, équipée, connectée et intégrée dans la société du savoir est l’un des objectifs du ministère de l’éducation nationale à l’horizon 2030. Le numérique constitue un véritable vecteur pédagogique au service d'une démarche d’acquisition de connaissances et de développement des compétences.

La situation pandémique a représenté un test grandeur nature de la disposition de l’école publique à négocier le virage numérique. Malgré les problèmes qui ont eu lieu surtout au début de sa mise en oeuvre, l’expérience de l’EAD a eu, de l’avis de ce même département, des échos favorables et offre des acquis sur lesquels il faut capitaliser pour l’accélération de la transformation du système éducatif.

 

Le numérique, une opportunité

 

L’émergence des outils numériques mobiles  modifie l’organisation des temps pédagogiques et contribue au développement des compétences: autonomie, initiative et travail en équipe au service de l’acquisition des connaissances et des compétences des autres piliers.

Compte tenu de ces atouts, la stratégie numérique du Ministère de l’éducation nationale s’est fixée deux objectifs stratégiques à l’horizon 2030: Intégrer les TIC dans le processus curriculaire depuis sa conception; et développer les compétences TIC chez les élèves, à travers l’instauration de la culture du numérique et la généralisation de l’enseignement de l'informatique, explique Ilham Laaziz, directrice du programme GENIE, l’un des piliers de l’EAD du département de l’éducation nationale.

Ces objectifs sont déclinés dans le cadre du projet 14 “développement des usages des technologies de l’information et de la communication dans l’enseignement et l’apprentissage” faisant partie du portefeuille de projets du ministère pour la mise en œuvre de la loi cadre 51-17.

La mise en œuvre de ce projet permet d’intégrer le numérique dans les programmes scolaires révisés et de poursuivre les équipements et connexion des établissements scolaires, la formation des enseignants, le développement des contenus et des usages par des plans d’action annuels déclinés au niveau central, régional, provincial et local, relève Mme Laaziz.

Sur le plan législatif, parmi les textes d’application de la loi cadre 51-17 sur l’enseignement figure un projet de décret, en circuit de validation, visant l’institutionnalisation de l’enseignement à distance, indique notre interlocutrice.

Par ailleurs, la loi cadre prévoit l’inclusion des laboratoires régionaux et provinciaux de ressources numériques dans l’organigramme des AREF et des directions provinciales afin de donner un cadre aux ressources mobilisées dans la production et la validation des ressources numériques, dans le déploiement des plans de formations, dans le suivi des équipements et  de la connexion des établissements scolaires et en vue de mettre en œuvre les plans de développement des usages du numérique des enseignants et des élèves.

 

Les fondements de la transformation numérique

 

De l’avis de Mme Laaziz, “malgré toutes les contraintes posées par l’EAD, les résultats restent positifs et stimulants, étant donné que le sujet est lié à une expérience inédite dans notre pays qui a pu être déployée en un temps record”.

L’expérience a montré qu’une transformation du système éducatif devra prendre en compte le nouveau rôle de la télé-éducation, des systèmes d’apprentissages hybrides (présentiel et à distance) et du rôle des familles.

Si des ajustements sont à apporter, ils devraient permettre de construire un système d’enseignement “plus agile, à même de passer rapidement à l’enseignement à distance en temps de crise, sur la base de modèles et d’outils d’enseignement”, relève Mme Laaziz, dans un entretien accordé à BAB.

Il faudra définir des protocoles de gestion des calendriers, de la mise en œuvre des programmes scolaires et de l’offre des formations pour accompagner les processus de gestion de crise, ajoute-elle.

 

Le rôle fondamental de l’enseignant

 

L’enseignant est un pilier de la réussite de l’EAD. Selon la directrice du programme Génie, il assure le rôle de facilitateur d’accès à la connaissance à travers les programmes scolaires, les médias composés de ressources numériques, les activités parascolaires, etc. Sa présence est garante de la transmission des valeurs humaines, du partage, du travail collaboratif et de la construction de l’esprit de citoyenneté des élèves.

Le passage à l’utilisation des outils numériques pour assurer un enseignement à distance nécessite de nouvelles compétences, à savoir la maîtrise de l’outil et de la pédagogie où l’élève devient acteur de son apprentissage car il devra s’impliquer davantage dans l’auto-apprentissage, souligne la responsable, rappelant que depuis la rentrée scolaire 2020-21, le ministère veille à compléter l’offre de la formation des enseignants pour développer ces nouvelles compétences à travers la plateforme de formation à distance e-takwine et dans le cadre des formations offertes par le centre maroco-coréen de formation en TICE (CMCF-TICE).

De même, pendant la période de confinement, quelque 80.000 enseignants ont bénéficié de formations en visio-conférence en vue du renforcement de leurs capacités pour adhérer au dispositif d’éducation à distance: outils de production de vidéos, d’exercices, enregistrement et publication (partage d'écran, impliquer plusieurs participants, etc). Elles ont traité différents thèmes (Teams, H5P, Bureautique, infographie, ect), selon la même source.

 

La famille et la société civile pour le suivi des apprentissages

 

L’expérience de l’EAD durant la période de confinement a été durement ressentie par les parents qui se plaignaient de l'exigence d’une plus grande implication de leur part. Lors de l’accueil des élèves au sein des établissements scolaires, les cadres pédagogiques assurent leurs rôles d’éducateurs en toute responsabilité, mais les parents sont censés assurer le suivi de la scolarité de leurs enfants.

Cependant, le suivi des enfants par leurs familles en temps normal et lors de la pandémie diffère selon le niveau scolaire des familles, cette prise en charge sera différente et impactera le niveau des élèves d’où le rôle important de la société civile qui à travers les associations d’anciens élèves, d’étudiants, d’habitants des quartiers, des douars peuvent accompagner les élèves en difficulté.

 

Le partenariat public-privé crucial pour un accès équitable à l’EAD

 

L’expérience de l’EAD durant la période de confinement a montré aussi l’importance de la conjugaison des efforts des acteurs publics et privés pour éliminer les obstacles qui ont entravé la continuité pédagogique.

Si au début de la pandémie, l’accès au réseau internet a été un frein à la mise en œuvre à l’EAD, ce problème a été dépassé dès que les solutions de téléchargement ont été développées et offertes gratuitement grâce au soutien de l’équipe de Digital Learning Lab de l’UM6P de Benguerir et l’accès à la plateforme Telmidtice a été rendu possible par le visionnage en streaming développé par l’opérateur Maroc Télécom et offert gratuitement par les trois opérateurs télécoms Inwi, Maroc Télécom, et Orange. L’accès a été rendu encore plus aisé après le développement par les étudiants de l’école 1337 de Khouribga de l’application mobile de Telmidtice dont le contenu est accessible gratuitement.

La responsable se réjouit aussi de l’implication du secteur privé dans la gestion de l’impact de cette crise sur l’éducation, rappelant comment les trois opérateurs de télécommunication ont décidé d’offrir temporairement à titre gracieux l’accès à tous les sites et plateformes de “l’enseignement et la formation à distance”, mis en place par le ministère.

Elle fait état aussi de la mobilisation de différents partenaires institutionnels, des entreprises, des associations qui a permis d’équiper 13.325 élèves du milieu rural de tablettes, d’ordinateurs, de cartes prépayées, de smartphones ou de chargeurs solaires.