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La ‘‘malédiction fatale’’ de la Femme-phoque

Par El Houssine Maimouni
Une statue de Kopakonan a été élevée à Mikladalur sur l’île de Kalsoy  en août 2014 ©DR
Une statue de Kopakonan a été élevée à Mikladalur sur l’île de Kalsoy en août 2014 ©DR
Aux abords des falaises rocheuses des Îles Féroé, se tient une légende fascinante. On croirait que les noyades et chutes mortelles qui ont lieu souvent dans la région serait à cause d’une malédiction que la Femme-phoque aurait jadis jeté sur les hommes des Îles Féroé...

De toutes les légendes qui peuplent les Iles Féroé (territoire constitutif du Royaume du Danemark), Kópakonan, littéralement la “femme-phoque”, est assurément l’un des contes populaires avec une peau bien trop dure pour tomber de sitôt dans l’oubli.
Dans cet archipel de 18 îles rocheuses volcaniques situé entre l’Islande et la Norvège, dans l’océan Atlantique Nord et serti de montagnes, de vallées verdoyantes, de fjords mystérieux et de falaises côtières escarpées peuplées de milliers d’oiseaux de mer, les habitants de ce territoire de 1393 km2 et d’à peine 50.500 personnes ont raconté des histoires.

Des phoques qui deviennent des humains !
Des gens justement, les Féroïens pensaient que les phoques étaient d’anciens êtres humains qui recherchaient volontairement la mort dans l’océan et, une fois par an (la treizième nuit !), ils étaient autorisés à venir sur terre, à se déshabiller, à danser et à s’amuser comme des êtres humains. La légende raconte qu’un jeune fermier du village de Mikladalur, sur l’île septentrionale de Kalsoy, se demandant si cette histoire était vraie, est allé s’installer sur la plage un treizième soir. Il regarda et vit les phoques arriver en grand nombre, nageant vers la rive, pour grimper ensuite sur la plage et se débarrasser de leurs peaux qu’ils posèrent soigneusement sur les rochers. Le jeune homme vit une jolie fille-phoque placer sa peau près de l’endroit où il se cachait, et quand la danse commença, il se faufila et la vola. Les danses et les jeux duraient toute la nuit, mais dès que le soleil commençait à apparaître au-dessus de l’horizon, tous les phoques venaient récupérer leurs peaux pour retourner à la mer.
Tous, sauf la fille-phoque qui, ne trouvant pas sa peau, même si son odeur persistait encore dans l’air, a dû, malgré ses prières désespérées, accompagner le jeune homme de Mikladalur pour devenir son épouse.
Le couple eut beaucoup d’enfants, mais l’homme devait toujours s’assurer que son épouse n’accède pas à la peau qu’il gardait enfermée dans un coffre, dont il gardait l’unique clé en tout temps sur une chaîne attachée à sa ceinture.

Jusqu’à aujourd’hui, il arrive de temps en temps que des hommes du village de Mikladalur se noient en mer ou tombent du haut  des falaises ©DR
Jusqu’à aujourd’hui, il arrive de temps en temps que des hommes du village de Mikladalur se noient en mer ou tombent du haut  des falaises ©DR

Point d’inflexion : La négligence mortelle
Un jour, alors qu’il pêchait avec ses compagnons en mer, il s’est rendu compte qu’il avait laissé la clé à la maison. “Aujourd’hui, je vais perdre ma femme !”, lançait-il.
Les hommes ont beau tiré dans leurs filets et leurs lignes et ramer vers la rive aussi vite qu’ils le pouvaient, mais quand ils arrivèrent à la ferme, ils trouvèrent les enfants tout seuls et leur mère partie. Une fois qu’elle a atteint le rivage, elle mit sa peau de phoque et se jeta à l’eau, où un phoque qui l’avait aimée toutes ces années et qui l’attendait encore, est apparu à ses côtés. Puis, un jour, les hommes de Mikladalur projetèrent d’aller au plus profond de l’une des cavernes le long de la côte lointaine pour chasser les phoques qui y vivaient. La nuit précédant leur départ, la femme-phoque est apparue dans un rêve pour dire à son ex-mari terrestre que s’il poursuivait la chasse au phoque dans la caverne, il devrait s’assurer qu’il ne tue pas le grand phoque qui gisait à l’entrée, car c’était son mari. Il ne devait pas non plus blesser les deux bébés phoques au fond de la grotte, car ils étaient ses deux jeunes fils et elle décrivait leurs peaux pour les connaître.
Mais le fermier n’a pas tenu compte du rêve. Il a rejoint les autres à la chasse, et ils ont tué tous les phoques sur lesquels ils pouvaient mettre la main. Le soir, quand la tête du grand phoque et les membres des petits ont été préparés pour le dîner, il y eut un grand fracas et la femme-phoque apparut sous la forme d’un troll terrifiant. Elle renifla la nourriture dans les auges et cria la malédiction : “Tenez la tête de mon mari avec ses larges narines, la main de Hárek et le pied de Fredrik ! Maintenant il y aura vengeance, vengeance sur les hommes de Mikladalur, et certains mourront en mer et d’autres tomberont des sommets des montagnes (...)”. Quand elle eut prononcé ces mots, elle disparut avec un grand fracas de tonnerre et ne fut plus jamais vue. Mais encore aujourd’hui, hélas, il arrive de temps en temps que des hommes du village de Mikladalur se noient en mer ou tombent du haut des falaises.
Une statue de Kopakonan a été élevée à Mikladalur sur l’île de Kalsoy en août 2014. La statue est conçue pour résister à des vagues de 13 mètres. Au début de 2015, une vague de 11,5 mètres a balayé la statue. Elle est restée ferme et aucun dommage n’a été causé.

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